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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

Le Léman, la mer interieure de la Savoie

château de Chillon (photo E. Coux)

château de Chillon (photo E. Coux)

Le lac Léman offre un patrimoine intéressant pour comprendre l'histoire de Savoie. Il y a notamment les plus beaux châteaux de Savoie comme Chillon, Morges, Wulfens, Nyon, Rolle ou la tour de Peilz ce qui montre à la fois le lien de ces territoires autour du lac avec le duché de Savoie, mais aussi le long processus pour les acquérir.

 

Tout d'abord, les premiers humbertiens (ancêtres des comtes de Savoie) n'étaient pas étrangers aux rives du lacs pour deux raisons. La première était que c'étaient des proches du roi de Bourgogne, lesquels résidaient souvent à Saint Maurice d'Agaune ou à Lausanne. La seconde raison est  qu'ils ont possédé très tôt des droits sur l'abbaye de Saint Maurice d'Agaune siège de la seigneurie (proto-principauté) du Chablais qui veut étymologiquement dire "Tête du lac" (Caput Lacensis).

 

Est-ce ces droits ou l'influence des humbertiens  sur l'évêque du Valais qui permis de mettre la main vers 1150 sur la principale forteresse du lac Léman, le château de Chillon ? Ce que nous savons, c'est que pour ce château, les Humbertiens (ancêtre des comtes de Savoie) prêtaient l'hommage à l'évêque du Valais. Il y avait aussi d'autres seigneurs qui gravitaient dans l'orbite du château de Chillon : la famille des Allinges (qui ont laissé le nom à une tour) et les Blonay (qui vont construire leur grand château pas très loin de Chillon, au dessus de Vevey).

 

De Chillon, la Maison de Savoie va progressivement s'imposer autours du lac soit en construisant des villes neuves et des forteresses, soit imposant leur suzeraineté. Nous allons découvrir la chronologie de ces évènements dans les lignes qui suivent.  

château de Chillon : l'entrée (photo E. Coux)

château de Chillon : l'entrée (photo E. Coux)

Les humbertiens se sont tout d'abord rapidement s'affirmer comme principaux seigneurs de la forteresse de Chillon. Est ce dû au fait qu'Humbert III se fait donner par Berthold IV de Zaeringhen l'avouerie impériale sur le diocèse du valais ? Le comte de Maurienne était devenu de fait une sorte de supérieur, protecteur de l'évêque du Valais, lequel était aussi normalement et paradoxalement le suzerain de la forteresse de Chillon. (Cependant les comtes de Savoie prêteront hommage jusqu'au milieu du XIV e siècle à l'évêque de Sion pour le château de Chillon).

 

L'alliance entre Humbert III de Savoie et Berold IV de Zaeringhen allait donc, dans un premier temps surement favoriser la puissance du comte de Maurienne entre Chillon et le grand Saint Bernard. Thomas 1er, même si il renversa complètement cette alliance (il prit le parti de l'Empereur) et lutta contre les Zaeringhen, il renforça quand même son emprise dans cette région. Il lutta aussi contre l'évêque de Genève et se fit investir la ville de Moudon dans le pays de Vaud en 1207 ; ville qui allait devenir le centre de l'expansion humbertienne dans cette région.

 

Mais surtout, en 1214, c'est la fondation de Villeneuve près de Chillon.  Le lieu est assez vaste pour y accueillir des halles mais aussi un équipement portuaire. C'est d'ailleurs à Villeneuve que sera créée la première flotte de guerre de la Savoie qui leur sera un atout indispensable.

Hôpital de Villeneuve fondé par Aymon le fils de Thomas 1er (Photo E. Coux)

Hôpital de Villeneuve fondé par Aymon le fils de Thomas 1er (Photo E. Coux)

A la mort de Thomas 1er, ses enfants vont contester l'hégémonie de l'ainé, Amédée IV sur l'héritage. La première contestation viendra d'Aymon, frère d'Amédée IV, de Pierre, de Thomas II et de Philippe. Celui-ci se fera attribuer en 1233 tous le territoire entre Chillon et la Vallée d'Aoste inclue. Il semble que ce soit lui qui effectua les premiers grands travaux de Chillon, notamment les tours demi-rondes. Il fonda aussi un hôpital à Villeneuve.

