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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

Les églises civiques en Savoie, une expression du pouvoir communal.

Eglise des franciscains conventuels de Chambéry (Photo E. Coux)

Eglise des franciscains conventuels de Chambéry (Photo E. Coux)

En ces jours, il est important de rappeler l'enjeu des dévotions et le rôles des églises et des couvents dans les stratégies de représentation du pouvoir politique. J'avais déjà évoqué l’importance certains Ordres religieux comme les franciscains de l'Observance pour le duc Louis 1er de Savoie ou celui des Feuillants pour le duc Charles Emmanuel 1er dans leurs stratégies de représentation et de diffusion d’une idéologie pro-ducal mais aussi l’importance de la place de leurs églises dans la parure monumentale des villes, églises qui étaient aussi une représentation et un rappel de l’autorité ducale. C’est dans ce contexte que nous comprenons la fondation par la dynastie de Savoie nombreux couvents dans les villes.


 

Mais la Maison de Savoie n’était pas le seul pouvoir dans les villes. Selon les villes y avait aussi des pouvoirs épiscopaux, abbatiaux, d’autres pouvoirs seigneuriaux et aussi communaux.


 

Le mouvement communal était né en Europe dans le cadre de l’expansion démographique après l’an mil qui avait fait croître les villes et émerger dans celles-ci une classe « bourgeoise » assez puissante pour revendiquer tout ou une partie du pouvoir politique. Si ce mouvement s’épanouira dans le Nord de l’actuel Italie et en Allemagne au XII e et XIII e siècle, il sera brutalement stoppé en France par les rois de France qui commenceront leur œuvre de centralisation de l’état.


 

L’espace historique savoyard qui est une terre d’Empire a laissé émerger au moyen-âge ces différents pouvoirs régionaux et locaux se développer et se concurrencer. Le pouvoir communal s’était surtout développé dans les villes puissantes et populeuses en parallèle des pouvoirs épiscopaux et abbatiaux. Loin d’être un élément négligeable, nous voyons que cet élément est très présent dans l’espace savoyard que ça soit pour les villes marchandes du Piémont ou celle dans l’actuelle Suisse qui en ont même tiré l’essence de leur indépendance comme Berne, Genève et Fribourg.


 

Les églises civiques étaient avec la « Maison de ville » et les grandes tours des enceintes de villes, un marqueur important dans le paysage urbain de ce pouvoir communal. Il suffit pour cela de regarder le clocher de la collégiale Saint Nicolas à Fribourg, celui de Saint Vincent à Berne, ou celui de l’actuelle cathédrale de Bourg-en-Bresse pour se rendre compte qu’ils définissent l’identité même de ces villes dans le paysage. Nous allons donc essayer de déterminer pour les grandes villes de l’Espace savoyard, l’église civique et sa place dans l’urbanisme dans le cadre d’une concurrence des pouvoirs politiques dévotionnels.

Eglise Notre-Dame de Bourg-en-Bresse (Photo E. Coux)

Eglise Notre-Dame de Bourg-en-Bresse (Photo E. Coux)

1- Dans les grandes villes d’origines non épiscopales de l’espace savoyard. (les exemples de Chambéry, Bourg-en-Bresse, Berne, Fribourg, Chieri, ...)


 

Les comtes de Savoie possédaient depuis le XIII e siècle les grandes villes de Chambéry et de Bourg-en-Bresse qui n’étaient pas des sièges d’évêchés. Ces villes semblaient avoir grandi en profitant d’une bonne situation géographique sur l’axe commercial qui reliait les villes portuaires marchandes italiennes aux foires de Champagne. S’y était rajouté au XII e siècle, des reliques des pèlerinages qui ont elles-aussi largement contribué au bien être économique de ces villes (reliques de Saint Antoine aux Antonins à Bourg-en-Bresse et reliques de Saint Concord à Lémenc pour Chambéry) et favorisé cet itinéraire pour se rendre en pèlerinage à Rome ou Jérusalem.


 

Chambéry

C’est seulement au XIV e siècle et au XV e siècle que les comtes de Savoie vont imposer leur dévotion dans ces villes. En effet, au XIV e siècle, le comte de Savoie Amédée V s’installe dans le château de Chambéry. Un de ses actes forts sera de refaire la chapelle castrale mais surtout d’en faire une annexe qui servira plus tard de paroisse à une partie de la ville (Saint Pierre sous le Château).


