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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

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Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

Les églises halles de Savoie du XVe, XVIe siècle, témoignage de l'influence des villes marchandes Allemandes ?

la co-cathédrale de Bourg en Bresse

la co-cathédrale de Bourg en Bresse

L'église Notre Dame de Bourg en Bresse, actuelle co-cathédrale de la ville est très proche de l'abbatiale de Brou quand à la date et les motifs de sa construction. C'est à peut près en 1505 qu'est décidé la reconstruction du monastère et de l'abbatiale de Brou et celle de l'église principale de la ville de Bourg en Bresse, l'église Notre Dame.

Dans le même temps, la fonction paroissiale du prieuré de Brou sur la ville de Bourg en Bresse était transférée grâce à Marguerite d'Autriche dans l'église Notre Dame au centre de la ville et en face des immenses halles (1506). Tous le monde y gagnait dans la reconstruction et le changement d'usage du prieuré de Brou.

 Si les deux l'églises sont à peu près de la même taille,  il est important de constater une différence architecturale majeure entre ces édifices : Brou est une église basilicale classique alors que Notre Dame de Bourg en Bresse se rapproche clairement du type des églises halles, c'est à dire un type d'église dans lequel les bas-côtés ou collatéraux sont de même hauteur que la nef centrale.

Il existe très peu d'églises de ce type dans les anciens états de Savoie. Nous pouvons citer outre la co-cathédrale de Bourg en Bresse, l'église de Pérouges, l'actuelle cathédrale de Saint Claude dans le Jura, mais aussi la chapelle des Allemands dans l'église Saint Gervais de Genève qui est peut être le seul édifice à avoir rigoureusement les caractères pour être une église halle parfaite. Les autres édifices cités précédemment ont des collatéraux légèrement plus bas que la nef principale et le vrai terme à appliquer à ses édifices est celui de "pseudo-halle".

Pourtant la problématique reste la même que si c'était des églises halles parfaites : pourquoi avoir choisi ce parti architectural qui ne semble pas très courant dans l'ancien duché de Savoie et plus généralement dans la vallée du Rhône.

Hors du périmètre Est du diocèse de Lyon, et à part l'exemple de Saint Gervais à Genève, nous trouvons quelques exemples dans le val d'Aoste (Verrayes, Gignod, Saint Etienne d'Aoste et de Quart) et celui de la collégiale de Moncalieri près de Turin. Cet inventaire ne saurait être exhaustif si l'on songe à toutes les églises qui ont été détruites lors des modes baroques et néo-gothiques.

l'église de Pérouges et l'aspect halle de son église (Photo E. Coux)

l'église de Pérouges et l'aspect halle de son église (Photo E. Coux)

La première constatation est que ce sont de grands et prestigieux édifices. L'église de Bourg en Bresse est un édifice de 70 mètres de long et de presque 20 mètres de hauteur. Elle deviendra successivement paroissiale, collégiale puis en 1515, cathédrale de l'éphémère diocèse de Bourg en Bresse. Elle sera choisie au XXe siècle pour être co-cathédrale du diocèse de Belley-Ars qui couvre le département de l'Ain.

l'église de Pérouges est une église qui a un peu une histoire similaire à la collégiale de Bourg en Bresse. A l'origine, ce n'est pas l'église paroissiale. Celle-ci se trouve en dehors du Bourg (église Saint Georges actuellement démolie). A l'origine, il y avait surement une simple chapelle à l'entrée du Bourg (position assez courante de façon à protéger l'entrer du bourg). Cette chapelle devenue église a été reconstruite au même emplacement d'où l'emplacement assez bizarre de cette église entre la porte de la ville et la Barbacane. De part sa position sur la muraille, elle garde une allure assez défensive dû à son rôle. et il se peut que se soit la raison de la dimension étroite de ses fenêtres.

La seule baie avec une relative importance semble avoir été celle de l'entrée qui a été pourtant, même là aussi murée au trois quart (comme nous pouvons le voir sur la photo ci-dessous).

