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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

Sabbat des Sorcières, diableries et inquisition dans le duché de Savoie au XV e siècle

la sorcière intégrée dans le contexte d'Halloween

la sorcière intégrée dans le contexte d'Halloween

La fête d’Halloween de plus en plus célébrée permet le retour d’une des plus anciennes fêtes d’Europe, la seule survivance culturelle connue de nos ancêtres celtes. Celle-ci s’était perpétuée d’une manière très atténuée et transformée dans la tradition chrétienne par la célèbre fête de Toussaints ou de fête des morts.  

 

Halloween s’était surtout étoffée de l’apport culturel les immigrants européens du XVIII e siècle, notamment d’images et de récits imaginaires issues des grandes chasses aux sorcières qui se sont passées entre le XV e et le XVIII e siècle. C’est pourquoi nous avons aussi, lors de cette fête, toutes ces images de sorcières qui nous semblent sortir tout droit du folklore populaire, notamment celle de la sorcière sur un balai. Cette image semble avoir comme origine l'ancien duché de Savoie. Nous allons donc essayer de comprendre dans cette communication comment et par quel mécanisme l’image de la sorcière avec un nez crochue volant sur son vieux balais est apparue dans les récits, comment elle s’est fixée dans notre imaginaire et bien sûr, quel a été le lien avec le duché de Savoie.

 

Afin de le découvrir, il est nécessaire de se pencher sur les mécanismes qui ont conduit aux grandes chasses aux sorcières en Europe. Chasses qui ont eu comme conséquence concrète la torture et la mort de milliers d’hommes et de femmes pour des faits complètement imaginaires. Pour cela, nous remonterons à l’origine de ces chasses pour en rechercher les causes et ses liens avec l'inquisition. 

 

Puis, après une synthèse de l’évolution de l’inquisition en Savoie du XIII e au XV e siècle, nous essayerons de comprendre l’importance du récit imaginaire du sabbat des sorcières dans la concurrence que se livrent les différents papes. Nous nous attacherons à démontrer que la Savoie, par sa position géographique entre les deux capitales de la chrétienté schismatique qu’étaient Avignon et Bâle, allait devenir l’épicentre de ce phénomène.

 

Nous verrons enfin comment l’imaginaire de la sorcière, loin d’être une image populaire brouillonne, a été au contraire une image construite méticuleusement par des membres érudits de l’église et validée par les autorités religieuses.

l'église Saint-Léonard fut un lieu des sessions du concile de Bâle (1431-1443-1449)

l'église Saint-Léonard fut un lieu des sessions du concile de Bâle (1431-1443-1449)

1- Géographie et histoire de l’inquisition en Savoie :

L’inquisition était une vieille institution qui était tenue à l’origine par les évêques. Mais, avec l’émergence de nouvelles hérésies au XIII e siècle comme le valdéisme à Lyon et le catharisme en Occitanie, et dans un soucie de centralisation des pouvoirs, le pape confia cette institution au dominicains et aux franciscains. L’Europe allait donc être divisée en grandes circonscriptions inquisitoriales regroupant plusieurs diocèses. Le duché de Savoie était compris dans cinq grandes circonscriptions inquisitoriales. Quatre étaient gérées par les dominicains et une par les franciscains.

 

Après 1452 et suite aux conséquences de l’indult pontifical, deux de ces grandes circonscriptions à l’Ouest des Alpes furent subdivisées de manière à créer deux nouvelles circonscriptions qui épousèrent parfaitement les limites du duché de Savoie. Quatre couvents, à la tête de ces juridictions devenaient l’ossature de l’inquisition en Savoie : c’étaient les couvents dominicains de Savigliano, de Turin, de la Madeleine à Lausanne et le couvent franciscain de Suse. Il y avait enfin une autre province inquisitoriale qui comprenait Ivrée, Verceil et une partie de la Lombardie. 

