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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

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Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

La politique en faveur de L'Observance franciscaine du duc Louis de Savoie essentielle étape dans la construction d'un état moderne

Le XV e siècle qui a été vu traditionnellement par la plupart des historiens comme un siècle d'apogée puis de déclin du duché de Savoie serait plutôt un siècle de mutation intérieur. Si la principauté de Savoie est au XIV e siècle une principauté essentiellement très rurale, au XVII e siècle, celle-ci sera organisée administrativement autours de pôles urbains.

Cette mutation du duché de Savoie s'est d'abord faite dans l'assimilation des sièges épiscopaux : ceux-ci sont passés de concurrents au statut de "collaborateurs" du duc de Savoie. Dans une étape ultérieur, les grands centres administratifs de la Savoie deviendront des évêchés confondant ainsi administration civile avec administration religieuse.

Une des étapes importante de cette mutation de la principauté savoyarde va être la politique de fondations de couvents de franciscains de l'Observance ; politique initiée par le duc Louis en 1451 avec la fondation du couvent de Belley. Cette politique se poursuivra avec les ducs suivants jusqu'en 1535 avec la fondation du couvent d'Annecy.

Nous allons voir quelles sont les grandes lignes de ces fondations et en quoi elles ont favorisé l'encadrement des villes par l'administration savoyarde.   

reste du couvent de l'observance de Belley (cordelier), concurrent de l'évêque et du chapitre à Belley.

reste du couvent de l'observance de Belley (cordelier), concurrent de l'évêque et du chapitre à Belley.

En effet, le duc Louis, sous la sollicitation de son confesseur, le frère Basile de Bologne, décida de fonder en 1448, un couvent de franciscain de l'observance dans Belley. Il eut l'autorisation du Pape Nicolas V par bulle du 11 février 1448, mais il dû attendre la démission du duc de Savoie, le pape Félix V. Celle-ci signée à Genève arriva le 1er décembre 1450 après la démission de Felix V (Amédée VIII) alors qu'il était cardinal de Sabine.

Cette fondation témoigne de l'opposition entre la politique du père, Amédée VIII et du fils, qui dans cette fondation, reconnaît le nouveau pape Nicolas V alors que son père n'a même pas encore démissionné. C'est aussi une rupture avec la politique d'Amédée VIII qui s'est appuyée sur les dominicains et les Augustins réformés alors que son fils va privilégier les franciscains de l'observance. Cette politique de rupture était aussi un moyen logique de gérer l'échec du concile de Bâle. Cela permettait de ne pas rester dans le camp des vaincus et de limiter les conséquences diplomatiques de l'échec de la politique d'Amédée VIII/ Félix V en désavouant sa politique et surtout sa politique religieuse.

Il faudrait aussi voir dans la fondation de Belley, une technique pour le duc de Savoie de s'implanter au cœur même de la ville. De créer une entité spirituelle directement concurrente à celle de l'évêque et du chapitre. Une nouvelle entité qui grâce à sa nouveauté, allait attirer les dons et les legs au détriment du chapitre. Il faut aussi voir que contrairement à la tradition franciscaine qui place les couvents dans la périphérie des villes, celui-ci sera fondé au centre de celle-ci occupant même un tiers de l'espace intra-muros. Cette technique d'implantation d'un couvent franciscain au cœur de la ville avait déjà été utilisée par le Comte Vert, dans la cité d'Aoste. Celui-ci, avec l'aide de ses vassaux de la famille des Challant, fonda un immense couvent qui allait concurrencer et affaiblir les pouvoir de l'évêque, du chapitre et du Prieuré Saint Ours . Cette technique avait aussi été utilisée par le Pape à Rome au XIIIe siècle.  A Belley, même si il y a eu de la gène (une rue coupée et une porte définitivement fermée) et de la grogne de la part du chapitre, la fondation est un succès qui attire les dons et les legs de toute la noblesse bugiste.

Cette fondation va de fait précéder et favoriser le transfert du siège de bailliage du Bugey à Belley dans une maison qui est l'actuelle Office du tourisme. Celui-ci était situé originellement au Château de Rossillon, un village à quelques Kilomètres de Belley, à l'entrée de la cluse des hôpitaux.

Ce changement de localité pour un siège administratif important montre un changement profond dans le duché de Savoie : déjà l'intégration des cités épiscopales mais surtout le passage pour les centres de commandements, de forteresses  à des centres urbains (économique et religieux). Les chefs lieux administratifs vont se transférer des forteresses vers les villes.  

