Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

Chambéry, histoire d'une capitale

(photo E. Coux)

(photo E. Coux)

La ville de Chambéry a le titre prestigieux d''être la capitale historique de la Savoie. En effet, pendant le moyen-âge, les ducs de Savoie feront de Chambéry leur capitale jusqu'en 1563, date à laquelle elle est «transportée » à Turin.

 

L'historiographie traditionnelle de la Savoie donne une histoire de cette capitale assez lisse. De même, les raisons de son transport à Turin méritent aussi un autre traitement. En effet, seules ont été évoquées les raisons militaires. L'économie, la religion et la politique ont aussi surement dû jouer un rôle important dans ce déplacement. Qu'en est il ?

 

Pour essayer d'aborder cette problématique, nous essayerons dans un premier temps de comprendre l'essor de cette ville avec une lecture plutôt économico-religieuse. Puis dans un deuxième temps, nous regarderons son évolution, toujours au travers de la même lecture, lorsqu'elle est capitale, c'est à dire entre le XIV e et le XVI e siècle. 

la tour bossue est le vestige de l'enceinte de Chambéry. Son nom provient du parement extérieur de la tour. Elle est actuellement englobée dans d'autres immeuble et était alors demi-ronde.(photo E. Coux)

la tour bossue est le vestige de l'enceinte de Chambéry. Son nom provient du parement extérieur de la tour. Elle est actuellement englobée dans d'autres immeuble et était alors demi-ronde.(photo E. Coux)

La ville de Chambéry a donc été la première capitale de la principauté de Savoie. Elle succède comme centres administratifs, à la fin du XIII e siècle mais surement au début du XIV e siècle, sous le principat d'Amédée V, à l'abbaye d'Hautecombe, au château de Saint-Georges-d'Espéranche (dans le Viennois) et au château de Chillon qui semble néanmoins garder quelques fonctions administratives.

 

Chambéry semble cependant prendre son essor déjà à la fin du XII e siècle avec le pèlerinage de Saint Concord dans l'église prieurale de Lémenc sur les coteaux de la colline des Monts. Ce prieuré, qui est une fondation et une dépendance de l'abbaye Saint-Martin-d'Ainay à Lyon va se développer sur le site de l'ancien Vicus romain de Lemencum sur lequel nous ne savons presque rien. Il va cumuler la fonction d'église paroissiale sur le territoire entier de Chambéry tout au long du moyen-âge.

prieurale de Lémenc (Photo E. Coux)

prieurale de Lémenc (Photo E. Coux)

une ville multipolaire ?

Chambéry bénéficie aussi d'être sur la route du pèlerinage de Rome, La Via Francigena. Les alentours du prieuré de Lémenc n'ont jamais été étudiés pour la période du moyen-âge. Pour la période romaine, on y a retrouvé les restes d'un Vicus, peut être l'antique Lemencum de la table de Peutinger. Il se peut que le prieuré bénédictin ait créé ou ravivé un bourg autours de lui. Les villes multipolaires sont alors assez fréquentes. Il faut signaler Pignerol qui a trois bourgs : un près de l'abbaye bénédictine, actuellement Abbadia Alpina, un autre la ville haute qui se développe entre l'église saint Maurice et le château (futur château princier des Savoie-Achaïe) et la ville basse qui entoure l'église de Saint Donat. Les villes haute et basse seront ensuite comprises dans une même enceinte. 

 

La ville de Savigliano se développa autours de trois pôles ; ceux de deux églises paroissiales et un autre autours du prieuré Saint Pierre. Les pôle autours des deux paroissiales deviendront ensuite des sortes de faubourgs dans une ville qui semble faire un compromis autours de ces trois pôles avec le prieuré à l'intérieur de ses murs.