 

Le couvent de Suse était rattaché aux diocèses de Lyon, Belley, Grenoble, Maurienne, Tarentaise, Val d’Aoste et Nice. Il semble avoir été le centre de la nouvelle province inquisitoriale créée après 1452 du découpage de la grande province d’Avignon. Au milieu du XV e siècle, C’est le frère Bernard Trémey, originaire de Termignon en Maurienne, bachelier en droit canon, docteur en théologie qui exerce son ministère inquisitorial dans cette juridiction pendant une trentaine d’année. Le diocèse de Genève fut un temps contesté entre la juridiction franciscaine et la juridiction dominicaine. Dans ces grandes juridictions, les inquisiteurs étaient assistés par des vices-inquisiteurs, qui prenaient en charge un diocèse, eux-même assistés par des « procureurs de la foi ». C’étaient les procureurs de la foi qui étaient chargés de mettre en place les dossiers d’accusation contre les hérétiques et les sorciers (sorcières). Ce sont aussi eux qui pressaient les autorités laïques d’utiliser la torture pour obtenir des aveux. 

le couvent franciscain de Suse, siège de l'inquisition

le couvent franciscain de Suse, siège de l'inquisition

Le couvent dominicain de la Madeleine à Lausanne dépendait à l’origine de l’immense juridiction confiée aux dominicains qui comprenait depuis le XIII e siècle, les diocèses de Lausanne, Toul, Verdun, Besançon, Metz, Genève et Sion. Celle-ci allait, suite aux conséquences de l’indult pontifical de 1452 être fractionnée : une seule juridiction comprendra spécifiquement les diocèses savoyards de Lausanne, Sion et Genève.

 

Il semble que le couvent de Lausanne ait été actif déjà dès le milieu du XIV e siècle. En 1399 se déroula un important procès de sorcellerie à Fribourg. C‘est un des moines de Lausanne qui s’en occupe, Étienne de Mex comme inquisiteur diocésain. Ce moine est un représentant de l’aristocratie bourgeoise de Lausanne. Il est à noter qu’il n’y a pas de couvent dominicain à Fribourg, ce qui la différencie de Berne qui en a un. C’est cependant un moine de Lausanne et non de Berne qui s’occupe de Fribourg ce qui indique déjà, la place importante du couvent de Lausanne dans cette province inquisitoriale. Le couvent de Lausanne partagea un temps sa fonction inquisitoriale avec le couvent dominicain de Plainpalais à Genève notamment en 1476.

 

Le couvent dominicain de Turin  est un centre important de l’inquisition dans une province qui comprend Asti et qui deviendra ensuite le centre de l’inquisition dans le Piémont. 

couvent Saint Dominique à Turin

couvent Saint Dominique à Turin

Le couvent dominicain de Savigliano fut fondé en 1267. Ce fut quasiment tout de suite le centre d’une province inquisitoriale dont la juridiction s’étendait dans le Piémont, en haute et basse Lombardie, et en Ligurie. Le père Umberto Benzi de Chieri fut le premier prieur du couvent et le premier inquisiteur de cette province. Nous pouvons remarquer que les couvents de Savigliano et de Suse sont proches des Alpes Vaudoises. Ce positionnement géographique indiquent une volonté de lutte contre cette hérésie. Si le mouvement vaudois est né à Lyon et a prit le nom de son leader, Valdo, il va ensuite se répandre dans les grandes villes du Sud de la France et du Nord de l’Italie au XIII e siècle pour ensuite venir se réfugier dans les montagnes des Alpes Cottiennes. Cette hérésie qui fusionna avec le protestantisme en 1532 fut plus difficile à combattre que la chasse aux sorcières du milieu du XV e siècle.

 

2 - Les différentes luttes de l’inquisition :

Il semble qu’il faille en effet séparer trois formes de luttes dans l’inquisition qui correspondent à des époques différentes même si dans les textes, elles ont des noms similaires. La première et la plus ancienne est la lutte contre l’hérésie vaudoise qui comme nous l’avons vu a positionné les couvents centre de l’inquisition près des lieux où se trouvaient ces hérétiques. Une deuxième forme va se dérouler au XV e siècle et était dirigée contre les juifs qui seront persécutés. Nous pouvons noter la position troublante des couvents dominicains de Bourg-en-Bresse et Chambéry près des quartiers juifs de ces villes.