 

Reste de la maison du bailliage à Belley, cour intérieur. Siège du pouvoir savoyard dans la ville.

Reste de la maison du bailliage à Belley, cour intérieur. Siège du pouvoir savoyard dans la ville.

Nous pouvons nous demander pourquoi Belley comme première fondation ? Il semble déjà que ce soit pour des raisons géographiques. Les moines sont venus du couvent colletin de Dôle en Franche-Comté.

La deuxième raison en est l'évêque même, Pierre de Bolomier. Pierre était le frère du chancelier Guillaume Bolomier qui passe pour être l'artisan de l'aventure pontificale du duc de Savoie. En 1446, Guillaume fut disgracié et, après un pseudo-procès, fut condamné à mort. Il fut noyé dans le lac Léman près du château de Chillon. Sa condamnation à mort était à l'évidence le signe de la prise de pouvoir de Louis contre son vieux père, le duc-pape Amédée VIII/Félix V.  

La disgrâce de Guillaume entraina évidemment celle de toute sa famille. Son autre frère Antoine, qui fut trésorier générale de Savoie en 1438, se retira en Dauphiné dans son fief de Tullins. Les ecclésiastiques eurent plus de chance puisqu'ils gardèrent leurs fonctions. Un autre frère de Pierre, Henri était chanoine dans les églises de Genève et de Lausanne. Un de ses neveux, Antoine était Curé de Belley. Placer un couvent à Belley, c'était s'imposer vis à vis de l'évêque et du curé du lieu, tous deux de la famille des Bolomier.

 

Entré Nord de la cathédrale de Belley, qui est la seule partie de l'époque de Pierre de Bolomier. Le choeur de la cathédrale sera reconstruit par Jean de Varax mais la plus grosse partie de cette cathédrale est une réalisation du XIX e siècle

Entré Nord de la cathédrale de Belley, qui est la seule partie de l'époque de Pierre de Bolomier. Le choeur de la cathédrale sera reconstruit par Jean de Varax mais la plus grosse partie de cette cathédrale est une réalisation du XIX e siècle

La fondation de Belley va être la première fondation dans la partie Ouest des Alpes du duché de Savoie. Celle-ci va être appuyée aussi par un grand vassal : Jacques de Montmayeur. Il n'est donc pas étonnant que la deuxième fondation se retrouva dans ses terres, près d'Apremont, à Myans. Le couvent de Myans fut donc fondé en 1458, là aussi avec l'appui de la famille ducal. Les franciscains héritèrent aussi d'un sanctuaire et donc d'un lucratif lieu de pèlerinage qui allait leur donner une bonne assise financière.

C'est donc de Myans, que furent fondé les autres monastères et notamment celui de Sainte Marie l'Egyptienne à Chambéry. Ce dernier couvent eut peut être un rôle très important pendant une période délicate de la ville de Chambéry. En effet, entre les années 1430-1470 environ, Chambéry qui est la capitale de la Savoie est directement concurrencée par Genève qui a tous les atouts pour lui prendre sa place. Ce fait a créé du mécontentement de la part des chambériens contre le duc de Savoie qui préfère Genève (il y habite). Le nouveau couvent de l'observance se trouvera en concurrence directe avec celui des conventuels (franciscains non réformés, actuelle Métropole) qui est traditionnellement le couvent de la bourgeoisie chambérienne.

Le nouveau couvent de l'observance va attirer la bourgeoisie chambérienne et diffuser une parole en faveur des ducs de Savoie, diviser la bourgeoisie et calmer le mécontentement chambérien. (Ce couvent était alors près du parking de la falaise à Chambéry, il a été démoli au début du XX e siècle).

le couvent de Myans (très restauré au XIXe et XXe siècle). Ce sera un sanctuaire très important près de la cluse chambérienne .

le couvent de Myans (très restauré au XIXe et XXe siècle). Ce sera un sanctuaire très important près de la cluse chambérienne .

D'autres couvents furent ensuite fondés à Cluse et à Moutier, puis à Morges et à Pont de Vaux.  La raison en était alors "d'extirper l'hérésie de ces vallées". Il serait intéressant de voir quelle hérésie existait alors dans les vallées du Faucigny et de Tarentaise. Est-ce l'hérésie Vaudoise ?