Maison du moyen-âge autours de l'église de Saint Donat dans la ville basse de Pignerol (photo E. Coux)

Maison du moyen-âge autours de l'église de Saint Donat dans la ville basse de Pignerol (photo E. Coux)

Nous pouvons aussi nous interroger à propos de la ville de Bourg-en-Bresse dont l'origine semble plus complexe qu'il n'y parait. Elle aussi à son siège paroissiale dans un prieuré à l'extérieur de la ville ; prieuré faisant suite à une sorte de Vicus romain. Le château aurait été un castrum romain érigé sur une structure encore plus ancienne. Entre le prieuré et le château se situe l'église Notre Dame qui a commencé comme une chapelle de pèlerinage important pour la dévotion d'une vierge noire. Un quatrième pôle semble avoir peut être existé autours de la chartreuse de Seillon qui a commencé comme un prieuré-funéraire pour un membre de la famille de Bagé.  

 

D'ailleurs à Bagé, nous retrouvons trois pôles qui forment toujours aujourd'hui trois entités différentes : Bagé-la-ville qui semble être la villa romaine originelle, lieu de l'église paroissiale, Bagé-le-châtel qui est la ville développé autours du castrum de da famille Bagé et Saint-André-de-Bagé qui est le prieuré luxueux fondé par un membre de cette famille (à quelques centaines de mètres du château).  Il faut rajouter les exemples d'Avigliana qui garde encore sa structure multipolaire et d'Aoste qui est devenue au moyen-âge une cité multipolaire avec différents bourgs séparés de portes, voir d'espaces verts entre eux.  

 

Ces exemples pour montrer que l'existence d'un autre bourg à Lémenc est largement possible. C'est peut être aussi la raison du changement de nom entre Lémenc et Chambéry. Ce dernier ne désignant que l'actuel bourg de Chambéry d'en bas qui devint prééminent à une date indéterminée.  

Prieuré de Saint-André-de Bagé à quelques centaines de mètres du château de Bagé-le-châtel (photo E. Coux)

Prieuré de Saint-André-de Bagé à quelques centaines de mètres du château de Bagé-le-châtel (photo E. Coux)

le bourg de Chambéry et les fondations religieuses du XII e/XIII e siècle

Cet autre pôle (nous pouvons dire un autre bourg) se développera près du château, dans les marais, peut être entre le XI e et le XIII e siècle. Entre 1226 et 1250, nous voyons les franciscains qui s'installent en dehors de la première enceinte de celui-ci, signe que c'est un bourg déjà conséquent qui va avoir un avenir prometteur. L'achat du Bourg en 1232 par Thomas 1er semble confirmer ce fait.

 

Le Bourg de Chambéry, outre les franciscains abrite à la même époque une commanderie de Saint Antoine, une commanderie de Saint Jean de Jérusalem (dont les possessions de l'Hôpital sous Conflans seront à l'origine d'Alberville) et une commanderie de Templier (les biens templiers passeront au début du XIV e siècle sous la possession des hospitaliers). Tous ces couvents et commanderies ont été construite hors de la première enceinte et seront intégrés à l'intérieur de la ville lors de la construction de la seconde enceinte.

 

Les Antonins ont leur église et leur couvent à l'emplacement de l'actuel hôtel de ville. Transformé en musée vers 1860, l'église et le couvent seront détruit pour laisser place à l'hôtel de ville actuel. Les templiers ont leur établissement près de la porte du Reclus, grosso-modo en face de l'actuelle église Notre Dame. Les Hospitaliers, avec leur église (chapelle) de Saint-Jean-du-pré, sont au milieu de la rue croix d'or actuelle. 

 

Nous ne connaissons pas les liens entre l'essor de Chambéry et ses commanderies. Nous remarquons quand même le nombre important de ces Ordres, dont les possessions sont très importantes, tous regroupés dans le même bourg. Ses maisons vont attirer de fait, un supplément d'activités et d'économie pour la ville. Il est aussi à signaler un couvent de moniale de Sainte Claire hors la ville.

 

Économiquement, Chambéry est aussi un lieu de transit dans la route qui mène aux foires de Champagne et que semblent avoir favorisé Amédée III par l'ouverture du passage de la Maurienne. Nous ne connaissons pas les motivations de l'achat du bourg de Chambéry par Thomas 1er qui en profite pour octroyer les franchises à ses bourgeois en 1232. Y avait il une raison économique ? La raison militaire semble être écarté car le comte de Savoie n'achète pas le château.  