 

Il faut d’ailleurs mettre en parallèle la construction de ces couvents (en 1414 et 1418) avec la confiscation et l’examen des livres sacrés des juifs notamment le Talmud par l’inquisition franciscaine ce qui sera une pression supplémentaire sur cette communauté. C’est d’ailleurs Guy Falmochet, prieur du couvent des dominicains de Chambéry qui collabora avec l’inquisiteur Ponce Feugeyron en 1426. Cette stratégie professionnelle réussira puisque Guy Falmochet deviendra ensuite le supérieur Général de l’Ordre des dominicains en 1451. Le début du XV e siècle connaît un afflux important de juifs en Avignon. Il se peut que cette situation ait été la même pour la Bresse et pour Chambéry . 

Reste du couvent dominicain de Savigliano

Reste du couvent dominicain de Savigliano

Et enfin une troisième forme de lutte, plus cruelle, va se développer à partir de 1430 et va consister à une chasse aux sorcières. Cette chasse qui nous intéresse le plus va se baser généralement sur des faits complètement imaginaires, tout droits sortis de la tête des inquisiteurs où les accusés avouaient tout sous la torture. Torture qui a été à chaque fois employée.

 

Les faits reprochés se ressemblent, c’est d’avoir été dans des réunions de sorciers appelés sabbat, de créer une anti-église pour et avec le diable, préparer un complot pour renverser l’église, de faire des sacrifices d’enfants, d’avoir provoqué la grêle, les maladies, etc.…

 

Les chasses aux sorcières allaient être l’occasion de se débarrasser des marginaux dans les villages, des gens mal aimés, des pauvres, mais aussi des opposants politiques comme dans la célèbre « Vauderie d’Arras » où ceux qui furent condamnés étaient l’élite opposé au duc de Bourgogne et favorable au roi de France.

 

Les sorciers ou ceux qui étaient soupçonnés de l’être étaient souvent appelés « Vaudois » dans les textes du XV e siècle bien qu’en réalité, ils n’aient rien à voir avec l’idéologie de Pierre Valdo. Vaudois deviendra un synonyme de sorciers, ce qui rend difficile à distinguer les vrai Vaudois en dehors des Alpes cottiennes. Ils sont aussi appelés Gazarii qui veut dire « Cathares ». La conséquence de ces chasses aux sorcières est que des centaines voir des milliers de personnes innocentes seront torturées et brûlées dans l’espace savoyard, c’est à dire les Alpes occidentales du milieu du XV e siècle jusqu’au XVIII e siècle (dans le Pays de Vaud, ces persécutions seront poursuivies par les protestants après 1536) 

de chaque côté de ce retable figure les reliques de deux inquisiteurs : à gauche béat Pietro da Ruffino tué par les vaudois en 1365 et à droite béat Aymon Tapparelli (1495)

de chaque côté de ce retable figure les reliques de deux inquisiteurs : à gauche béat Pietro da Ruffino tué par les vaudois en 1365 et à droite béat Aymon Tapparelli (1495)

3- Création de l’image de la sorcière typique avec les éléments d’une pensée antisémite.

Le nombre de cathare et de vaudois avait beaucoup diminué depuis le XIII e siècle et, à part dans les montagnes du Dauphiné, les vaudois n’existaient quasiment plus. Au XV e siècle, L’Observance franciscaine, un Ordre monastique très à la mode à cette époque, allait réorienter la lutte de l’inquisition contre les juifs avec une idée selon laquelle ceux-ci étaient liés à la mauvaise richesse, à la vénalité. Donc que leur fréquentation risquait de corrompre les bons chrétiens et les amener en enfer. Et enfin que grâce à leur richesse, ils étaient secrètement entrain d’élaborer un complot pour renverser ou remplacer les chrétiens. C’est le même type de cliché sur la finance juive ou sur l’élaboration de complots que l’on retrouvera dans l’antisémitisme du XX e siècle.

