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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

Les collégiales de Berne et Fribourg dans le diocèse de Lausanne, un exemple de lutte politique dans un contexte religieux.

L'obtention du titre de « collégiale » pour l'église paroissiale d'une grande ville pouvait être la voie menant au titre de cathédrale et à l'émancipation religieuse. Berne et Fribourg étaient avec Lausanne les plus grandes villes de ce diocèse. Pourtant, elles eurent leurs chapitres collégiales très tard, en 1484 pour Berne et 1512 pour Fribourg. Il est évident que ces créations sont le résultat d'un rapport de force entre ces villes et l'évêque de Lausanne, ce dernier étant chapeauté par le duc de Savoie. La dépendance religieuse était une menace concrète pour l'indépendance de ces villes qui était aussi liées à la Savoie par une dépendance économique vis à vis des foires de Genève.

 

Contexte politique et économique

La création d'un chapitre collégiale voir d'un nouveau diocèse semblait avoir été un objectif assez ancien pour les villes de Berne et Fribourg qui, profitant de leurs richesses économiques pensaient déjà à s'émanciper. La construction de la nouvelle église de Berne qui débute en 1421 et est l'occasion pour la ville de manifester la richesse et le pouvoir de sa bourgeoisie. La ville choisit un maître d'œuvre célèbre, Matthaüs Essinger le fils d'Ulriche Essinger. Celui-ci n’est pas choisi par hasard, c’est un maître d’œuvre à la mode. Son chantier phare est notamment la tour de la cathédrale de Strasbourg. Celui-ci sera aussi choisi par le duc de Savoie Amédée VIII pour faire sa prestigieuse église de Ripaille (qui sera malheureusement jamais construite) L'église est évidemment prévue de grande dimension pour refléter la puissance de la ville.

 

Dans le même temps, la ville de Fribourg, elle, profite aussi de sa richesse économique pour reconstruire son église paroissiale et lui donner les dimensions d'une cathédrale.

le clocher de la collégiale actuelle cathédrale de Fribourg caractérise cette ville

le clocher de la collégiale actuelle cathédrale de Fribourg caractérise cette ville

Mais l'élévation du duc de Savoie à la tiare en 1439, lors du concile de Bâle, faisait peser encore plus la menace d'une annexion pure et simple par la Savoie qui était alors au faîte de sa puissance. Le duc de Savoie avait, dès le début pour le concile de Bâle, deux objectifs : le premier était de renforcer la voie commerciale qui reliait Genève au Rhin – cela allait dans le sens de Berne et Fribourg qui profitait de ce trafic- et le deuxième était évidemment de mieux contrôler son église, c'est à dire ses diocèses et ses abbayes.

 

Le voyage vers Bâle amène le duc de Savoie a être reçu en quasi souverain par ces communautés. Un fait important mérite d'être souligné : une partie de l'élite bernoise reconnaîtra le candidat d'Eugène IV au siège épiscopal de Lausanne en 1440 contre l'évêque nommé par Félix V (Amédée VIII), Georges de Saluces. Mais Berne rapidement se pliera aux volontés de Félix V.

 

Arrivée de Félix V à Berne

Arrivée de Félix V à Berne

Fribourg, peut être dans une volonté d'émancipation déclarera la guerre contre la Savoie en 1448 en espérant le soutien des Habsbourg, protecteurs de la cité. Mais la Savoie avec l'aide de Berne, conquit Fribourg qui restera savoyarde pendant 25 ans. De cette époque subsiste les magnifiques stalles de la collégiale Saint Nicolas.

 

Même si les églises paroissiales de Berne et Fribourg sont des édifices prestigieux, ces villes devront attendre que la Savoie soit battue militairement, après 1477 pour que le rapport de force s'inverse. La défaite de Grandson et de Morat, suivit du saccage et du pillage de la cathédrale de Lausanne peut être aussi vue dans la cadre du rapport de force entre les foires de Lyon et celles de Genève. Les villes de Berne et de Fribourg ont clairement pris le parti du roi de France Louis XI. Cette guerre peut être donc vue dans le cadre de se libérer de la dépendance économique des foires de Genève détenues par le duc de Savoie ; ou plutôt de montrer son allégeance au roi de France maître des foires de Lyon, nécessaire à la survie du commerce de ces villes 

 

Les foires de Lyon avaient été créées en 1420, mais c’est seulement en 1446 que le roi de France voulut leur donner une plus grande importance en obligeant les marchands de son royaume se rendant à Genève à passer obligatoirement par Lyon (alors que la voie la plus facile est Mâcon). En 1463, les foires de Lyon s’imposent par rapport à celle de Genève. Les Médicis déplacent leur succursale vers Lyon et les Florentins s’implantent dans cette ville. S’ensuit jusqu’au années 1519-1525 un rapport ambiguë entre les foires de Lyon et celle de Genève à la fois de concurrence mais aussi de complémentarité.