 

l'émergence d'une capitale

Ce n'est cependant qu'avec Amédée V, que Chambéry prendra la dimension d'une capitale avec comme première étape, l'achat du château qui se fait en 1295, puis sa reconstruction qui va s'étaler jusqu'aux premières décennies du XIV e siècle. L'installation à Chambéry répond à plusieurs facteurs : La proximité avec les centres du pouvoir sabaudien que sont le prieuré du Bourget du lac, l'abbaye d'Hautecombe, et du château de Montmélian. Et le deuxième est que la ville a une position centrale dans les possessions d'Amédée V.

 

Nous pouvons rajouter aussi que c'est une position d'ajustement par rapport à des reculs que subit Amédée V. Déjà dans le Léman vis à vis de son frère Louis de Savoie-Vaud qui crée aussi sa propre principauté et dispute le titre comtal à son frère. Puis dans le Piémont où Philippe 1er de Savoie-Achaie qui s'est fait usurper le titre comtal par Amédée V est entrain lui-aussi de se renforcer et de consolider ses positions. Et enfin à Lyon et dans le Viennois où le roi de France est arrivé à se positionner dès 1312 où il prend le contrôle de Lyon.

 

L'émergence d'une capitale « régionale princière » n'est pas une originalité dans le royaume de Bourgogne au début du XIV e siècle. Nous voyons, à la même époque, les dauphins installer leur première capitale à Saint Marcellin/Beauvoir ; les Thoire-Villars faire la même chose à Poncin ; les comtes de Genève à Annecy ; les comtes de Bourgogne à Dôle. Même en Italie, les Savoie-Achaïe installeront leur centre administratif à Pignerol qui deviendra leur capital. Les Marquis de Montferrat pourtant installés depuis très longtemps dans le Piémont feront de Chivasso leur capitale ; et les Marquis de Saluces feront de même avec la ville de Saluce. Il faut mettre ces créations de centres administratifs au compte de l'affaiblissement de l'Empire, mais aussi de l'affaiblissement des sièges épiscopaux qui rétractent leur pouvoir temporel aux seules possessions de leur évêché.

carte du royaume de Bourgogne

carte du royaume de Bourgogne

Amédée V fera construire deux (autres ?) chapelles dans son château de Chambéry. Une chapelle privative surement dans la haute cour et une autre chapelle, l'église Saint Pierre sous le château. Celle-ci était destiné à la fois à la domesticité travaillant dans le château, aux habitants vivant dans le bourg « sous le château » mais aussi à exposer aux habitants les reliques que le comte de Savoie possédaient. Cette église ne semble pas avoir été de petite dimensions. Cette dernière église deviendra une église paroissiale au XVIII e siècle en englobant aussi le faubourg de Maché. Puis, après avoir été transférée à Maché à la même période, le siège d'un archiprêtré englobant la paroisse de Cognin.

 

La construction de cette chapelle, ainsi que l'achat du bourg de Chambéry en 1232 sont peut être des indices permettant de deviner que le bourg sous le château pouvait dépendre juridiquement à l'origine du Castrum de Chambéry et pouvait être séparé du bourg proprement dit de Chambéry. L'église du Bourg de Chambéry qui dépendant aussi de la paroisse de Lémenc jusqu'au XVIII e siècle, était l'église Saint Leger au centre de la place du même nom. Cela amène à l'hypothèse de trois pôles à l'origine de Chambéry : celui de Lémenc, autours du prieuré, celui dans les marais, autours de l'église de Saint Léger (et de la place de Saint Léger) et un autre autours du château (ou à la place d'une partie du château actuel). L'église de Saint Pierre sous le château et un bras de la rivière Albane formant une limite entre les deux bourgs.

 

Il ne reste rien du château d'Amédée V (sauf l'esplanade et les salles basses), pas plus que des églises Saint Pierre, Saint Leger et la première église de Maché. L'église actuelle de Maché a été construite au XIX e siècle. Il ne reste plus rien non plus de la première enceinte, des commanderies, des maisons de cette époque. Et seul une partie de la crypte de Lémenc semble être antérieur au XV e siècle.