 

Si l’inquisition était alors préoccupée par les juifs, un changement important allait apparaître à partir de 1430 environ, et être diffusé par des livres où l’on présente une nouveauté : des sorciers et des sorcières qui se réunissent dans des « sabbats », en « synagogue » pour y recevoir l’enseignement des démons, pour tuer des enfants et les manger dans des rituels. Ces sorciers et sorcières avaient comme objectif de corrompre les chrétiens et surtout de préparer un complot pour renverser la chrétienté et la remplacer par l’église du diable. L’image des sorciers et sorcières va ainsi se créer en mélangeant un résidus d’anti-judaîsme et la peur d’une menace d’un vaste complot secret du diable contre les chrétiens.

 

Ces éléments apparaissent pour la première fois dans les livres comme « Errores Gazariorum » rédigé avant 1437 par un anonyme (sûrement l’inquisiteur franciscain Ponce Feugeyron) , « Ut magorum et maleficiorum errores » rédigé vers 1436 par le juge dauphinois Claude Tholosan et surtout dans le « Formicarius » rédigé par le dominicain Johannes Nider entre 1435 et 1437 . Ces livres sont le résultat de réflexions qui se sont élaborés lors du concile de Bâle (1431-1449) et ils vont aussi bénéficier de la large audience dû à ce concile pour diffuser ces réflexions.

 

Parmi ces auteurs, Ponce Feugeyron dont la biographie a été étudiée par l’historienne Martine Ostorero peut nous permettre de comprendre les raisons du développement important de l’inquisition au XV e siècle et le glissement de son combat contre les juifs et les hérétiques vers les sorciers et sorcières. Cet inquisiteur qui est donné comme savoyard par l’historienne Laura Stockes, sera aussi l’inventeur d’une image encore aujourd’hui très forte, celle des hérétiques puis sorcières qui volent sur des balais . 

Dessin de "vaudoises" montant un balai dans le manuscrit de Martin le Franc. Ce dessin semble être la première représentation des sorcières sur un balai

Dessin de "vaudoises" montant un balai dans le manuscrit de Martin le Franc. Ce dessin semble être la première représentation des sorcières sur un balai

4 - L’inquisiteur Ponce Feugeyron

Nous voyons pour la première fois Ponce Feugeyron dans une bulle du Pape Alexandre V datée de 1409 en faveur de cet inquisiteur. Le Pape Alexandre V missionne l’inquisiteur contre les schismatiques qui ne reconnaîtraient pas la supériorité du Pape Alexandre V et contre les hérésies (sectes) qui pourraient être propagées par les juifs. Il doit pour cela examiner leurs livres sacrés et leurs comportements sociaux pour vérifier si ils n’influencent pas les chrétiens ou les nouveaux convertis.

 

Le mandat de cet inquisiteur est immense : c’est la Provence, le Dauphiné, mais aussi une partie de la Savoie, notamment les diocèses de Grenoble, Maurienne, Tarentaise et Val d’Aoste. Seront rajoutés à cette juridiction les diocèses de Lyon et de Belley par le pape Alexandre V (il semble que ce soit au détriment des dominicains car ils conservent en réalité leur pouvoir sur la ville de Lyon). Les moyens financiers mis à la disposition de cet inquisiteur ont été aussi considérables. Ce fut évidemment la communauté juive qui fut obligée de payer ces frais.

 

La mission se poursuivit après ce pape puisque Martin V confirma la bulle d’Alexandre V en 1418. Il rajouta même le diocèse de Genève dans sa juridiction au détriment des dominicains qui l’avait auparavant. Mais ces derniers réussiront à récupérer le diocèse de Genève en 1419 . La bulle d’Alexandre V sera aussi renouvelée en 1435 par le pape Eugène IV. Donc loin d’être anodine, la mission de Ponce Feugeyron était réellement soutenue avec de gros moyens financiers et elle ne fut pas limitée dans le temps mais s’étala appuyée par les papes successifs.