Néanmoins, Cluse est une ville clef du baillage de Faucigny. Créer une fondation ducale dans la vallée, c'est assurer une présence et un relais fort de la maison de Savoie auprès des élites locales. C'est aussi la même chose en Tarentaise où le couvent est une manière de rappeler à l'archevêque de Moûtiers que la Tarentaise fait partie du duché de Savoie.

Le couvent de Morges fut une luxueuse fondation de Philibert le Beau et de Marguerite d'Autriche. Quand à Pont de Vaux, c'était la ville de naissance de Jean Bourgeois, le principal prédicateur des couvents de Belley, Myans et Chambéry. Cette ville était aussi une ville très dynamique d'un point de vue économique. 

Abside du couvent de Cluse. C'est le seul couvent qui ne soit pas trop remanié avec celui d'Annecy, beaucoup plus récent.

Abside du couvent de Cluse. C'est le seul couvent qui ne soit pas trop remanié avec celui d'Annecy, beaucoup plus récent.

détail du couvent de Myans

détail du couvent de Myans

La fondation de couvent de l'observance a été encore plus intense dans le Piémont qui paradoxalement était coupé en deux et faisait partie de deux provinces franciscaines.(la province de Milan et celle de Gênes).

Les fondations se firent aussi grâce à un fort appui ducal. C'est dès 1453, Turin, Verceil, en 1455 Savigliano, Ivrée puis d'autres villes comme Villanova d'Asti en 1459. Le territoire ducal du Piémont est ainsi rapidement maillé de couvents de l'Observance franciscaine.

Ces couvents sont surtout un relais de la dévotion ducale  dans les centres urbains. Ils invitent la bourgeoisie à imiter le duc de Savoie et celle-ci, de ce fait, participe activement à ces fondations. Ces couvents permettent de canaliser la religiosité de la bourgeoisie urbaine du piémont et de contrôler les discours idéologiques. Ils permettent un rapprochement de l'élite des villes en faveur de la souveraineté ducale.

les couvent de l'observance de Savigliano a été transféré au XVII e siècle à l'intérieur de l'enceinte urbaine de la ville.

les couvent de l'observance de Savigliano a été transféré au XVII e siècle à l'intérieur de l'enceinte urbaine de la ville.

La dévotion du duc de Savoie pour l'Observance franciscaine l'avait incité à entrer ainsi que sa femme Anne de Chypre dans le tiers ordre et à résider dans le couvent franciscain de Rives à Genève.

Il fonda dans ce couvent la chapelle de Notre dame de Bethléem, une chapelle luxueuse et imposante qui devait servir au couple ducal de mausolée. Si le couvent de Rives à Genève ne devint pas le nouvel Hautecombe de la famille de Savoie, les successeurs de Louis et d'Anne de Chypres continuèrent leur politique. Amédée IX et Yolande de Valois devinrent eux aussi des membres du tiers ordre franciscain et contribuèrent eux aussi à de nombreuses fondations.

Finalement, si Amédée VIII eu une politique de fondation urbaine de couvents axée sur les dominicains, les augustins réformés et les célestins, celle-ci fut continuée par son fils, mais de manière plus lisible. Si il choisit, de favoriser les Franciscains de l'Observance, il concentra ses fondations auprès de cet ordre évitant l'éparpillement, mais surtout, il fonda ou contribua à la fondation de bien plus de couvents que son père. Il permit de ce fait un meilleurs encadrement de bourgeoisie urbaine.

Nous pouvons nous demander si, par l'intensité de ses fondations dans le Piémont, n'a t il pas préparé pour ses successeurs un Piémont qui allait être très engagé vis à vis de la maison de Savoie.

Emmanuel Coux

 

 

Couvent des franciscains de l'observance à Annecy fondé en 1535 avec l'aide du duc Charles III. C'est une des dernières fondation de l'Observance franciscaines en Savoie. Ce couvent sera transformé rapidement en cathédrale et évêché pour l'évêque de Genève qui a fuit sa ville devenue protestante.

Couvent des franciscains de l'observance à Annecy fondé en 1535 avec l'aide du duc Charles III. C'est une des dernières fondation de l'Observance franciscaines en Savoie. Ce couvent sera transformé rapidement en cathédrale et évêché pour l'évêque de Genève qui a fuit sa ville devenue protestante.

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