 

En réalité cette présence dévotionnelle est assez faible puisque la ville dispose d’autres églises paroissiales, l’église de Saint Léger (dépendance du prieuré de Lémenc) qui est dans le cœur géographique de la ville et le Prieuré de Lémenc (qui est lui-même dépendant de l’abbaye lyonnaise d’Ainay). Surtout aussi car la Maison de Savoie n’a jusqu’au XV e siècle fait aucune fondation monastique dans cette ville. Les Franciscains, les Antonins, les Clarisses hors-la-ville, les templiers et les Hospitaliers ne sont pas des fondations de la Maison de Savoie. Celle-ci essaie timidement de fonder quelques chapelles dans ces établissements. 


 

Ce manque de fondation montre surtout un manque d’assurance de la Maison de Savoie qui n’hésite pas dans des villes qu’elle tient mieux comme Montmélian ou Rivoli à fonder des couvents (1287 pour Rivoli et 1318 pour Montmélian).


 

C’est seulement Amédée VIII, fort de son titre de duc de Savoie et dans la suite d’une reconstruction partielle de son château et de sa chapelle castrale qui va en 1418 fonder dans cette ville un couvent dominicain. Son église est prévue pour être la plus grande de la ville. Et chose étonnante pour un couvent mendiant, il le positionne à l’intérieur des murs de la ville. C’est clairement, au travers de ce couvent, une affirmation de son autorité dans cette ville. 

couvent dominicain de Montmélian fondé par Amédée V et Aymon de Savoie (photo E. Coux)

couvent dominicain de Montmélian fondé par Amédée V et Aymon de Savoie (photo E. Coux)

Mais en 1430, nous voyons les franciscains refaire leur église. La chronologie des travaux de cette église est malheureusement assez floue. Celle-ci deviendra au début du XVI e siècle la plus grande église de Chambéry et une des plus grandes du duché de Savoie dépassant en dimension l’église des dominicains. Nous pouvons évidemment évoquer la concurrence entre ces deux Ordres monastiques pour expliquer cette reconstruction, mais aussi la volonté de la commune de Chambéry de s’affirmer vis à vis du duc de Savoie dans une sorte de « guerre dévotionnelle » qui se prolongera bien après le duc Amédée VIII.


 

En effet, le successeur du duc Amédée VIII, le duc Louis va avoir une dévotion pour les franciscains de l’Observance. C’est pour lui l’occasion de s’affirmer vis à vis de la commune en forçant les franciscains conventuels de Chambéry à adopter la réforme de leur Ordre peu après 1450. Mais malgré une chapelle dédiée à Saint Bernardin de Sienne, ceux-ci vont résister et rester dans l’orbite des franciscains conventuels.


 

Le duc de Savoie ripostera en essayant de fonder un couvent de franciscains de l’Observance concurrent au couvent de franciscains conventuels de la ville. Mais cette fondation, celle qui deviendra le couvent de Sainte Marie l’Egyptienne, sera très difficile à établir. Cette difficulté peut nous aider à comprendre plusieurs fait assez curieux : déjà la fondation dans un premier temps d’un convent de franciscains de l’Observance à Myans, une localité très proche de Chambéry, puis la fondation d’une chapelle près du vieux pont de Cognin par la duchesse de Savoie qui devait probablement servir de noyau au futur couvent de l’Observance franciscaine de Chambéry ; fondation qui semble avoir échouée.


 

Le couvent de l’Observance franciscaine de Sainte Marie l’Egyptienne sera construit bien plus tard quand il avait perdu en partie sa connotation de fondation ducale. La duchesse de Savoie marquera son autorité par la fondation en 1471 d’un couvent de Clarisse urbaniste en centre ville. Mais la fondation d’un couvent de moniale est beaucoup moins prestigieux que les fondations d’hommes moines. Et l’église ne concurrença jamais en dimension et en luxe l’église des franciscains conventuels qui deviendra à la fin du XVIII e siècle l’église paroissiale de la ville puis la cathédrale du nouveau évêché de Chambéry.