 

La première idée qui nous vient est que les papes mentionnés ont tous été confrontés à des schismes, soit qu’ils ont été des papes schismatiques comme Eugène IV soient qu’ils ont été des Pape élus pour résoudre le schisme. Comme l’a souligné l’historien Ludovic Viallet, c’est donc dans l’idée du schisme de l’église qu’il faut chercher une réponse dans l’apparition de la chasse aux sorcières. 

Portail Saint Dominique à Chambéry. Reste de l'ancien couvent transporté devant le château, remarquez la similarité avec celui de Bourg-en-Bresse

Portail Saint Dominique à Chambéry. Reste de l'ancien couvent transporté devant le château, remarquez la similarité avec celui de Bourg-en-Bresse

5 - L’inquisition et la chasse aux sorcières comme un moyen de s’imposer politiquement

Si le pape Alexandre V envoie Ponce Feugeyron en Provence et notamment à Avignon, c’est qu’il sait que cette région géographique avait été profondément liée à l’obédience du Pape Benoit XIII, En effet, pour résoudre le schisme entre Benoit XIII à Avignon et Clément XII à Rome, le concile de Sienne en 1409 décida l’élection d’un nouveau Pape et la déposition automatique des deux autres. Malheureusement, si un autre pape avait bien été élu (Alexandre V), les autres papes n’avaient par contre pas abdiqué. Benoit XIII s’était seulement réfugié à Perpignan, terre du roi d’Aragon qui le soutenait toujours.

 

Dans ce cadre, les soutiens du Pape Benoit XIII avaient toujours un grand espoir dans sa victoire, même sur le nouveau pape Alexandre V. Ses soutiens étaient évidemment nombreux en Provence et du côté d’Avignon où beaucoup de clercs et de seigneurs avaient dû leur réussite professionnelle à ce Pape. De ce point de vue, la mission de Ponce Feugeyron allait s’avérer difficile. Non pas à cause des juifs, mais surtout à cause du clergé avignonnais qui pouvait être de mauvaise foi et pouvait tout faire pour faire rater sa mission.

 

C’est aussi dans ce cadre que l’on comprend l’extension de l’aire géographique qui lui a été dévolue du côté du duché Savoie. En 1409, le comte Amédée VIII (il n’était pas encore duc) avait reconnu formellement l’élection d’Alexandre V. Mais  Amédée VIII avait aussi été un grand soutien du Pape Benoît XIII et la reconnaissance d'Alexandre V était aussi fragile. Une grosse partie du haut clergé savoyard avait eu ses charges grâce aux Papes d'Avignon, Clément VII puis dans une moindre mesure Benoît XIII. Amédée VIII l'avait aussi aidé en lui prêtant la ville de Nice entre 1404 et 1408. 

Image d'un léviathan et de démon dans l'église de Saint Maurice de Gourdans (Ain) tiré d'un cycle de la passion du Christ (début du XVI e siècle)

Image d'un léviathan et de démon dans l'église de Saint Maurice de Gourdans (Ain) tiré d'un cycle de la passion du Christ (début du XVI e siècle)

En nous plaçant au XX e siècle, donc avec un certain recul, nous pouvons constater que les juifs ne présentaient aucun danger. Au contraire, ils rapportait même de l’argent au clergé d’Avignon et de l’activité à la région. Malgré un antisémitisme ambiant, les avignonnais du moyen-âge s’en rendaient compte aussi. Ponce Feugeyron avait donc intérêt de montrer qu’il y avait des risques à laisser cette communauté sans surveillance. Il était donc nécessaire pour lui de démontrer que les juifs pratiquaient la magie et la sorcellerie et qu’il y avait des complots contre les chrétiens qui se préparaient. La bulle même d’Alexandre V de 1409 contenait en elle-même les éléments de la construction idéologique d’un complot .

 

C’est justement le poids économique des juifs lié à un enjeu moins important sur Avignon qui a permis à cette communauté de porter plainte auprès du Pape Martin V peu après son élection. Plainte qui a forcé Ponce Feugeyron à se modérer.