 

façade de l'église de Pérouge avec la baie qui devait normalement être plus grande.(Photo E. Coux)

façade de l'église de Pérouge avec la baie qui devait normalement être plus grande.(Photo E. Coux)

Si l'on cherche des modèles à ces deux églises, il est nécessaire de se rendre en Allemagne du sud où se trouvent des grandes églises halles.

Les églises Saint Martin à Landshut, Saint Georges à Nördlingen, Saint Jacob à Straubing, Notre Dame à Ingolstadt  et la cathédrale  notre Dame de Munich en Bavière  présentent des similitudes surprenantes avec certains éléments des églises de Bourg en Bresse et Pérouges.

Notamment les colonnes octogonales de la nef de l'églises de Pérouges qui se retrouvent dans l'église saint Martin de Landshut et Notre Dame de Munich. C'est d'ailleurs un des élément les plus surprenant de ces églises, celui qui leur donne cet aspect si contemporain et si minimaliste, et qui renforce l'élévation de ces édifices.

L'église de Landshut possède des colonnes de moins de un mètre de diamètre qui font 22 mètres de haut. Cet aspect, très moderne, s'est retrouvé ensuite dans la cathédrale de Munich (voir les photos ci-dessous des églises de Pérouges et de Munich).

l'église de Pérouges avec des colonnes octogonales (Photo E. Coux)

l'église de Pérouges avec des colonnes octogonales (Photo E. Coux)

frauenkirche de Munich qui est comme l'église de Landshut avec des colonnes octogonales (Photo E. Coux)

frauenkirche de Munich qui est comme l'église de Landshut avec des colonnes octogonales (Photo E. Coux)

Abbatiale de Saint Claude (39) (Photo E. Coux)

Abbatiale de Saint Claude (39) (Photo E. Coux)

C'est ensuite la hauteur des baies et l'uniformité de l'ensemble qui se dégage de ces églises halles au point d'en faire des édifices non pas d'allure médiévale, ce qu'ils sont, mais plutôt des ensembles à l'aspect très contemporain. D'ailleurs et malheureusement, les amateurs de style gothique n'ont ni compris, ni appréciés ces édifices qui sont pourtant au niveau technique et esthétique  véritablement innovants.

La hauteur, la régularité, la grandeur des baies et l'absence de contreforts (sauf pour Ingolstadt et Straubing qui possèdent des petits contreforts) en font des édifices lumineux. Il suffit de se rendre dans une de ces église pour s'en rendre compte. Cette architecture permet à l'église de Pérouges, malgré la petitesse de ses ouvertures, de garder néanmoins une lumière particulière (voir photo ci-dessus).

Beaucoup de baies ont été obturées dans l'église de Bourg en Bresse ce qui malheureusement enlève le résultat escompté (dû à une modification de plan suite à un écroulement de la nef) .

Les chapelles latérales sont à Bourg en Bresse, comme à Munich, intégrées à l'édifice comme si elles étaient dans l'embrasure des fenêtres. Elles forment un ensemble très homogène qui se fond dans l'aspect général de ces églises. Cette uniformisation des chapelles se voie aussi dans l'église de Châtillon sur Chalaronne qui, bien que n'étant pas une église halle car elle ne possède pas de collatéraux, a, elle aussi, beaucoup de caractéristiques similaire aux églises de Bavière. Tout d'abord le matériau qui est la brique, puis la régularité des ouvertures et l'homogénéité des chapelles latérales.

Nous pouvons enfin constater la similitude entre Bourg en Bresse avec Landshut, Straubing (Sankt Jakob) et Nördlingen dans la façon de placer un clocher monumentale à l'entrée Ouest de l'église. Cela rappelle aussi les villes de Fribourg et d'Ulm, sur le chemin entre la Savoie et la Bavière qui ont aussi des immenses clochers.

Si les églises de Landshut (92 mètres de long), de Nördlingen (93 m), de Straubing, d'Ingolstadt (Liebfrauenmünster)(89m), Munich (109m) et Franckort (95 m) sont des grandes églises, l'église de Bourg en Bresse avec ses 70 mètres de longueur a aussi une dimension honorable.