 

C’est entre les années 1452 et 1476 que les relations de la Savoie avec Berne se dégradent. Auparavant, les relations entres ces deux entités étaient plutôt bonnes, voir très bonnes. Les soldats de Berne étaient fréquemment sollicités comme auxiliaires dans les conflits que le duc de Savoie avait avec ses voisins. Par exemple contre Fribourg entre 1447 et 1448. 

Le déplacement du grands commerce vers les foires de Lyon peut nous donner encore une fourchette plus précise des dégradations entre la Savoie et Berne : entre 1463 et 1476.

 

La partie de la ville de Fribourg rive droite de la Sarine

La partie de la ville de Fribourg rive droite de la Sarine

Constitution de la collégiale de Berne

En 1484, la ville de Berne avait réussit à racheter les droits paroissiaux de l'église Saint Vincent à l'Ordre Teutonique qui les détenait depuis les débuts, ce qui pu concrétiser son élévation au rang de collégiale en 1484/85. Il semble que cela a été l’aboutissement d’un processus commencé vers 1476, voir avant.

 

La construction du chapitre collégiale de Berne se fit en effet entre 1472 et 1484. Dans ce laps de temps, la ville de Berne mis la main sur les principaux établissements ecclésiastiques qui composaient son territoire. Le plus important d'entre eux fut le chapitre collégiale d'Amsoldingen fondée au X e siècle près de la ville de Thoune entrée de L'Oberland bernois. En 1479, la ville de Berne obtint de se faire céder par le Pape Sixte IV le droit de présentation des chanoines et en 1484, le chapitre était dissous et incorporé à celui de Saint Vincent de Berne. Ce fut vu comme un véritable transfert. Mais la mainmise de ce chapitre était surtout le renforcement de la puissance de Berne sur une des villes les plus importantes de l'Oberland.

Peter Maggenberg réalisa les peintures du cloître des franciscains à Fribourg. Ce peintre a été énormément influencé par les peintres venus au concile de Bâle. Il en tira un style novateur notamment avec des influences flammandes

Peter Maggenberg réalisa les peintures du cloître des franciscains à Fribourg. Ce peintre a été énormément influencé par les peintres venus au concile de Bâle. Il en tira un style novateur notamment avec des influences flammandes

L'appropriation des biens du couvent des Augustins d'Interlaken par la future collégiale de Berne commença en 1472. C'était aussi lié au renforcement de la puissance temporelle de Berne sur Interlaken deuxième ville de l'Oberland. La branche féminine du couvent fut dissoute et les droits apparentés furent réunit à collégiale Saint Vincent de Berne en 1484.

 

La mainmise des biens du Prieuré de Villar-les-Moines en 1484 par la collégiale Saint Vincent de Berne est aussi éclairante de la volonté d'émancipation de l'évêché de Lausanne et de la maison de Savoie . Villars-les-Moines ou Münchenwiler est aujourd'hui une enclave bernoise dans le canton de Fribourg. Cette appropriation est le résultat de l'acquisition forcée de Morat (Villars-les-moines est voisine de Morat) après la guerre de 1476/77 par Fribourg et Berne. C'était aussi une façon pour Berne à la fois de marquer sa prééminence face à Fribourg, face à l'évêque de Lausanne et face à la Savoie, mais aussi un moyen de marquer une limite Sud à un probable futur diocèse qui correspondrait à son territoire temporel.

müchenwiller ou Villars-les-moines, qui est un ancien prieuré clunisien et une enclave bernoise (photo E. Coux)

müchenwiller ou Villars-les-moines, qui est un ancien prieuré clunisien et une enclave bernoise (photo E. Coux)

L'incorporation des prieurés clunisiens de l'île Saint Pierre dans le lac de Bienne, et de Rüeggisberg entre Thoune et Fribourg montre bien là-aussi une limite à ce qui ressemble à un futur diocèse autour de Berne.

 

Le prieuré de l'île Saint Pierre dans la presqu'île du lac de Bienne (sankt petersinsel) est aussi voisin du château de Cerlier /Erlach, possession limitrophe du duché de Savoie qui a appartenu à la Savoie, puis au domaine des Chalon et enfin à Berne.

 

Rüeggisberg était voisin du bailliage commun de Grassbourg (aujourd'hui Schwarsenburg dans le village de Walhern). Le prieuré semble marquer la limite orientale de ce bailliage sur la route entre Fribourg et Thoune. Le château de Grassbourg (Grasburg) au centre de ce district qui a été vendu par le duc de Savoie à Berne en 1423, devait la contrôler.

 

L'augmentation du nombre de paroisses et couvents dans la collégiale après 1484 favorisait la création d'un chapitre cathédral qui ne sera jamais créé sûrement à cause de l'opposition de l'évêque de Lausanne et du duc de Savoie.

cathédrale de Lausanne et portail de Montfalcon. Ce portail fut construit par l'évêque Ayon de Montfalcon qui fut aussi ambassadeur du duc de Savoie auprès de Berne et Fribourg.

cathédrale de Lausanne et portail de Montfalcon. Ce portail fut construit par l'évêque Ayon de Montfalcon qui fut aussi ambassadeur du duc de Savoie auprès de Berne et Fribourg.