 

En 1416, se sont des franciscains de Chambéry, avec les frères Jean Buffet et Antoine Clément qui sont chargés d’examiner les livres sacrés des juifs. Ensuite, en 1426, Amédée VIII appuya les inquisiteurs qui voulaient censurer certains passages du Talmud. Cette mission avait été confiée bien-sûr à l’inquisiteur franciscain Ponce Feugeyron. Mais nous pouvons noter la collaboration du prieur des dominicains de Chambéry, Guy Flamochet 

courge d'Halloween du XX e siècle

courge d'Halloween du XX e siècle

6 - Mutation de l’antijudaïsme en chasse aux sorcières dans le contexte du concile de Bâle.

En 1428, nous retrouvons notre inquisiteur, Ponce Feugeyron dans le Val d’Aoste, à Chambave où sa collaboration avec l’évêque du lieu, Georges de Saluces, avait permis de porter une personne sur le bûcher, Jeannette Cauda inculpée de sorcellerie. Georges de Saluces sera ensuite muté à Lausanne où il organisera dans ce diocèse, une efficace chasse aux sorcières .

 

La proximité entre les deux hommes va se retrouver lors du concile de Bâle (1431-1449) où Ponce Feugeyron est présent de 1433 à 1437. Le concile de Bâle va agir à la fois comme un incubateur d’idées mais aussi comme un lieu de diffusion de ces mêmes idées.

 

Il y rencontrera le dominicain Johannes Nider. Celui-ci avait fait des études de théologie à Cologne puis à Vienne en Autriche. Il avait été nommé vicaire des couvents de l’Observance dominicaine de la province de Teutonie. Il avait été prieur des couvents de Nuremberg (1426-1429) puis de Bâle (1429-1436). Il participa au concile de Bâle notamment dans des délégations auprès des hussites de Bohème. Le livre « Formicarius est intéressant car il rapportait des exemples de sorcelleries avec des sacrifices d‘enfants (qui n'ont probablement jamais eut lieu) dans les diocèses de Lyon, de Lausanne, de Constance et du Valais qui ont été des territoires contrôlés ou proches de ceux du duc de Savoie Amédée VIII (sauf pour le Siemmental qui est une vallée des pré-alpes bernoise).

 

Ces idées allaient avoir un fort échos en Savoie en raison de l’implication du duc de Savoie dans ce concile (ce dernier y deviendra même pape) avec comme conséquence de stimuler fortement l’inquisition dans les Alpes. On retrouvera ces idées par exemple dans le livre « le champion des dames » de Martin le Franc qui est un conseiller d’Amédée VIII (notamment avec l’image très forte de sorcières chevauchant les vieux balais pour voler).

 

Amédée VIII deviendra lui-même Pape, élu par les membres du concile en 1439 sous le nom de Félix V. Il se retrouva de fait, à cette date, opposé au Pape de Rome, Eugène IV. Juste avant l’élection de Félix V, la grande victoire du concile de Bâle avait été de résoudre l’hérésie hussite en Bohème (Tchéquie actuelle). Ponce Feugeyron ainsi que Jean Nider avaient été impliqués dans les discussions amenant à sa résolution. La lutte contre les hérésies et contre les déviances étaient donc devenus l’objectif aussi bien du concile de Bâle que du Pape Eugène IV. Ce dernier, dans un esprit de concurrence avec le concile de bâle, était d’ailleurs entrain de résoudre le schisme Grec apparu en 1054. La lutte contre les hérétiques était devenue un des points fondamentaux et entrait complètement dans l’idéologie de ceux qui voulaient une réforme de l’église. 