 

A Munich, les chapelles sont intégrées dans l'épaisseur de la maçonnerie comme à Bourg en Bresse (Photo E. Coux)

A Munich, les chapelles sont intégrées dans l'épaisseur de la maçonnerie comme à Bourg en Bresse (Photo E. Coux)

Bourg en Bresse : voutement compliqué d'une chapelle latérale

Bourg en Bresse : voutement compliqué d'une chapelle latérale

Les chapelles latérales de Châtillon sur Chalaronne visent à l'homogénéité et à l'uniformité de l'ensemble. Ce type de chapelle basse se trouve dans les églises de Nordlingen et Landshut (Photo. E. Coux)

Les chapelles latérales de Châtillon sur Chalaronne visent à l'homogénéité et à l'uniformité de l'ensemble. Ce type de chapelle basse se trouve dans les églises de Nordlingen et Landshut (Photo. E. Coux)

La décoration de ces églises est souvent dans le décor des voutes qui devient très compliqué. L'Allemagne va être championne dans les voutes très compliquées. L'ogive toute simple va se transformer en motifs complexes. Dans l'église de Bourg en Bresse, la complication se fera uniquement dans le chœur avec une magnifique et très impressionnante clef pendante qui est une des plus grandes d'Europe.

D'ailleurs, je soupçonne cette volonté d'avoir voulu faire des motifs compliqués, coupable de l'écroulement d'une partie de la nef en 1515 ; évènement qui a obligé, dans la reconstruction, à simplifier les décors des voutes mais aussi à murer une partie des baies du chœur afin de le renforcer. Ces faits ont altéré l'homogénéité et la luminosité de l'église.

 

la fabuleuse clef pendante de Bourg en Bresse, une des plus impressionnante au monde (Photo E. Coux)

la fabuleuse clef pendante de Bourg en Bresse, une des plus impressionnante au monde (Photo E. Coux)

Motif des voutes du choeur à Munich (Photo E. Coux)

Motif des voutes du choeur à Munich (Photo E. Coux)

voute d'une des chapelle latérale de l'église Sainte Marie de Cracovie (église de style Allemand) (Photo E. Coux)

voute d'une des chapelle latérale de l'église Sainte Marie de Cracovie (église de style Allemand) (Photo E. Coux)

décoration de la voute à Pérouges avec une clef de Voute qui a le blason de la Savoie (Photo E. Coux)

décoration de la voute à Pérouges avec une clef de Voute qui a le blason de la Savoie (Photo E. Coux)

voute de l'abbatiale de Saint Claude. La voute comprend curieusement deux travées. Et la clef de voute se situe entre les deux travées. (Photo E. Coux)

voute de l'abbatiale de Saint Claude. La voute comprend curieusement deux travées. Et la clef de voute se situe entre les deux travées. (Photo E. Coux)

Comment le style de ces églises germaniques a t il pu venir jusqu'ici ? Pour répondre à cette question, il faut se remémorer les circuits commerciaux du moyen-âge pendant la seconde moitié du XV e siècle.

A cette époque, Genève est une des principale place commerciale et financière de l'Europe. Elle attire des marchands venant de l'Italie, de la France, de la Vallée du Rhône, mais aussi de l'Allemagne et notamment de l'Allemagne du sud. Bourg en Bresse est alors une halte pour les marchands français qui viennent aux foires de Genève.

Vers 1465, les foires de Lyon supplantent les foires de Genève au niveau financier mais Genève sert toujours de lieu d'échange entre les marchandises. Des villes entre Lyon et Genève, comme Pérouges vont alors prospérer et reconstruire leurs églises.

Au XV e siècle, la Bavière semble être elle aussi à son apogée. Nördlingen est comme Genève, un centre important du commerce européen grâce à ses foires. Elle est entourée de villes prospères. Landshut est une d'elle. Elle est la capitale de la Basse Bavière après avoir été temporairement celle de toute la Bavière. Entre 1450 et 1503, Landshut devient le pôle économique, politique et culturelle de cette province.