Métropole de Chambéry, ancienne église des franciscains conventuels de la ville (Photo E. Coux)

Métropole de Chambéry, ancienne église des franciscains conventuels de la ville (Photo E. Coux)

Bourg-en Bresse

Si la Bresse est possédée dès 1272 par le futur Amédée V, c’est son oncle Philippe 1er en tant qu’évêque de Lyon et surtout tuteur du seigneur de Bagé qui donnera les premières franchises de Bourg-en Bresse en 1251. Comme Chambéry, cette ville devint très dynamique. Les comtes de Savoie auront dans un premier temps, plus de facilité à imposer leur dévotion.


 

Même si ils ne sont pas à l’origine du prieuré de Brou et du couvent Antonin de la ville, la chartreuse de Seillon, elle, avait été fondée par un membre de la famille de Bagé ancêtre du comte Aymon de Savoie. Ce comte de Savoie avait en outre bénéficié d’un miracle de la Vierge Noire de l’église non-paroissiale de Bourg-en-Bresse, quatrième élément religieux important de la ville au début du XIV e siècle. De plus, Brou était un prieuré dépendant d’Ambronaye, abbaye qui était sous un contrôle étroit de la Maison de Savoie depuis 1282.


 

Ces facilités avaient fait envisager au comte Aymon la fondation d’un couvent dominicain dans la ville qui aurait permis de renforcer le contrôle d’une bourgeoisie alors en pleine expansion et de contrer l’apparition d’un gênant contre-pouvoir. Il semble qu’il n’ait pas eu le temps de réaliser son vœu. Il faudrait d’ailleurs comprendre sa guérison miraculeuse par la vierge noire en 1341 comme une marche nécessaire pour s’imposer dans la géographie dévotionnelle de la ville.


 

C’est son fils Amédée VI qui réalisa son vœu de fonder un couvent mendiant dans la ville, non pas aux travers des dominicains, mais au travers des franciscains, en 1365. En 1414, Amédée VIII renforça son implantation dévotionnelle dans la ville à travers la construction d’un couvent dominicain qui sera comme à Chambéry la plus grande église de la ville.


 

Bourg-en-Bresse, sur la route des foires de Genève s’était agrandie et enrichie. La bourgeoisie s’était structurée et avait fait de l’église de Notre Dame, en face des immenses halles de la ville son église. Si elle n’était pas une église paroissiale au grand dam de la commune, elle était dotée d’un collège (non reconnu en collégiale) d’une vingtaine de prêtres ce qui donne une idée de sa grandeur et de son importance dans la ville. Elle était aussi le siège comme nous l’avons vu d’un important pèlerinage à la Vierge Noire.

l'immense clef pendante, chef d'oeuvre architectural défiant la gravité dans l'église Notre-Dame de Bourg-en-Bresse (photo E. Coux)

l'immense clef pendante, chef d'oeuvre architectural défiant la gravité dans l'église Notre-Dame de Bourg-en-Bresse (photo E. Coux)

La construction d’un couvent de Clarisse urbaniste vers 1482 semble avoir été la conséquence d’une concurrence et l’affirmation de la branche aînée de la Maison de Savoie sur celle issue de Philippe de Bresse. C’est un peu cette idée qui prévaut à la construction par Marguerite d’Autriche d’un grand couvent d’Ermite de Saint Augustin à la place du prieuré de Brou en 1505.


 

Dans le même temps, l’église de Notre Dame est élevée en Paroissiale, collégiale puis cathédrale en 1515 et entièrement reconstruite. Il est intéressant de remarquer que son parti-pris architectural comporte beaucoup d’éléments rapprochant cette église à celles des églises civiques allemandes comme celles d'Ulm, Sélestat, Munich ou Landshut. Cette architecture rappelle que la ville travaille énormément d’un point de vue commercial avec des marchands allemands. La ville a notamment une succursale de la célèbre firme de Ravenburg, la Ravesburger Gesellshaft.


 

L’actuelle église principale d'Ulm (appelée improprement cathédrale en regard de ses dimensions) est une bonne comparaison avec l’église de Bourg-en-Bresse. C’était en réalité l’église paroissiale de cette ville et la fierté et le symbole de l’autonomie de la bourgeoisie de cette ville.