églises des dominicains de Bâle où Johannes Nider avait été prieur au moment du concile de Bâle

églises des dominicains de Bâle où Johannes Nider avait été prieur au moment du concile de Bâle

Une des grandes accusations d’Eugène IV contre Félix V était que le duc avait gouverné un pays plein d’hérétiques et de sorciers. Nous ne savons pas si ces accusations avaient pour fondement la peur d’Eugène IV des hussites qu’il situait déjà dans les Alpes, ou le bruit des premières chasses aux sorcières dans le Val d’Aoste ou la confusion facile entre les vaudois des Alpes et les sorciers. Il se pourrait que ce soit surtout une manière pour Eugène IV de décrédibiliser son adversaire. Cela n’a fait qu‘alimenter un imaginaire fantasmagorique à propos des Alpes et des terres du duc de Savoie qui faisaient aussi partie de l'obédience de Félix V.

 

La seule réponse que pouvait avoir le concile de Bâle et le duc de Savoie était d’organiser une chasse aux sorcières active qui montrait que l’église faisait bien son travail. Dans le cadre d’une concurrence religieuse, le concile de Bâle allait donc valider un système qui prônera une chasse aux sorcières à grande échelle. L’obédience romaine qui reprit la main après l’abdication de Félix V en 1449 fut obligée de renchérir l’offre. Ce système et cet imaginaire ont été tellement bien intégrés dans la pensée religieuse du XV e siècle et du XVI e siècle qu’ils ont été repris de manière identique plus tard par les protestants qui brûleront autant de personnes que les catholiques.

 

Conclusion :

Il est remarquable de voir que les traces qui ont été laissées par les grandes chasses aux sorcières entre le XV e et le XVIII e siècle ne sont pas des témoignages d’indignation devant ce qui a été une des plus grandes et cruelles formes d’absurdité et d’injustice, mais au contraire, reproduisent assez fidèlement les images issues de l’imaginaire paranoïaque des grands inquisiteurs du XV e siècle.

 

En effet, l’image de la sorcière, véhiculée par les dessins animés du XX e siècle, représentent fidèlement ce trait comme le récit qui l’entoure : celui simplissime et manichéen d’une lutte du bien contre le mal. Ce récit paranoïaque ne faisait pas de nuance et obligeait à adhérer immédiatement aux vues des inquisiteurs au risque d’être soupçonné d’aider les démons à fomenter un grand complot satanique. 

Portail d'entrée du couvent des dominicains de Bourg-en-Bresse. Remarquez la similarité avec celui de Chambéry.

Portail d'entrée du couvent des dominicains de Bourg-en-Bresse. Remarquez la similarité avec celui de Chambéry.

Les recherches historiques sur cette chasse aux sorcières montrent qu’elle aurait fait plusieurs centaines de milliers de victimes en Europe et en Amérique du Nord. Les personnes ont non seulement été brûlées, des fois vives, mais aussi longuement torturés. Les familles touchées avaient aussi souvent leur biens confisqués et était socialement rejetées.

 

Mais au-delà de l’aspect paranoïaque, l’inquisition était bien une manière de s’imposer politiquement en montrant une forme d’autorité souveraine au travers du traitement des minorités (la gestion des minorités est une des attributions symboliques de l’autorité souveraine). L’action de Ponce Feugeyron poussera ces minorités à se plaindre au Pape de Rome donc in fine à le reconnaître comme souverain pontife légitime. Il fera de même à Chambéry où ce sera le duc de Savoie, Amédée VIII qui prononcera la sentence définitive contre la minorité juive (une forte amende) montrant là aussi son pouvoir souverain.

 

C’est justement cette question de souveraineté qui fera échouer l’inquisiteur dominicain à inculper une trentaine de personne à Lyon. Cet échec était dû au fait que l’inquisition n’avait pas eu le soutien de celui qui détenait le pouvoir séculier, l’archevêque.

 

Cette affirmation de la souveraineté peut nous faire voir la présence de siège de l’inquisition dans les villes de Lausanne, Savigliano et de Turin comme des instruments affirmant la souveraineté du duc de Savoie dans des villes qui avaient tendance à s’émanciper, soit à cause de leur évêque comme à Lausanne, soit à cause de leur commune comme à Turin ou à Savigliano. 