 

A sa mort tous ces territoires retournèrent à Amédée IV bien que cet héritage fut encore contesté par tous les autres enfants encore vivant de Thomas 1er. Thomas II fini d'ailleurs par obtenir le val d'Aoste, au moins sa partie basse.

 

Un autre fils de Thomas 1er va avoir un destin exceptionnel surtout dans le pays de Vaud et dans la région lémanique : Pierre II. A l'origine, il était destiné à la carrière ecclésiastique. Il devient chanoine de Lausanne puis administrateur apostolique du diocèse de Lausanne (une sorte d'évêque remplaçant). D'ailleurs les raisons de son éviction du diocèse sont assez floues. Est ce qu'il songe déjà à épouser l'héritière du Faucigny ? A-t-il été poussé dehors ? Nous remarquons surtout que la ville de  Lausanne semble avoir été au centre de sa stratégie tout le long de sa vie (ce qui est paradoxalement un aspect qui n'est jamais souligné dans sa biographie). Et que Lausanne est en proie à une guerre civile entre partisans de Pierre et opposants (dont fait parti le comte de Genève). 

La cathédrale de Lausanne se construisait au temps où Pierre II était chanoine de Lausanne (Photo E. Coux)

La cathédrale de Lausanne se construisait au temps où Pierre II était chanoine de Lausanne (Photo E. Coux)

Pierre II quittera sa carrière ecclésiastique pour épouser la fille d'Aymon II seigneur de Faucigny. Ce seigneur, très puissant dans la vallée homonyme est aussi très impliqué dans le pays de Vaud. Il a notamment racheter les droits de l'avouerie impérial sur le diocèse de Lausanne aux héritiers des Zaeringhen, les Kibourg. Et sa politique Vaudoise l'amène a annexer par exemple la ville d'Yverdon près du lac de Neuchâtel. Pierre II commencera ainsi à étendre ses terres près de la Broye notamment en annexant Romont et en prenant l'avouerie sur l'abbaye de Payerne.

 

Quelque années après, suite à la démission de l'évêque de Lausanne Saint Boniface, Pierre Il échouera cependant à mettre à la tête de l'évêché son frère Philippe (le futur comte de Savoie Philippe 1er). Mais le nouvel évêque élu de Lausanne, Jean de Cossonay qui est un opposant à Pierre est obligé de signer des traités et des compromis avec le comte de Savoie  Amédée IV dans la gestion de la ville de Lausanne.

 

Autour du lac Léman, c'est peut être par usurpation  (revendication de l'héritage d'Aymon de Savoie), à la mort d'Amédée IV, au détriment de Boniface que Pierre II acquis le Chablais et le château de Chillon seulement en 1254/55. C'est à cette époque qu'il choisi d'ailleurs de se faire enterrer à Saint Maurice d'Agaune.

 

C'est de ce château que naitra dans la principauté de Pierre II (qui n'est pas à cette époque comte de Savoie) la première administration savoyarde organisée. Quand il deviendra comte, il élargira cette administration à tous le comté de Savoie.

 

Comme son frère Aymon quelques années plus tôt, Pierre, se forgea une puissante principauté qui était juxtaposée au comté de Savoie, dont le centre de gravité géographique semblait être Chillon. Les terres de cette principauté provint essentiellement de l'héritage de son beau-père, Aymon de Faucigny, mort en 1251 et des revendications d'une partie de l'héritage de son frère Aymon à la mort de son frère, le comte Amédée IV en 1253.  

interieur du château de Chillon, château principale de Pierre II. (Photo E. Coux)

interieur du château de Chillon, château principale de Pierre II. (Photo E. Coux)

Entre 1255 et 1260, Pierre II va étendre son influence sur les rives du Léman. Il livrera une guerre à l'évêque du Valais. Celui-ci dû céder tous ce que l'évêque avait dans le diocèse de Lausanne, c'est à dire tous les fiefs et les hommages situés sur l'actuelle riviera à Vevey et Montreux y compris ses droits sur la Vidamie (vidamie = vice-dominus=vice-seigneurie).