 

A Bourg en Bresse, cette église est positionnée près de la grande tour qui sert à la fois d’entrepôt à l’arsenal de la ville mais aussi de salle du conseil communal et près des halles qui sont l’outil économique de la ville. La grandeur de ces éléments (les halles sont immenses, l’église collégiale est devenue l’église la plus grande et la plus haute de la ville, et la tour est la plus plus haute tour d’enceinte de la ville) montrent la puissance de cette commune.


 

Ce n’est pas étonnant si pendant la première occupation française (1536-1559), ces édifices seront malmenées. La grande tour sera réduite en hauteur pour être transformée en boulevard et l’église sera sauvée in extremis grâce à la ténacité des habitants de Bourg-en-Bresse et leur attachement à cette église. Aujourd’hui, c’est la seule église subsistante dans le centre ancien de la ville.

Détail des côtés très sobres de l'église de Bourg en Bresse rappelant les grandes églises germaniques du XV e siècle (photo E. Coux)

Détail des côtés très sobres de l'église de Bourg en Bresse rappelant les grandes églises germaniques du XV e siècle (photo E. Coux)

Annecy

Le rôle d’église civile semble avoir été tenue par l’église de Notre Dame de la Liesse, église qui était aussi un lieu de pèlerinage. Cette église semble avoir été bâtie à l’origine sur une place, à l’extérieur de la porte de la première enceinte et incluse dans une seconde enceinte. Elle jouxte l’ancien hôtel de ville. Cette église semble être rapidement prise en main par les comtes de Genève qui y mettront leur mausolée, contrant par là la probable naissance d’un éventuel contre-pouvoir communal.


 

Dans les villes piémontaises

A Pignerol, Fossano, Moncalieri et à Chieri, les collégiales sont les représentation de l’identité communal de ces villes. Ce n’est pas un hasard, si la collégiale de Pignerol devient au XVIII e siècle, l’église cathédrale de la ville.


 

Fribourg et Berne.

Les églises Saint Nicolas de Fribourg et Saint Vincent de Berne seront les églises civiques de ces villes. Ces églises paroissiales étant le symbole de la puissance et de l’autonomie de ces villes, elles devinrent collégiales qu’au terme d’un bras de force militaire contre le duc de Savoie et l’évêque de Lausanne après les guerres de 1476. L’église de Saint Vincent deviendra collégiale en 1484. Fribourg devra attendre le début du XVI e siècle pour devenir collégiale après avoir vaincu diplomatiquement sa rivale, Berne. Les clochers de Fribourg et de Berne, très hauts, sont aussi devenus le symbole de ces villes dans le paysage.

Le clocher de l'église Saint Nicolas de Fribourg, haut de 75 m  est ce qui caractérise cette ville (photo E. Coux)

Le clocher de l'église Saint Nicolas de Fribourg, haut de 75 m est ce qui caractérise cette ville (photo E. Coux)

2- les villes épiscopales de l’espace savoyard.

La plupart des villes épiscopales de Savoie n’ont pas été suffisamment grandes pour créer des contres-pouvoirs politiques. La ville de Saint Jean de Maurienne n’a jamais eu de contres-pouvoirs religieux. A Moûtier, l’évêque Thomas de Sur remplaça en 1471 un prieuré de Saint Michel de la Cluses qui était peut être un contre-pouvoir par un monastère de franciscain de l’Observance qui lui était complètement dévoué. A Sion, le contre-pouvoir épiscopal était le chapitre cathédrale symbolisé par l’église fortifiée de Valère principal pouvoir ecclésiastique de la vallée et enjeu des rivalités entre les dizains du Haut Valais et la basse vallée tenue par le comte de Savoie. Mais dans ces villes, il n’y a pratiquement aucune trace d’opposition communale.


 

A Belley, le couvent de franciscain de l’Observance de la ville avait été fondé par le duc de Savoie en 1448 pour être un contre-pouvoir religieux à l’évêque et au chapitre de cette ville. Ces deux pouvoirs ne laisseront que très peu de place à une commune qui se dessine timidement à l’époque moderne plutôt comme une subdivision d’une administration que comme un organisme autonome.