 

A Lausanne, le couvent des dominicains était aussi celui où étaient conservées les archives municipales, leur clocher était celui qui avait l’Horologe, la cloche qui appelait en réunion les conseillers municipaux. Donc nous avons une confusion d’intérêts entre les pouvoirs municipaux et ceux du duc de Savoie dans le partage du lieu comme siège de l’inquisition et du pouvoir communal.

 

A Turin, le couvent Saint Dominique était proche du palais municipal sur l’actuel « Via Milano ». C’est dans ce couvent que se trouve une des plus anciennes représentations de « Béat Amédée IX », signe du soutien que le couvent apportait à la famille ducale de Savoie. 

 

Emmanuel Coux

 

Bibliographie :

Brunaux, Jean-Louis, Les sanctuaires celtiques de Gourmay-sur-Aronde et de Ribemont-sur-Ancre, une nouvelle approche de la religion gauloise, dans Comptes rendues des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1997, 141-2, p. 567-600 : https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1997_num_141_2_15761 ;

Martine Ostorero, Itinéraire d’un inquisiteur gâté : Ponce Feugeyron, les juifs et le sabbat des sorciers, dans « Médiévales », 2002, 43, p.103-117

 

Georg Moestin, L’inquisition romande et son personnel. Une étude prosopographique, dans, Inquisition et sorcellerie en Suisse romande, Lausanne 2007

 

Kathrin Utz Tremp, La « naissance » du Sabbat, dans Chahiers de Recherches Médiévales et Humanistes, 22, 2011, p.243-253, https://journals.openedition.org/crm/12545 ;

 

Catherine Chène, le Formicarius (1436-1438) de Jean Nider OP, ans Revue Suisse d’histoire, 2002,

 

Laura Stockes, Demons of Urban Reform, Early European Witch Trials and Criminal Justice, 1430-1530, éd. Palgrave Macmillan, 2011,

 

Pierre Jacob, La sorcière et son balais, http://acpasso.free.fr/Sorcieres/La%20sorciere%20et%20son%20balai.pdf ;

 

Franck Mercier et Martine Ostorero, L’énigme de la Vauderie de Lyon. Enquête sur l’essor de la chasse aux sorcières entre France et Empire (1430-1480), Florence, Sismel-edizioni del Galluzzo, 2015, 463 p

Fresque d'Amédée IX d'Antoine de Lonhy dans l'église des dominicains à Turin

Fresque d'Amédée IX d'Antoine de Lonhy dans l'église des dominicains à Turin

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nadia 04/08/2020 20:21

Bonjour je me prénomme nadia mère de 3 enfants. Je vivais à briouze avec mon mari, quand en 2018 il décida d'aller en voyage d'affaire à Bresil , où il tomba sur le charme d'une jeune vénézuélienne et ne semblait même plus rentrer. Ces appels devenaient rares et il décrochait quelquefois seulement et après du tout plus quand je l'appelais. En février 2019, il décrocha une fois et m'interdit même de le déranger. Toutes les tentatives pour l'amener à la raison sont soldée par l'insuccès. Nos deux parents les proches amis ont essayés en vain. Par un calme après midi du 17 février 2019, alors que je parcourais les annonce d'un site d'ésotérisme, je tombais sur l'annonce d'un grand marabout du nom ZOKLI que j'essayai toute désespérée et avec peu de foi car j'avais eu a contacter 3 marabouts ici en France sans résultat. Le grand maître ZOKLI promettait un retour au ménage en au plus 7 jours . Au premier il me demande d’espérer un appel avant 72 heures de mon homme, ce qui se réalisait 48 heures après. Je l'informais du résultat et il poursuivait ses rituels.Grande fut ma surprise quand mon mari m’appela de nouveau 4 jours après pour m'annoncer son retour dans 03 jours. Je ne croyais vraiment pas, mais étonnée j'étais de le voire à l'aéroport à l'heure et au jour dits. Depuis son arrivée tout était revenu dans l'ordre. c'est après l'arrivé de mon homme que je décidai de le récompenser pour le service rendu car a vrai dire j'ai pas du tout confiance en ces retour mais cet homme m'a montré le contraire.il intervient dans les domaines suivants

Retour de l'être aimé
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