 

La croissance de Chambéry semble avoir été soutenue jusque vers les années 1348/1377. De plus l'administration du comté de Savoie va devenir de plus en plus complexe augmentant de fait le nombre de fonctionnaires et diversifiant leurs taches. La construction de la deuxième enceinte qui a été entreprise au milieu du XIV e siècle semble avoir été prévu pour cette ville qui a environ 6 000 habitants et connait un optimum démographique . Le couvent des franciscains se trouva englobé dans son enceinte.

Reste de la 2e muraille de Chambéry (Photo E. Coux)

Reste de la 2e muraille de Chambéry (Photo E. Coux)

Décadence mais maintien de la capitale à Chambéry

Deux événement vont amener la ville vers une récession. Le premier est l'apparition de la peste noir qui va ravager Chambéry comme le reste de l'Europe. Sa population va passer de 6000 à 3500 habitants. Le deuxième est le traité de Paris en 1355 qui se concrétisera par un échange de territoires entre le roi de France en tant que Dauphin du Viennois et de Comte de Savoie. En échange du Faucigny et de la Valbonne, le Dauphin reçoit le bailliage du Viennois et une partie du Bailliage de la Novalaise. Avec cet échange, Chambéry n'est plus au centre du comté de Savoie mais se trouve un peu excentré. De plus, la zone lémanique, avec l'acquisition des baronnies de Gex (conquête militaire) et de Vaud (par rachat) prendra une position plus centrale et plus stratégique.

 

D'un point de vue économique, la peste noire et la guerre de cent ans en France ont fait péricliter les foires de Champagnes. Même si ces foires sont transportées en partie à Châlon-sur-Saône, le volume de marchandises en transit vers ces foires, baissera. A partir de 1377, la cour de Savoie prit l'habitude de résider près du lac Léman et notamment à Ripaille.

 

Cependant, Amédée VIII reconstruira en partie le château de Chambéry pour lui donner une allure princière : il fera notamment construire la grosse tour demi-ronde près de l'actuel conseil général, le bâtiment de la cour des comptes sur la porterie mais surtout l'actuelle Sainte Chapelle qui est entreprise en 1408. C'est dans ce château, qu'Amédée VIII est élevé au rang de duc d'Empire par l'Empereur Sigismond. Dans la ville, est aussi entreprit par la volonté du duc de Savoie en 1418, la construction d'un vaste couvent de dominicain qui devient, de fait, la plus grande église de la ville.

 

Le concile de Constance (1414-1418) avait accordé à la (futur) sainte chapelle de devenir paroissiale et d'englober dans cette paroisse l'église de Saint Léger en l'enlevant du patronage de Saint-Pierre-de-Lémenc.

Sainte Chapelle de Chambéry (Photo E Coux).

Sainte Chapelle de Chambéry (Photo E Coux).

Les franciscains entreprirent dès 1430, dans un esprit de concurrence avec les dominicains, de reconstruire leur église conventuelle dans de plus grandes dimensions que celles des dominicains. Cette construction est aussi soutenue par les bourgeois de Chambéry qui sentent que la capitale du duché de Savoie risque d'être transportée vers Lausanne ou Genève villes très appréciées de la famille ducale et très dynamiques d'un point de vue économique.

L'élévation d'Amédée VIII à la Tiare en 1439 va permettre d'unir le doyenné de la Sainte Chapelle avec l'abbaye de Payerne en 1444 (c'est peut être à cette époque que le doyenné de Saint André est confondu avec la Sainte Chapelle)

 

la situation s'améliore et nouvelle apogée

Les tensions sont vives jusqu'en 1467. A partir de 1462, les foires de Genève déclinent et nous avons en 1467, un nouvel intérêt de la famille ducale pour Chambéry. Celui-ci se manifeste par la construction du clocher de la (future) Sainte Chapelle. Celle-ci est aussi élevée au rang de collégiale. En 1472, la Sainte Chapelle acquis aussi le patronage sur l'église de Saint-Pierre-sous-le château (sans en acquérir les revenus qui sont laissés au prieuré de Lémenc).