 

A Aoste, vers 1360, le comte de Savoie Amédée VI va entreprendre la construction d’un couvent franciscain de manière à contrer l’influence hégémonique de l’évêque et du prieuré de Saint Ours. Symboliquement, le clocher du couvent avait été construit plus haut que les campaniles de la cathédrale et du prieuré de Saint Ours.Si la ville possède une commune au XII e siècle, elle semble être quasi-inexistante au XV e siècle.

Collégiale de Chieri, symbole d'une ville marchande très puissante au moyen-âge (photo E. Coux)

Collégiale de Chieri, symbole d'une ville marchande très puissante au moyen-âge (photo E. Coux)

A Lausanne la cathédrale représente le pouvoir épiscopal et canonial alors que l’église Saint François celui du duc de Savoie. La commune avait tenu des réunions dans le couvent dominicain de la Madeleine (qui a été détruit et remplacé aujourd’hui par le palais Rumine). Le couvent gardait la grande cloche du conseil municipal.

 

A Genève, c’est le même schéma. Mais la cathédrale deviendra après 1536 le « temple » civil et la représentation du pouvoir indépendant de la ville avec sa muraille. Avant cette date, le pouvoir communal est plutôt éparpillé dans les églises paroissiales de la ville basse, notamment celle de la Madeleine. Mais les églises les plus prestigieuses étaient celles des franciscains, des dominicains et la cathédrale ; églises qui représentaient en fait soit le duc de Savoie, soit l'évêque. Donc, malgré une historiographie abondante pour décrire l’organisme communal au moyen-âge, nous avons du mal à cerner une église civile prestigieuse à Genève qui concurrence les autres lieux dévotionnels des autres pouvoirs (même si l'église de la Madeleine reste une église luxueuse).

Eglise de la Madeleine à Genève qui a été l'église civique avant 1536 (photo E. Coux)

Eglise de la Madeleine à Genève qui a été l'église civique avant 1536 (photo E. Coux)

A Mondovi la puissance de la ville va s’affirmer en 1388 avec son érection en siège épiscopal. La cathédrale deviendra donc l’église civile de la ville. Elle est reconstruite au début du XVI e siècle et c’est une des plus belles et des plus grandes du Piémont. Elle est flanquée d’un couvent dominicain qui fait office de seconde église civile de la ville et qui a été embelli par les évêques dominicains prestigieux de la ville dont le Pape Pie V. Ces édifices seront les premiers détruits quand l’autonomie de la ville était devenue une menace pour le duché de Savoie. D'ailleurs, avant la construction du sanctuaire de Vicoforte, le duc de Savoie semble être complètement absent de la géographie dévotionnelle de la ville. Le rôle de l’église civique semble être reprise à la fin du XVII e siècle par l’église des jésuites qui jouxte le palais communal de la ville.


 

Verceil était au XIII e siècle une puissante cité communale avec une autonomie très forte. Elle possédait un Studium et c’est de cette époque que date le magnifique ensemble gothique du prieuré de San Andrea. La cathédrale tenait lieu d’église civile de la commune. La reconstruction du chœur de la cathédrale avait donné lieu à un conflit très grave entre les chanoines qui étaient les représentant des familles influentes de la ville et du diocèse et l’évêque qui finit par démissionner.

 

Cette reconstruction était en réalité le symbole de la perte d’autonomie de la ville. Le nouvel évêque fut imposé par le métropolitain (qui était Saint Charles Borromée) et le pape qui imposa le rite romain au détriment du rite local. Puis une guerre des dévotions commença entre Saint Eusèbe qui représentait la commune et Saint Amédée IX, le pouvoir ducal. Cette guerre fut néanmoins atténuée par l’occupation espagnol qui anéanti complètement l’autonomie du pouvoir communal.