 

C'est peut être à cette époque qu'est construit le château de la Tour de Peilz à Montreux. C'est aussi à cette  époque qu'est construit le château et la ville neuve de Versoix (1257) à l'autre bout du lac. Pierre II va prendre le contrôle de la forteresse comtale de Genève, le château de Bourg-le-Four près de la place homonyme et déjà de manière provisoire le château de l'ïle. On attribue à Pierre II la création ou le renforcement des foires de Genève dès 1262. Peut être avait il comme but d'affaiblir économiquement la ville de Lausanne par une concurrence de Genève ?

 

Pierre II renforça surtout sa position dans la Léman avec la construction du château d'Evian. La position d'Evian est à la fois centrale sur le Lac Léman, mais aussi en face de la cité épiscopale de Lausanne qui semble rester l'objectif ultime de Pierre II.  Ce château qui n'existe plus était l'exemple parfait du carré savoyard. Il devait ressembler énormément au château d'Yverdon qui fut aussi construit par Pierre II.  Il fit construire aussi à Evian une grande église qui est le reflet de sa puissance. Cette église existe toujours. C'est l'église paroissiale de la ville.

 

Il va aussi prendre la contrôle de la région de Thonon et développer l'économie de cette zone grâce à la création d'un marché à Saint-Paul-en-Chablais. Il faut tenir compte que Pierre II devient comte de Savoie en 1263 et le reste jusqu'en 1268.

Eglise d'Evian. La ville neuve d'Evian fut fondée par Pierre II. (Photo E. Coux)

Eglise d'Evian. La ville neuve d'Evian fut fondée par Pierre II. (Photo E. Coux)

En 1268, l'héritage de la Savoie reviendra à Philippe 1er, frère de Pierre II. Mais dès 1273, au rétablissement de l'Empire avec à sa tête Rodolphe de Habsbourg, on assista à un recul de la puissance savoyarde autours du Léman. L'empereur et le pape Grégoire X vont venir à Lausanne assister officiellement à l'inauguration de la cathédrale en 1275.

 

Les Habsbourgs, comme les Kibourgs étaient déjà venus assiéger le château de Chillon en 1260 et 1264. La construction du château de la Tour de Peilz marque peut être l'émergence d'une époque troublée entre le comte de Savoie et le nouvel évêque de Lausanne qui est issu d'une famille ennemie à la Savoie.

 

Ce château semble être bâti selon le même modèle que les bâties de Savoyard, c'est à dire une enceinte en carré ou en triangle bordée ou non de tours. En l'occurrence, ici en triangle. Cependant, il se peut qu'il y eu quelque chose de préexistant. Une ville neuve est aussi construite en appui du château qui a ses franchises en 1282.

 

Cette ville neuve dépendait de la paroisse de Vevey. Une chapelle est construite en 1307, preuve du développement du bourg. Elle deviendra "l'église" de la ville sans toutefois acquérir le statut d'église paroissiale qui reste à Vevey.(c'était très courant que les villes neuves dépendent d'une église hors de leur bourg - l'église est un organisme qui n'aime pas le changement). Le patronage à Saint Théodule indique la possession du lieu, à l'origine, à l'évêque de Sion, comme Chillon. Le clocher de l'actuelle église était  à l'origine la tour-porte de la ville.

le château de Morges qui est un carré savoyard (Photo E. Coux)

le château de Morges qui est un carré savoyard (Photo E. Coux)

La succession de Philippe 1er fut aussi difficile. Le gros de l'héritage alla au seigneur de Bresse, Amédée V qui devint comte de Savoie. Mais son frère Louis reçut une grande partie du pays de Vaud et le Valromey. Il structura sa principauté autours des châtellenies comme le reste de la Savoie. Si il renforça Yverdon qui devint sa ville principale au nord, il fonda, au Sud, en 1286, sur les bords du Léman le château et la ville neuve de Morges.

 

C'était pour ce seigneur, une façon de prendre pied sur les bords du Léman. En effet, à la mort de son oncle Philippe 1er, il réussit à s'attribuer, surement de connivence avec l'Empereur, le pays de Vaud du Nord ; la partie qui se trouve dans le bassin versant du Rhin. La fondation de Morges, qui se fit à peine un an après la mort de Philippe 1er semble avoir été préparée de longue date. Elle nuit à plusieurs intérêts : surtout celui de la famille des Cossonay (et de ses vassaux), et celui du comte de Savoie Amédée V. D'ailleurs Louis 1er de Savoie-Vaud demandera ensuite plusieurs autres châtellenies autours du lac Léman.