 

A partir de 1480, la situation s'améliore pour Chambéry. La ville bénéficie d'être sur l'axe entre l'Italie et les foires de Lyon et une nouvelle ère de prospérité va marquer la ville.

 

En 1481, un atelier monétaire est ouvert. C'est le quatrième du duché de Savoie après ceux de Genève, Bourg-en-Bresse et Turin. L'amélioration de la situations se remarque avec les chantiers de construction et de reconstruction d'églises : c'est la continuation de la construction de l'église des franciscains qui est une des plus grandes églises du duché (à part la cathédrale de Lausanne et peut être la collégiale de Chieri). On construit aussi deux nouveaux couvents de l'Observance franciscaine : celui de Sainte Marie l'Egyptienne près du parking de la falaise (démoli au XIX e siècle) et celui de Sainte Claire en ville (à la place de l'actuel Hôtel des Princes de Chambéry).

façade du couvent des franciscains conventuels (1500 environ) (Photo E. Coux)

façade du couvent des franciscains conventuels (1500 environ) (Photo E. Coux)

Le couvent de Saint Marie l'Egyptienne a été obtenu par le duc de Savoie après des années de refus de la part de la population chambérienne, mais aussi de la part des franciscains conventuels qui y voyait une concurrence. Dans ce cadre, nous pouvons nous demander la raison de la construction d'une chapelle sous le vocable de Notre Dame près du pont de Cognin par la duchesse de Savoie Anne de Chypre. Avait elle prévu les Observants à cet endroit ? Les Capucins s'y installeront en 1575.

 

A la fin du XV e siècle, l'église prieurale de Lémenc est entièrement reconstruite ainsi qu'une partie de sa crypte. C'est une grande église d'environ 50 mètres, ce qui montre la richesse des chambériens à cette époque.

 

A ces églises, il faut aussi se demander si il n'y a pas eu des travaux dans les églises disparus ? Sûrement des chapelles dans la nef des dominicains. En tous cas, le magnifique portail des dominicains actuellement placé au château date de cette époque. Peut être que nous avons aussi des travaux (ou une reconstruction) dans la très belle églises des Antonins qui a été détruite après 1860 pour laisser la place à l'actuelle hôtel de Ville. Une magnifique mise au tombeau, maintenant dans la crypte de Lémenc, réalisée surement pour une chapelle de leur église témoigne de sa richesse.

Porte du couvent des dominicains transportée près du château (photo E. Coux)

Porte du couvent des dominicains transportée près du château (photo E. Coux)

Les plans de l'église de Saint Léger laisse voir des voutes d'ogives qui auraient pu être construite à cette date ; voir que l'église aurait pu être reconstruite. Il serait aussi intéressant de savoir si les tours portes de la ville sont reconstruites ou rehaussées à cette date. Elles représentent alors la puissance communale avec l'église des franciscains. La ville a trois portes principales. Sur les gravures anciennes, elles semblent assez hautes et étaient peut être décorées. Nous pouvons aussi remarquer la tour bossue qui est aussi un des derniers vestiges de l'enceinte. Elle a été construite à la fois pour renforcer l'enceinte mais aussi surtout pour renforcer son prestige.

 

L'arrivée du Saint Suaire à Chambéry qui est la relique de la Maison de Savoie semble montrer le renouveau de l'intéret de la famille ducale pour la ville.

 

Les liens de cette reliques avec le milieu de l'Observance franciscaine ou des franciscains conventuels donnent plus d'intérêt à sa translation entre l'église conventuel franciscaine de Chambéry (l'actuelle cathédrale) et la Sainte Chapelle en 1502. En effet, la relique, avait été prévue pour être gardée à Genève dans le couvent franciscain de Rive. Ce couvent avait servit de Palais pour le duc Louis de Savoie. Le couple ducal avait alors fondé une chapelle prestigieuse dans ce couvent : la chapelle de Notre Dame de Bethléem qui leur servit aussi de nécropole. Il se peut que la relique ait été achetée pour être mise dans cette chapelle.