Mur de la citadelle de Mondovi construite à la place de la cathédrale et de l'église des dominicains (Photo E. Coux)

Mur de la citadelle de Mondovi construite à la place de la cathédrale et de l'église des dominicains (Photo E. Coux)

La ville de Nice avait aussi été au XIII e siècle une ville communale puissante très autonome. En 1215, elle fait sa dédition à Gênes avant d’être reconquise par la force par le comte de Provence. Par sa proximité avec le château qui était le symbole réel de la domination du comte de Provence, la cathédrale n’a pas pu servir après le XIII e siècle d’église civique au pouvoir communal de la ville. La cathédrale Sainte Marie qui était sur la colline du château ne semble d’ailleurs pas avoir beaucoup évoluée depuis le XII e siècle. Elle gardait encore au moment de sa démolition, au XVIIe siècle, sa structure romane ce qui confirmait le désintérêt des niçois pour cet édifice. La cathédrale restait seulement l’église de l’évêque qui n’avait pas sur la ville un grand pouvoir par rapport à celui du Comte et celui de la commune.


 

La commune va se reporter sur les églises paroissiales, celle de Saint Michel en ville haute et surtout celle de Sainte Réparate en ville basse. Cette dernière va prendre une grande importance avec l’agrandissement de la ville basse au XIII e siècle qui rejoint les rives du Paillon. Le pouvoir comtal lui va utiliser les couvents mendiants et surtout les dominicains (qui était à la place de l’actuel palais de justice) pour imposer son influence.

 

Les comtes et ducs de Savoie vont poursuivre la politique dévotionnelle des comtes de Provence. C’est pourquoi leur palais se construira près des dominicains. C’est encore aujourd’hui un lieu de pouvoir puisque c’est la préfecture. L’église Sainte Réparate deviendra, elle, la nouvelle cathédrale et sera reconstruite à l’époque moderne (entre 1650 et 1685) quand le haut de la colline sera définitivement transformé en citadelle, à une époque où le pouvoir civique et ecclésiastique deviendront étroitement contrôlé par le pouvoir ducal. 

le palais des ducs de Savoie de Nice, actuelle préfecture (photo E. Coux)

le palais des ducs de Savoie de Nice, actuelle préfecture (photo E. Coux)

A Turin, la cathédrale semble être aussi devenue l’église civique de la ville avec le couvent de Saint Solutor. Dans cette ville, le fort pouvoir épiscopal du XII e siècle a fait place au XIII e siècle à un pouvoir communal. En 1280, quand les Savoie-Achaïe conquirent la ville, ils font face à une commune assez hostile consciente de sa puissance. Ils vont s’appuyer d’abord sur les franciscains auxquels ils confient la surveillance de la construction de leur château. Ils ont en réalité peu d’emprises à l’intérieur de la ville.

 

C’est pourquoi ils vont remplacer petit à petit les moines dans les monastères par des Ordres qui leur sont fidèles. Ces grands remplacements se feront surtout à l’époque moderne où l’enjeu devient très fort puisque Turin est choisit comme capitale. Ce sera par exemple le remplacement des bénédictins par les Feuillants à la Consolata, un des principals sanctuaires de la ville et le remplacement des Antonins par les Barnabites. Un des premiers exemples est la volonté de remplacer le prieuré très stratégique de Saint Solutor mineur par des Ermites de Saint Augustins pour le duc Amédée VIII et par des Franciscains de l’Observance pour le duc Louis 1er (ces deux princes ont échoué). Cela montre la gène que le couvent occasionnait pour le duc de Savoie. Il sera finalement remplacé comme à Mondovi, par un bastion puis par une citadelle en 1566.


 

La cathédrale, elle, est entièrement reconstruite par l’évêque Dominique de la Rovère qui est un proche de la duchesse Blanche de Monferrat. Cette reconstruction entre dans une phase d’appropriation de l’église par la Maison de Savoie pour en faire son Mausolée. Appropriation qui enlève à la commune de Turin sa principale église et transforme l’identité communale en un simple organisme administratif du duc de Savoie. 

cathédrale de Turin (Photo E. Coux)

cathédrale de Turin (Photo E. Coux)

Conclusion :

Le duché de Savoie a trop souffert au niveau de ses études historiques d’un a priori selon lequel c’était un pays rural et sans ville. Évidemment, on ne prenait souvent comme périmètre de l’étude, que les deux départements actuels de Savoie et de Haute Savoie en excluant tout une partie de l’espace historique savoyard notamment le Piémont, l’actuel Suisse romande et le département de l’Ain, ce qui excluait de facto, ses principales villes.