 

Comme Yverdon et Evian, ce château était aussi de type "carré savoyard", c'est à dire  un plan en carré  avec des tours rondes aux angles. Le château de Morges servit souvent de résidence à la famille de Savoie, notamment au temps d'Amédée VIII.

Château de la Tour de l'ïle à Genève qui fut le centre d'une châtellenie savoyarde (Photo E Coux)

Château de la Tour de l'ïle à Genève qui fut le centre d'une châtellenie savoyarde (Photo E Coux)

Amédée V fut lui-aussi très actif autours du lac Léman. En 1287, il attaqua et prit le château de l'île à Genève qu'il transforma en une forteresse importante, siège d'une châtellenie. Chillon qui était le chef lieu de Baillage du Chablais devint aussi le chef lieu militaire du Léman.

 

Le château et la ville de Nyon furent  acquis en 1293 par Philippe 1er de Savoie. Mais les seigneurs de Prangins en revendiquait la possession du fait qu'il était en possession de la vidamnie de la ville. Nyon fut assiégée par Amédée V et Louis 1er de Vaud. Ce dernier la garda et fonda un couvent de franciscain. Il créa dans cette ville ou au château un atelier monétaire.

 

Le château et la ville de Rolle semble avoir été fondée assez tard. D'abord par Amédée V qui céda la place au seigneur de Savoie-Vaud.

 

Entre 1306 et 1318, Amédée V acquiert, renforce le château d'Yvoire au sud du Lac et construit une ville neuve. Ainsi, le comte de Savoie et le seigneur de Savoie-Vaud disposent à cette époque des ports, des villes et des châteaux à intervalles réguliers et dans tous les sites les plus stratégiques du Lac. C'est au sud, Genève, Yvoire, Thonon, Evian. Au Nord, c'est Genève, Nyon, Rolle, Morges, La tour-de-Peilz (Vevey) et Chillon-Villeneuve.  

Château de Nyon (Photo E. Coux)

Château de Nyon (Photo E. Coux)

Amédée VI renforcera encore les possessions de la Maison de Savoie autours du lac Léman. Avant 1355, il fait la guerre au pays de Gex et l'annexe. Dans cette annexion , il récupéra Versoix qui entre temps était passée au seigneur de Gex. Avec le traité qu'il a signé avec le roi de France (en tant que Dauphin), il récupèrent le Faucigny et ses dépendances sur le lac Léman, dont la ville neuve d'Hermance,  mais aussi pas mal d'hommages, comme celui des seigneurs de Thoire-et-Villars qui tiennent à cette époque la seigneurie de Coppet et celui des comtes de Genève qui possèdent des droits sur cette ville.

 

Surtout, en 1356, il rachète l'apanage de Vaud à son héritière ce qui lui ramène en gestion directe une bonne partie de la rive nord du lac dont Morges, Rolle et Nyon.

 

Amédée VI inaugurera une politique en faveur des franciscains qui le fera aussi entrer à Lausanne grâce à la reconstruction du couvent des cordelier de cette ville. Le lac compte aussi les couvents de Nyon et de Genève qui ont dû bénéficier de ces faveurs.

Stalles des Cordeliers de Lausanne avec le blason du comte de Savoie Amédée VI qui les avait financé (Photo E. Coux)

Stalles des Cordeliers de Lausanne avec le blason du comte de Savoie Amédée VI qui les avait financé (Photo E. Coux)

Sa politique se centralise aussi autour du Léman. Il valorise la route commerciale qui passe du Valais vers le plateau Suisse et renforce le château de Chillon.

 

En 1365, Amédée VI obtient de l'Empereur Charles IV qui vient de se faire couronner à Arles, le vicariat impérial sur toutes ses possessions. Celui-ci vient à Genève et en pèlerinage à Saint Maurice d'Agaune. Il appellera son fils Sigismond en mémoire du fondateur burgonde de l'abbaye dont il se revendique être un descendant. Est aussi envisagé de fonder à Genève une université. Mais devant l'entêtement de l'évêque ce projet échoue.