Landshut va lancer la construction de son église en 1385 et celle ci va se terminer en 1500. Nördlingen commence la sienne entre 1427 et 1451 qui se finit en 1505. Nous voyons que cette date correspond au début de la construction de l'église de Bourg en Bresse. Ces églises, du fait de leur nouveauté, devait être, très à la mode.

L'église Notre Dame d'Ingolstadt est commencée en 1427 et sera terminée en 1525. Elle est encore en construction à l'époque de la mise en travaux de celle de Bourg. L'église de Munich, elle, est plus tardive puisque sa construction s'étale de 1468 à 1488 et est consacrée en 1498.

Le Rhin est aussi un lieu de circulation important puisqu'il relie les Pays-Bas avec la Méditerranée. Francfort est aussi un centre de commerce important grâce à des foires. Cette ville, prospère devient le lieu officiel de l'élection de l'Empereur par la bulle de 1356. Les bourgeois construiront une grande église qui deviendra ensuite une collégiale, Saint Barthélémy. C'est une église halle de 95 mètres de longueur.

Une particularité des églises halles : nous avons des côtés très lisses, sans contreforts et arcs boutants, juste marqué par la répétition monotone des fenêtres (photo E. Coux)

Une particularité des églises halles : nous avons des côtés très lisses, sans contreforts et arcs boutants, juste marqué par la répétition monotone des fenêtres (photo E. Coux)

Cette particularité, l'absence de contrefort, se retrouve à Bourg en Bresse.(photo E. Coux)

Cette particularité, l'absence de contrefort, se retrouve à Bourg en Bresse.(photo E. Coux)

A Pérouges, en diminuant la taille des ouvertures,l'église prend l'aspect d'un mur défensif. Mais on retrouve la particularité des églises halles : l'absence de contrefort et le minimalisme dans les décorations.(Photo E. Coux)

A Pérouges, en diminuant la taille des ouvertures,l'église prend l'aspect d'un mur défensif. Mais on retrouve la particularité des églises halles : l'absence de contrefort et le minimalisme dans les décorations.(Photo E. Coux)

L'abbatiale de Saint Claude, la plus ancienne, n'a pas non plus de contrefort sur ses côtés. Ceux-ci sont remplacés par des tourelles/échauguettes. (photo E. Coux)

L'abbatiale de Saint Claude, la plus ancienne, n'a pas non plus de contrefort sur ses côtés. Ceux-ci sont remplacés par des tourelles/échauguettes. (photo E. Coux)

Toutes les églises halles cités précédemment ont un point commun avec les églises de Pérouges, Bourg en Bresse et même Châtillon sur Chalaronne : malgré leurs grandeurs, ce ne sont que les églises paroissiales ou des collégiales et non des cathédrales.

Ces paroisses sont en réalité des villes neuves, créées au moyen-âge. Au niveau spirituel, elles dépendent des évêchés d'Augsbourg, de Ratisbonne et de Freising. Munich dépendra de ce dernier évêché et ne sera érigé en co-cathédrale qu'au début du XIXe siècle. La collégiale de Francfort dépend de l'évêché de Mayence.

Les villes de Bourg en Bresse, Pérouges et Châtillon sur Chalaronne sont aussi des villes neuves créées au moyen-âge. Leur église n'est même pas le centre d'une paroisse. Celui-ci se trouve souvent dans un hameau éloigné du centre où il y avait surement, à l'époque romaine, une villa ou un petit vicus comme à Brou près de Bourg en Bresse qui est le siège paroissiale de cette ville jusqu'en 1506.

En Bavière, les villes de Munich, Landshut, Straubing et Ingolstadt deviennent des centres importants du pouvoir des Wittelsbach, les ducs de Bavière. Ceux-ci par contre n'ont pas de contrôle sur les villes épiscopales de Ratisbonne, Augsbourg et Freising qui ont soit acquis l'immédiateté impériale ou sont encore sous la coupe de leurs évêques.