 

La notion église civile est aussi en Savoie un concept malheureusement inconnu car hors de la sphère habituelle de la recherche historique française. En France, la commune n’est pas associée à une entité autonome mais à une subdivision administrative du territoire (une des plus petites). Pourtant, même si le duché de Savoie est devenu comme la France un état absolutiste et centralisé au XVIII e siècle, cette construction administrative relève d’un véritable tour de force. Les pouvoirs étaient morcelés et le comte/duc de Savoie n’avait pas forcément une supériorité juridique sur les autres pouvoirs qui juxtaposaient ses terres.


 

Dans ces ensembles, les villes ont été des enjeux essentiels car elles exerçaient évidemment un pouvoir administratif, économique et religieux sur un large territoire rural et faisaient partie d’un réseau. Plusieurs pouvoirs se partageaient les villes : des religieux comme des évêques ou des abbés, des seigneurs de différents niveaux et les bourgeois dans une assemblée communale. Chaque pouvoirs marquaient son empreinte dans la ville selon sa puissance et était limités par les autres pouvoirs politiques.


 

L’étude des églises civiques des grandes villes permet de connaître l’évolution chronologique du pouvoir communal dans ces villes et les rapport qu’il y a eu à l’intérieur des villes.


 

La rapide synthèse faite ci-dessus permet donc quelques remarques. La ville qui se rapproche le plus des villes communales quasi indépendantes à part Berne et Fribourg est Bourg-en-Bresse. Son église prend aussi un parti-pris architectural très alémanique. Ensuite, la ville de Chambéry qui semble dans la plupart des études, dénuée d’initiatives communales a en réalité montré une forte cohésion et une grande autonomie vis à vis du pouvoir ducal. C’est peut être la raison de la réussite qu’elle a eu à conserver dans ses murs l’administration du duché de Savoie jusqu’en 1563 malgré la grosse concurrence des autres villes du duché notamment Genève.


 

En opposition, les villes de Genève et de Lausanne qui se vantent dans leur historiographie d’une grande indépendance communale n’ont en réalité pas d’églises civiques ce qui interroge sur la réalité même de la puissance communale de ces villes avant 1536. La cathédrale de Genève prendra le rôle d’église civique qu’à son indépendance effective après 1536.


 

D’un point de vue global, malgré un pouvoir central fort à l’époque moderne, la plupart des églises civiques des villes sont devenues des cathédrales ou le sont restées, comme à Nice avec Sainte Réparate au XVII e siècle, Pignerol avec Saint Donat au XVIII e siècle, Fossano avec l'église San Giovenal à l'extrème fin du XVI e siècle, Notre-Dame de Bourg-en-Bresse au XX e siècle et la métropole de Chambéry au XVIII e siècle. Seul Annecy échappe à cette règle puisque la cathédrale n'est pas Notre Dame de la Liesse mais l'ancienne église des Franciscains de l'Observance. D'ailleurs nous nous apercevons que la première aurait été plus logique puisque mieux située dans l'espace géographique de la ville. 

 

Nous pouvons aussi nous poser la question des églises civiques dans les plus petits centres urbains comme Châtillon-sur-Chalaronne, Pont-de-Vaux, Montluel, Pérouges, Moudon ou Vevey, centres qui possèdent de très belles églises financées en grande partie par les communautés urbaines.  Mais aussi pour les magnifiques églises baroques de montagne financées par les communautés rurales .

A Châtillon sur Chalaronne, l'église est près des Halles et est l'expression de la puissance communale comme à Bourg-en-Bresse (photo E. Coux)

A Châtillon sur Chalaronne, l'église est près des Halles et est l'expression de la puissance communale comme à Bourg-en-Bresse (photo E. Coux)

immense choeur de l'église collégiale de Pont de Vaux (photo E. Coux)

immense choeur de l'église collégiale de Pont de Vaux (photo E. Coux)

Imposante abside de la collégiale de Notre-Dame-des Marais à Montluel (Photo E. Coux)

Imposante abside de la collégiale de Notre-Dame-des Marais à Montluel (Photo E. Coux)

Vue de l'abside des franciscains conventuels de Chambéry (photo E. Coux)

Vue de l'abside des franciscains conventuels de Chambéry (photo E. Coux)

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