 

Ensuite la duchesse Anne de Chypre en 1461, voulue construire une autre chapelle dans cette église, la chapelle du Saint Sépulcre, voulue pour être un écrin pour le Saint Suaire. Malheureusement Il ne reste rien de ce couvent et de ces chapelles.

relevé ancien du premier cloître du couvent de Rive à Genève

relevé ancien du premier cloître du couvent de Rive à Genève

Si la famille ducale se détacha de Genève après le duc Louis, les liens avec l'Observance franciscaine restèrent très forts : Yolande et Amédée IX deviendront eux aussi des tertiaires franciscains. Amédée IX acquit même une aura de sainteté dès sa mort en 1472 comme en témoigne les tableaux de Conflans, Verceil et de Turin qui lui sont contemporains.

 

Les franciscains ont dû avoir une main-mise très forte sur cette relique, la conservant près d'eux entre chaque dévotions ducales et chaque ostentations publiques. Ils ont dû être aussi des acteurs de sa renommée grâce à leur réseau d'influence car elle appuie très fortement leur idéologie. Aussi, il n'est pas surprenant de la trouver en 1502 dans l'église des franciscains conventuels de Chambéry. Puis, c'était aussi l'église la plus vaste pour faire des ostentations publiques de la relique. Enfin, les liens très forts de l'église des franciscains conventuels de Chambéry avec la bourgeoisie chambérienne nous fait penser que c'est aussi à cette époque que se forme des liens forts entre la relique et la ville de Chambéry.

 

Du coup, cette translation, vers ce qui allait devenir la « Sainte Chapelle », paraît moins normale qu'elle en a l'air. Cela semble être une tentative réussie pour la maison de Savoie de reprendre en main sa relique. D'ailleurs, c'est juste après cette translation que la relique sort de Chambéry pour être vénérée par les duchesses douairières de 1503 à 1505. La relique alla d'abord à Bourg-en-Bresse à la fois pour être montrée au peuple devant l'église Notre Dame, mais surtout pour être montrée au frère de Marguerite d'Autriche, Philippe le Beau puis à Billiat dans le château de la duchesse douairière Claude Brosse de Bretagne, mère du duc Charles II (III) demi-frère du duc Philibert II.

 

La bulle du pape de 1506 qui déclare à la fois une fête pour la relique, le 4 mai, mais aussi que la chapelle castrale de Chambéry est l'écrin officielle de la relique ressemble plutôt à un ordre pour le retour de la relique à Chambéry. C'est aussi à cette époque que Marguerite d'Autriche commence à vouloir reconstruire le prieuré de Brou qui deviendra le monument grandiose que nous connaissons maintenant. Il n'est pas interdit de penser qu'elle aurait voulu elle-aussi y mettre cette précieuse relique.

église de Brou à Bourg en Bresse (Photo E Coux)

église de Brou à Bourg en Bresse (Photo E Coux)

Cette précieuse relique augmenta le prestige de la chapelle-collégiale-castrale de Chambéry qui était devenue la « Sainte Chapelle ». En 1515, elle devint la cathédrale de Chambéry. La sœur du duc de Savoie Charles II (III) avait épousé Julien de Médicis, le frère du pape. De ce fait, il y eu beaucoup de retombées : les collégiales de Bourg en Bresse et de Chambéry était devenues des cathédrale ; l'évêché de Turin, un siège archi-épiscopal ; et plusieurs églises étaient devenues des collégiales.

 

Malheureusement, grâce à sa victoire de Marignan, François 1er réussit à annuler en 1516, l'élévation de Bourg-en-Bresse et Chambéry au rang épiscopal. Bourg-en-Bresse redevint siège épiscopal en 1521, suite au couronement de Charles Quint (jusqu'en 1534), ce qui n'interdisait pas de penser que Chambéry le redeviendrait sous peu.

 

En effet, si avant le XV e siècle, les évêchés étaient des freins au développement du duché de Savoie, à partir du XV e /XVI e siècle, les chefs lieux politiques devront être aussi des chefs lieux économiques et religieux. Chambéry, comme Bourg-en-Bresse n'étaient pas des sièges épiscopaux et dépendaient en plus de villes étrangères au niveau spirituel, ce qui était un sacré inconvénient.