En Bresse, les villes de Pérouges, Châtillon sur Chalaronne et Bourg en Bresse sont avant tout, des centres administratifs du pouvoir des ducs de Savoie. Ce sont des Châtellenies. Bourg en Bresse est même le centre d'un important baillage (regroupement de châtellenies). Au niveau spirituel, la Bresse dépend du diocèse de Lyon.

La verticalité de l'ensemble est impressionnante à Bourg en Bresse comme dans les autres églises halles (Photo E. Coux)

La verticalité de l'ensemble est impressionnante à Bourg en Bresse comme dans les autres églises halles (Photo E. Coux)

Abside de l'actuelle cathédrale de Munich. Il n'y a aucun contreforts (Photo E. Coux)

Abside de l'actuelle cathédrale de Munich. Il n'y a aucun contreforts (Photo E. Coux)

Abside de l'église Sainte Marie de Cracovie qui bien que n'étant pas une église halle, a une architecture typiquement germanique (Photo E. Coux)

Abside de l'église Sainte Marie de Cracovie qui bien que n'étant pas une église halle, a une architecture typiquement germanique (Photo E. Coux)

abside de Bourg en Bresse (Photo E. Coux)

abside de Bourg en Bresse (Photo E. Coux)

Abside de l'abbatiale de Saint Claude (aujourd'hui cathédrale)(Photo E. Coux)

Abside de l'abbatiale de Saint Claude (aujourd'hui cathédrale)(Photo E. Coux)

Il existe une autre grande église halle qui est dans l'orbite savoyarde : l'abbatiale de Saint Claude dans le Jura. Cette église commencée en 1390 environ, l'a été avec l'aide de l'anti-pape Clément VII, Robert de Genève. Une des hypothèses est que l'architecture de cette église ait été influencée par l'abbatiale de la Chaise dieu. Ce qui est très probable vue la ressemblance entre les deux abbatiales. La Chaise-Dieu peut être aussi considérée comme une église halle même si les bas-côtés sont en réalité une succession de chapelles. Robert de Genève, en prenant le nom de Clément VII s'est placé dans la continuité du précédent Clément, Clément VI. Et quoi de mieux que de l'imiter en faisant reconstruire une abbatiale dans le même style que celle qu'à fait reconstruire Clément VI avec la Chaise-Dieu.

Il se peut aussi qu'une partie de l'influence architecturale vienne aussi de l'Allemagne : colonnes octogonales, absence de contrefort sur une grande partie de la nef (qui lui donne un aspect contemporain) et surtout le curieux système de croisée d'ogive qui regroupe deux travées.

L'abbatiale de Saint Claude a aussi un curieux système de contreforts-tourelles-échauguettes placé plutôt sur l'arrière de l'église, vers l'abside. .

Il est aussi important de rappeler le contexte historique de l'époque. Clément VII est élu en 1378 en opposition à Urbain VI à Rome. Cependant, il n'arrive pas à rallier tous les pays sous son obédience : c'est le grand schisme. D'ailleurs, l'Empereur du Saint Empire Germanique, Wenceslas prendra le parti d'Urbain VI.

Il y a de grande chance pour que se soit Clément VII qui soit à l'origine de la renommée des foires de Genève à partir de 1390. Ce pape est originaire d'Annecy de la famille des comtes de Genève. Il deviendra d'ailleurs comte de Genève entre 1392 et 1394. Les évêques de Genève, à cette époque sont des membres de sa curie et très proche du pape. Les franchises de 1387 données par l'évêque et qui favorisent le commerce, semblent en effet dictées par le pape.

Il ne serait donc pas étonnant que ces foires aient pour but d'étendre l'influence du pape Clément VII, vers les pays Italiens et Germaniques qui sont sous l'obédience d'Urbain VI. Les foires de Genève seront un lieu de rencontre entre les marchands Allemands et Italiens (mais aussi Français et Provençaux).

Il est à remarquer aussi que un des grand soutien de Robert de Genève, est le roi de France. Et celui-ci s'est marié en 1385 avec Isabeau de Bavière qui est une Wittelsbach-Ingolstadt.  Est ce que cela a eu une influence sur la progression des obédiences de Clément VII ?