 

En 1377, Amédée VI s'installe avec sa cour à Ripaille où sa femme construit une immense aula qui lui sert de palais. Ripaille se trouve stratégiquement au centre du lac Léman. Amédée VIII terminera cette construction politique en obtenant le vicariat impérial en 1398 et en achetant le comté de Genève en 1401. Il deviendra lui-même évêque de Genève en 1444 et, tout en étant pape, résidera avec sa cour à Lausanne pendant la majeur partie de son pontificat (Félix V).  

 

Comme l'a bien démontré l"historien Guido Castelnuovo, le centre de gravité du duché de Savoie se trouvait alors compris dans un triangle formé par les villes de Morges, Thonon et Lausanne. Morges et Thonon avaient toutes deux un château ducal. Thonon était en outre à Ripaille, lieu de retraite d'Amédée VIII et de ses fidèles conseillers, une sorte de "chartreuse pour grand seigneur" si on reprend l'expression de Piccolomini, le futur pape Pie II.

 

A Lausanne se dressait évidemment la cathédrale, lieu du concile. Nous pouvons nous demander si finalement, ce n'est pas l'accaparement de cette cathédrale par le pape Félix V, qui est Amédée VIII qui va être aussi la cause de la non construction d'une très grande église à Ripaille (avec bien sûr le manque d'argent) ; Amédée VIII ayant déjà avec la cathédrale de Lausanne, une représentation de sa dévotion et de sa religiosité. A Lausanne, gravitait aussi un monastère franciscain quasi-dynastique et un monastère dominicain (aujourd'hui détruit).

voute du couvent de Franciscains à Lausanne avec le blason de Savoie (photo E. Coux)

voute du couvent de Franciscains à Lausanne avec le blason de Savoie (photo E. Coux)

Cette religiosité était amplifiée par le culte qu'entretenait Amédée VIII envers Saint Maurice dont l'abbaye se trouvait dans le Chablais au fond du lac. Cette religiosité était reliée par tout les monastères augustins qui se trouvaient dans la rive Sud du lac et chapeautés par l'abbaye d'Abondance et liés au prieuré de Sixt en Faucigny. C'est d'abord le prieuré de Meillerie, près de Saint Gingolph, qui est encore aujourd'hui en excellent état. Ce prieuré servait de résidence au prévôt du Grand Saint Bernard.

 

Sur le lac se trouvait aussi l'abbaye de Filly (dans la commune de Sciez), dont les abbés sont des proches d'Amédée VIII, Il ne reste rien de cette abbaye. Il  y a enfin le couvent des Augustins fondé par Amédée VIII à Thonon en 1427 et le prieuré de Ripaille fondé aussi par Amédée VIII au début du XV e siècle. 

 

La religiosité du fils d'Amédée VIII, le duc Louis 1er se déplacera vers l'Observance franciscaine. Pourtant, malgré un nombre impressionnant de fondation, il se contentera, autours du lac Léman de favoriser les couvents franciscains conventuels. On le voit faire des dons dès 1446 et loger dans les couvents de Lausanne, Nyon et Genève (Rive)  qui demeureront pur lui, des couvents importants tout au long de sa vie. Il fera notamment du couvent franciscain de Rive à Genève sa résidence principale  avec le château de Thonon.

 

Ce couvent deviendra notamment le centre de la politique dévotionnelle du nouveau duc de Savoie. La duchesse Anne de Chypre fondera, dans couvent, assez tôt, la chapelle Notre Dame de Bethléem qui a eu pour but de devenir la nouvelle nécropole de la Maison de Savoie en remplacement de l'abbaye d'Hautecombe (Amédée VIII avait encore eu comme vœux de se faire enterrer à Hautecombe. Sa volonté n'a simplement pas été respectée).   