Constitution de la collégiale de Fribourg

Fribourg, elle aussi, construisit aussi une immense église avec un immense clocher pour montrer sa puissance à partir de 1470. C'était au moyen-âge, le plus haut clocher de Suisse. Elle dû attendre 1512 pour que son église soit élevée au rang de collégiale. Cette élévation a été le résultat de la contrepartie de l’aide que l'avoyer Peter Falk apporta au pour le Pape Jules II contre les français en Italie.

 

Nous pouvons aussi penser que ce moment est une période de faiblesse pour la république de Berne qui laisse faire cette élévation. Berne et Fribourg ont toujours été des villes en rivalités. Est ce cette rivalité qui a motivé la réaction de Berne envers la Savoie en demandant plusieurs Maisons ecclésiastiques pour sa collégiale dans les diocèses de Lausanne et de Genève, comme Romainmôtier, Grandson, Lac de Joux, les abbayes de Bonmont et de Filly ? En effet, il se peut que l’élévation de l’église Saint Nicolas de Fribourg en collégiale ait été aussi voulue pour casser l’hégémonie de Berne dans ce secteur.

 

Si Fribourg obtint un chapitre collégiale, Berne n'obtint pas de siège épiscopal. A cette époque l'ambassadeur du duc de Savoie n'était autre que l'évêque de Lausanne, Aymon de Monfalcon qui construisit le fameux portail Ouest de la cathédrale. Par cette action, il affirma la primauté de sa cathédrale sur toutes les églises de son diocèse.

Eglise des Franciscains de Fribourg. Elle servit de résidence aux hôtes de marque de la ville comme les Empereur et le duc de Savoie. Le duc Louis y résida deux fois. La nef a été refaite au XVIII e siècle. le choeur est lui du moyen-âge.

Eglise des Franciscains de Fribourg. Elle servit de résidence aux hôtes de marque de la ville comme les Empereur et le duc de Savoie. Le duc Louis y résida deux fois. La nef a été refaite au XVIII e siècle. le choeur est lui du moyen-âge.

Conclusion

L'adoption de la réforme protestante en 1528, par Berne, est est peut être le fruit de cette lutte pour se libérer enfin de cette emprise ecclésiastique. La création d’un nouvel évêché pour Berne aurait été possible. En témoigne la création des évêchés de Casal Monferrat par un démembrement du diocèse de Verceil en 1474, de Saluces en 1511 au dépend de celui de Turin. 

 

D’ailleurs, les premiers pas vers la constitution d’un chapitre collégial à Berne coïncident avec la création du diocèse de Casal-Monferrat dans les années 1470. Ils coïncident aussi avec le déplacement de la cour de Savoie vers Verceil dans ces années et un relâchement suite à des difficultés de l’Ouest du duché de Savoie par son duc.

 

Les premiers pas vers un évêché coïncident aussi pour Berne avec le déplacement du grand commerce des foires de Genève vers les foires de Lyon en 1463 dans une volonté évidente de montrer son allégeance au roi de France Louis XI, promoteur de ces foires. 

 

La création en 1512 de la collégiale de Fribourg nous interpelle dans le fait qu'elle semble être une sorte de contrepoids à l'hégémonie de Berne dans cette région, et surtout dans le fait que la période qui va de 1511 à 1515 est une période de reculs et de défaites pour la France. 

 

Mais la difficulté ne venait pas seulement du diocèse de Lausanne. L’autre grand partie du territoire faisaient partie du grand diocèse de Constance. Les doyennés de l’archidiaconé de Bourgogne, Aarberg, Münsingen, et Wynau étaient situés sur la rive de l’Aar, en limite avec le diocèse de Lausanne comme des sentinelles vigilantes qui entouraient la ville de Berne et ses possessions.

 

L'invasion de la Savoie en 1536 et l'imposition de la réforme à Lausanne peu après l'invasion permit d'inverser les rôles : Lausanne devenait vassale de Berne. Fribourg restait catholique avec Soleure comme pour marquer son opposition avec Berne. Fribourg allait devenir vers 1600, de fait, le chef lieu officieux du diocèse de Lausanne. Ici aussi les rôles s'inversaient.

Le clocher de Fribourg fut consrtuit entre 1470 et 1490 alors que l'église n'est que paroissiale. Son style rappelle l'église (aujourd'hui cathédrale) de Freibourg en Brigsau, mais aussi d'autres églises comme Sélestat en Alsace, Ulm ou la flèche de Strasbourg. C'est ce modèle de clocher qui a inspiré les constructeurs de Notre Dame à Bourg en Bresse avant de changer de style.

Le clocher de Fribourg fut consrtuit entre 1470 et 1490 alors que l'église n'est que paroissiale. Son style rappelle l'église (aujourd'hui cathédrale) de Freibourg en Brigsau, mais aussi d'autres églises comme Sélestat en Alsace, Ulm ou la flèche de Strasbourg. C'est ce modèle de clocher qui a inspiré les constructeurs de Notre Dame à Bourg en Bresse avant de changer de style.

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