Il faut cité le précédent, en 1365, à Genève, du passage de l'Empereur Charles IV, le père de Wenceslas qui revenait d'Arles. Lui et le Comte de Savoie avaient voulu fonder dans cette ville, une université. Si cette fondation échoua à cause de l'évêque, elle montre néanmoins l'intérêt de l'Empereur pour cette ville et un précédent.

Il est intéressant de rappeler les actions de Charles IV envers les villes d'Allemagne et de Bohème. Il  va d'abord privilégier la collégiale de Francfort sur le Main (qui est une église halle) puisqu'il décida que cette église deviennent le lieu officiel de l'élection des Empereurs. Ensuite à Nuremberg dans la moyenne Franconie, qui est une importante place commerciale, il fait reconstruire la Frauenkirche en église halle entre 1352 et 1362. Dans cette ville, le chœur de l'église Saint Sébald a été refait à deuxième moitié du XIV e siècle entre 1361 et 1372 dans le style de l'église Halle. Les marchands des villes de Francfort et de Nuremberg seront en relation commerciale avec Genève lors des grandes foires de cette ville.

Il faut rajouter  à Prague, qui est la capitale de cet Empereur, bien que cette ville soit assez éloignée de Genève,  la chapelle Saint Wenceslas dans la cathédrale Saint Guy qui est en forme de halle,

L'abbatiale de Saint Claude restera longtemps un chantier non terminé. Dans cette gravure, nous voyons les trois nefs sensiblement de la même hauteur.

L'abbatiale de Saint Claude restera longtemps un chantier non terminé. Dans cette gravure, nous voyons les trois nefs sensiblement de la même hauteur.

pilier octogonaux de l'abbatiale de Saint Claude (photo E. Coux)

pilier octogonaux de l'abbatiale de Saint Claude (photo E. Coux)

nef de Saint Claude qui a été construite en plusieurs étapes

nef de Saint Claude qui a été construite en plusieurs étapes

Au niveau architecturale, l'abbaye de Saint Claude possède aussi des piliers octogonaux comme les églises de Landshut, Munich et Pérouges.

Saint Claude fait partie à cette époque du diocèse de Lyon et les chanoine de Saint Claude ont aussi le titre de comte de Lyon. Dans ce contexte, il se peut que l'architecture de l'abbatiale de Saint Claude ait influencée celle de l'église de Pérouges qui est sur le chemin qui mène de Saint Claude à Lyon.

Cette architecture va aussi influencer Genève car deux échauguettes couronneront la façade de la cathédrale de Genève lui donnant plus de solennité.

Mais il faut aussi rappeler des relations entre la Savoie et l'Allemagne. J.F. Bergier a bien démontré dans son ouvrage sur les foires de Genève (les foires de Genève et l'économie internationale de la renaissance, Paris 1963), l'importance des courants commerciaux entre Genève et la Bavière (Nuremberg, Augsbourg, foires de Nördlingen, Munich) et la vallée du Rhin (foires de Frankfort)

Intérieur de la collégiale saint Barthélémy de Franckort

Intérieur de la collégiale saint Barthélémy de Franckort

Et ce n'est pas surprenant que les régions rhénane et la Bavière soient en relation commerciale avec Genève. C'est aussi les premiers débouchés géographiques de la route du plateau Suisse;

 Cette ville va être aussi le lieu de rencontre des marchants italiens et Allemands donc le lieu de croisement de plusieurs influences. Cependant, après 1465, les marchands italiens et surtout florentins se sont déplacés à Lyon laissant la ville de Genève de plus en plus sous la seule influence des marchands Allemands.

La chapelle halle (dédiée à Saint Protais et construite par la confrérie du Saint Esprit qui était celle des marchands Allemands) édifiée alors dans le chœur de l'église Saint Gervais est emblématique et  reflète bien cette influence. La date de sa fondation en 1478 est largement postérieur au déplacement de la succursale des Médicis vers Lyon et au transfert des foires vers cette ville.