 

Le couvent de Rive était aussi devenu l'église de la nation des florentins à Genève, les principaux banquiers de cette place financière internationale qu'était devenu cette ville. Tout un symbole. C'est aussi dans cette église qu'Anne de Chypre fondera la chapelle du Sépulcre en 1461, pour servir d'écrin à la nouvelle relique que le couple ducal possédait ; le Saint Suaire. 

tour du château de Rolle (Photo E. Coux)

tour du château de Rolle (Photo E. Coux)

Cependant, malgré la très forte empreinte franciscaine qui marquait désormais la Maison de Savoie, ceux-ci se détacheront progressivement de Genève et du Léman à partir d'Amédée IX pour résider de plus en plus du côté du Piémont.  Le signe fort de ce changement, c'est l'enterrement d'Amédée IX et de sa femme Yolande de Valois dans la cathédrale de Verceil.

 

Dès cette époque, en effet, au point de vue économique, les foires de Genève sont concurrencées par les foires de Lyon. Même si Amédée IX réussira à les maintenir à flot, son successeurs, Philibert 1er subira le contre coup des guerres de Bourgogne. Il se fera lui enterrer à Hautecombe, près de Chambéry, surement avec l'appui de son frère, Charles 1er, qui veut remettre de l'ordre dans les territoires transalpins et arrêter la rébellion de son oncle Philippe sans terre.

 

Le lac Léman a été dès le XIIe siècle, le fil conducteur de la construction territoriale savoyarde. La forteresse de Chillon est aussi le symbole de cette implantation. C'est à la fois la première forteresse de la Maison de Savoie sur ce lac, mais elle a été le centre de la principauté de Pierre II et le centre d'un bailliage comprenant tous le lac. L'autre objectif de Pierre II avait été la ville de Lausanne.

 

L'importance du Léman avait bien été comprise par Louis de Savoie-Vaud qui convoitait depuis le début le titre de comte de Savoie au détriment de son frère Amédée V. On le voit fonder un an après la mort de son oncle Philippe, en 1286, la ville neuve et le château de Morges. Cela lui permet de revendiquer la majeur partie des possessions savoyardes autours du Léman. Même si il grignotera certaines terres et s'emparera de villes telles que Nyon, jamais il n'entrera en possession de Chillon qui semble rester à cette époque, encore un symbole important. En témoigne les travaux fait par Amédée V et Aymon de Savoie dans la chapelle et la chambre du château.

 

L'évêché de Lausanne devra notamment la survie de son indépendance à la rivalité entre les deux branches savoyardes. Cette rivalité cessera d'exister avec Amédée VI qui complète son hégémonie autours du lac avec le pays de Gex, la baronnie de Vaud et celle du Faucigny. La reconstruction du couvent des franciscains et d'une nouvelle résidence à Ripaille près de Thonon va renforcer cette hégémonie. C'est donc à cette époque, qu'est mis en place ce centre de gravité de la principauté de Savoie entre les villes de Morges, Thonon et Lausanne que remarquera l'historien Guido Castelnuovo pour le duc Amédée VIII.

 

Ce centre de gravité se déplacera néanmoins vers Genève à cause d'essor très important des foires de cette ville. Louis de Savoie faisant du couvent de Rive son nouveaux palais préfigurant ainsi le palais royal de Turin. La réunion des états généraux (réunion des trois ordres) de Savoie se feront notamment devant le couvent de Rive en 1462.  

 

Même si l'attrait du Léman semble baisser à la fin du XV e siècle au profit du Piémont, le duc de Savoie y envoie quand même ses meilleurs éléments pour gérer ce territoire. Il suffit de penser à l'évêque de Lausanne Aymon de Montfalcon-Flaxieu qui a été un des plus grands conseiller du duc de Savoie. Mais aussi la place accordée aux Vaudois dans l'administration ducale comme par exemple Claude d'Estavayer qui cumule les charges d'évêque de Belley, d'abbé d'Hautecombe et de chancelier de l'Ordre du Collier qui devient en 1518, l'Ordre de l'Annonciade.  

le lac Léman au coeur de la Savoie (Carte E. Coux)

le lac Léman au coeur de la Savoie (Carte E. Coux)

Portail de Montfalcon à lausanne voulu par l'évêque Aymon de Montfalcon-Flaxieu (photo E. Coux)

Portail de Montfalcon à lausanne voulu par l'évêque Aymon de Montfalcon-Flaxieu (photo E. Coux)

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