Montluel, reste de l'enceinte médiévale (Photo E. Coux)

Montluel, reste de l'enceinte médiévale (Photo E. Coux)

Au niveau économique, Chambéry se développait entre les villes de Turin, Genève et Lyon. Le renversement d'alliance des génois qui en 1528 vont aller vers une alliance impériale feront qu'ils seront interdit à Lyon. De ce fait les foires de changes s'établiront ponctuellement à Montluel et à Chambéry puis il fut décidé de les fixer à Chambéry en 1530. Malheureusement, l'invasion franco-bernoise de la Savoie coupa court au développement économique et religieux de Chambéry.

 

Les foires furent transportées à Besançon en 1536 et elle y restèrent jusqu'en 1576 où elle furent transportées à Plaisance. Un parallèle intéressant peut être fait avec le transport du Saint Suaire de Chambéry à Turin sous prétexte d'être montré à Saint Charles Borromée en 1578. En 1563, la capitale du duché de Savoie va être transportée de Chambéry à Turin. L'épisode de la translation du saint suaire vers Turin marque en fait un point de non retour. La ville de Turin est siège archi-épiscopal mais aussi la ville la plus peuplée du duché et la plus puissante économiquement.

 

D'autre part, l'économie outre Alpe s'est écroulée. A Lyon, c'est la crise depuis 1550 et en 1555, à Genève, c'est la fin définitive des grandes foires qui ont fait la richesse de la ville la même année. La perte de la Bresse, du Bugey et du pays de Gex en 1601 et l'échec du duc devant Genève en 1602 affaiblira encore la ville de Chambéry qui verra diminuer le territoire sous sa juridiction directe.

 

De ce fait, la supériorité de Turin sur Chambéry avant 1563 même si c'est une ville très dynamique et peuplée n'est pas si évidente que cela. Avant la perte de Genève et du pays de Vaud en 1536 puis de la Bresse et du Bugey en 1601, le territoire à l'Ouest des Alpes est plus conséquent que le territoire à l'Est des Alpes. En plus, même si il y a une chute de l'économie à Lyon et à Genève, l'économie de ces villes est loin d'être complètement dégradée en 1530/1540. Et Chambéry reprend en 1530 une partie de l'économie de Genève et Lyon. 

Palais royal de Turin (Photo E. Coux)

Palais royal de Turin (Photo E. Coux)

Conclusion :

Chambéry, placée sur la route des foires de Champagne et du pèlerinage de Rome et Jérusalem se développa durant la fin du XII e siècle/ XIIIe siècle. Au XIV e siècle, la ville, au centre des possessions du comte Amédée V, devient logiquement sa capitale. La ville sut garder son titre de capitale malgré un déplacement du centre de gravité de l'état vers le Léman et une importante baisse de l'activité économique à cause de la chute démographique et la fin des foires de Champagne.

 

L'essor économique de Genève renforça la position de Genève, mais vers 1480, l'activité économique reprit et l'arrivée du Saint Suaire à Chambéry entre 1465 et 1502 ressemble à une victoire de cette ville sur Genève. Mais les efforts du duc de Savoie pour créer un évêché à Chambéry et faire de cette ville une place financière et commerciale ont été balayés par les français en 1516 et surtout en1536. Le duc Emmanuel Philibert, quand il retrouva son duché transporta en 1563 sa capitale à Turin qui était florissante économiquement et siège d'un archevêché. Après cette date, Chambéry resta une ville provinciale secondaire.

Abside de l'église des franciscains conventuels (photo E. Coux)

Abside de l'église des franciscains conventuels (photo E. Coux)

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Chambéry 06/06/2019 17:33

Chambéry est une ville sous-estimée dans la région. On en ignore trop souvent la richesse du patrimoine. Merci de ce partage très documenté !

Rizzon 28/02/2019 14:46

Je me réjouie à chaque fois de pouvoir lire et m’informer sur mon Chambéry. Très explicite et intéressant. Merci.