Nef principale de l'abbatiale de Saint Claude (Photo E. Coux)

Nef principale de l'abbatiale de Saint Claude (Photo E. Coux)

nef principale de l'église de Munich (Photo E. Coux)

nef principale de l'église de Munich (Photo E. Coux)

De fait, le croisement des influences entre marchands italiens et marchands Allemands se déplacera et se situera de plus en plus entre Lyon et Genève.

Et ce n'est donc pas surprenant que les principaux bourgs de Bresse (avec la Valbonne) se développent économiquement vers la fin du XVe siècle et le début du XVI e siècle. Nous pouvons citer Bourg en Bresse bien sûr, mais aussi Montluel aux portes de Lyon, Pérouges, Meximieux, Chatillon-sur-Chalaronne, Pont-de-Veyle et Pont de Vaux près de la Saône.

La marque de cet essor sera bien sûr la reconstruction de leurs églises ; ce qui est une façon de montrer leur réussite.

Il est aussi surprenant de voir que face à l'influence allemande que l'on peut voir dans les églises de Bourg-en-Bresse, Châtillon-sur-Chalaronne et Pérouges, nous avons à Montluel, une église très influencée par le style renaissance qui vient de l'Italie. Montluel est proche de Lyon (elle sera le centre d'une foire de changes en 1512).

Le clocher de Bourg en Bresse, lui, est aussi influencé par l'architecture renaissance venant de l'Italie. Il est important de connaître la date de sa construction (entre 1536 et 1545) de sa base, qui est aussi celui du portail de l'église. Cette date correspond à l'occupation française de la Savoie (entre 1536 et 1559). A cette époque, les guerres d'Italie ne sont pas finies et Lyon est encore le siège des foires.

Sur la route allant de Lyon à Genève, nous avons aussi la chapelle Saint Anne de style renaissance qui est accolée à l'abbatiale de Nantua. Celle-ci semble avoir été commencée après 1536.

En 1536, la Savoie est envahie à la fois par les français et les bernois (aidés des fribourgeois). La limite entre la conquête française et la conquête bernoise semble avoir définie une nouvelle frontière qui celle-là sera durable entre les influences Nordiques et Méditerranéennes.

En 1559, le duc de Savoie ne récupérera donc que les pays an deçà de cette limite. Un nouveau style s'imposera alors, le Baroque (méditerranéen) qui s'opposera à la réforme luthérienne et calviniste du Nord.

 

plafond renaissance d'une des chapelle latérale de la collégiale de Montluel. (influence florentine et lyonnaise) (Photo E. Coux)

plafond renaissance d'une des chapelle latérale de la collégiale de Montluel. (influence florentine et lyonnaise) (Photo E. Coux)

portail de l'église Notre Dame de Bourg en Bresse construit entre 1536 et 1545 de style renaissance qui supporte le clocher. Ce style contraste avec le reste de l'édifice.

portail de l'église Notre Dame de Bourg en Bresse construit entre 1536 et 1545 de style renaissance qui supporte le clocher. Ce style contraste avec le reste de l'édifice.

Intérieur de la chapelle Saint Anne de style renaissance dans l'abbatiale de Nantua sur la route qui va de Lyon à Genève (Photo E. Coux)

Intérieur de la chapelle Saint Anne de style renaissance dans l'abbatiale de Nantua sur la route qui va de Lyon à Genève (Photo E. Coux)

chapelle intégrée dans l'église halle de Munich. (Photo E. Coux)

chapelle intégrée dans l'église halle de Munich. (Photo E. Coux)

Le sommet des clochers de la cathédrale de Munich sont ornés de Dômes symbolisant la ville de Jérusalem. Ces dômes qui remplacent les flèchent, seront à l'origine bien plus tard de nos clochers à bulbes. (Photo E. Coux)

Le sommet des clochers de la cathédrale de Munich sont ornés de Dômes symbolisant la ville de Jérusalem. Ces dômes qui remplacent les flèchent, seront à l'origine bien plus tard de nos clochers à bulbes. (Photo E. Coux)

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