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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

Du vicus romain à la sous-préfecture, évolution de l'urbanisme d'une ville épiscopale : Belley

Du vicus romain à la sous-préfecture, évolution de l'urbanisme d'une ville épiscopale : Belley

Bien que n’étant pas dans le département de Savoie, la ville de Belley est essentielle, par son poids historique et ses relations avec la Maison de Savoie, pour comprendre l’histoire de le Savoie. Par exemple, l’historien Laurent Ripart a  démontré que l’origine de cette dynastie était liée au diocèse et à la ville de Belley. Le témoignage de ces liens très forts est même encore visible après que le Bugey se soit séparé de la Savoie, au travers d'une visite en 1640 de la duchesse régente de Savoie, Christine de Bourbon qui vient se recueillir dans la cathédrale de Belley sur les reliques de Saint Anthelme ; visite importante puisqu’elle prélude à la fondation de la chartreuse royale de Collegno près de Turin en 1641.

 

La ville de Belley est actuellement une petite ville de 9000 habitants. Malgré sa petite taille, elle possède tous les critères d’une ville, c’est à la fois un centre administratif avec une sous préfecture, une caserne de gendarmerie, un centre judiciaire avec un tribunal d’instance. C’est aussi un centre spirituel important avec une co-cathédrale, une mosquée et des églises évangéliques. C’est enfin un centre industriel et le centre économique d’un bassin rural regroupant environ 30 000 personnes. La ville abrite aussi pas mal de services publics importants comme un hôpital qui sera reconstruit et ouvert pour 2020 et propose une offre scolaire appréciable.

 

Si cette urbanité est logiquement liée au fait qu’elle a été dans le passé un siège épiscopal, on ne connaît pas très bien l’origine de la ville. Il semble qu’elle a émergé au début du bas-Empire romain sous la forme d’un Vicus. La découverte surprise de thermes d’assez grandes dimensions semble indiquer un vicus de grande taille. Son emplacement à équidistance des évêchés de Lyon, Vienne, Grenoble, Genève et Besançon sont peut être les raisons de l’érection du vicus en siège épiscopal durant le haut moyen-âge, vers 534.

 

L’érection d’un siège épiscopal aussi tardif peut nous interroger. Guichenon qui avait remarqué la disparition de la cité romaine de Nyon (en Suisse) avait fait l’hypothèse que la création d’un siège épiscopal était peut être dû à son transfert à Belley au VI e siècle. Cette hypothèse était d’autant plus plausible que l’évêché de Belley, avant le XIX e siècle, était suppléant  de celui de Besançon comme ceux de Lausanne et de Bâle. 

Situation de Belley dans le duché de Savoie au XV e siècle (carte E. Coux)

Situation de Belley dans le duché de Savoie au XV e siècle (carte E. Coux)

Si l’origine de la ville reste encore en grande partie à découvrir, nous ne connaissons pas grand-chose non plus sur son urbanisme. Les deux uniques documents sur lequel nous nous appuierons sont assez tardifs : le plus ancien est le dessin de Chastillon probablement daté de 1600 lors de l’invasion française menée par le roi Henri IV et le plus récent est une reproduction ou une création par Mr André Dallemagne d’un plan de Belley daté de 1754. Le premier cadastre est quand à lui, napoléonien.

 

Quelques documents iconographiques viennent appuyer ces documents : deux gravures, une de Belley représentant la Porte de l’Arc avant sa destruction (vers 1830) et une autre représentant l’entrée Nord de la cathédrale et une partie de la nef romane datée elle-aussi d’avant sa reconstruction en 1830. Enfin, une photo montrant dans la place des Terreaux, des maisons a arcades  qui avaient subsisté encore au début du XX e siècle.

 

Les documents écrits sont aussi minces. Le cartulaire de l’évêché de Belley, principal document pour la seigneurie épiscopale de Belley, a disparu. Je m’appuierai donc essentiellement du livre d’André Dallemagne sur l'histoire de Belley. Celui-ci a été maire de Belley de 1925 à 1943. Ses sources proviennent essentiellement des archives municipales de la ville.

 

Donc à partir de minces indices, du peu de fouilles archéologiques qui ont été effectuées sur le territoire de la ville, grâce aux vestiges existants, et par comparaison avec l’urbanisme des autres villes, nous essayerons d’élaborer une trame historique de l’urbanisme de Belley. 

Ville de Belley, Gravure datant du début du XVII e siècle (dessin de Chastillon)

Ville de Belley, Gravure datant du début du XVII e siècle (dessin de Chastillon)

1- Origine de la ville

Peu de personnes se sont lancées dans des hypothèses concernant l’urbanisme de la ville romaine tant les indices sont minces et contradictoires. Belley semble être à cette époque un carrefour vers des routes de seconde importance. Parmi ces routes, celle qui va de Belley à Izernore par Vieu (où il y avait aussi un Vicus), celle aussi qui passe par la cluse des Hôpitaux. La route principale, elle, semble longer le Rhône pour aller à Briord-Bursin (Anglefort où il existait probablement un Vicus). La ville de Belley devait probablement aussi être reliée à Yenne (Etanna) et Aoste au Sud. Néanmoins, à la différence d’Etanna, la ville n’est pas mentionnée dans la célèbre « Table de Peutinger », ce qui paraît étonnant pour une ville qui deviendra un siège épiscopal.

 

L’origine du diocèse de Belley ressemble aussi beaucoup à la majorité des diocèses alpins par son apparition tardive dans une ville qui est à l’origine un vicus (une ville juridiquement inférieure à une cité) et non une cité. C’est le cas de Saint-Jean-de-Maurienne fondé en même temps que l’évêché de Belley, mais aussi de Lausanne (fondé en 517), de Sion (au VI e siècle le siège du Valais est déplacé de Martigny à Sion) et de Moutiers (qui prend la place de la cité d’Axima/Aime) même si ce dernier est antérieur à la création du diocèse belleysan.

 

Bien que des vestiges d’un important établissement thermal d’époque romaine aient été découverts ces dernières années, la forme de la ville reste un grand mystère. Mr Bernard Kamisky, membre du bureau de la société savante de Belley, « le Bugey », s’est lancé dans une hypothèse à partir de la reconstitution du cadastre parcellaire romain de la région de Belley.

 

Pour lui, le « Cardo » et le « Decumanus » de l’ancien vicus de Belley seraient encore visible au travers des rues Saint Jean et des Barons qui en effet, se coupent en angle droit. La cathédrale où l’on a retrouvé des colonnes (en 1830 lors de la reconstruction de la cathédrale) qui proviendraient d’un ancien temple serait en effet au centre de ce dispositif . 

Magnifique ensemble de demeures du XV e et XVI e siècle dans la rue Saint Jean (photo E. Coux)

Magnifique ensemble de demeures du XV e et XVI e siècle dans la rue Saint Jean (photo E. Coux)

Pour lui, l’enceinte du plan de 1754 reproduit par André Dallemagne aurait une origine romaine. Cela est fort possible. L’enceinte de la ville de Suse, dont il reste d’importants vestiges a été construite au III e siècle, même si les murs sont dans la plupart des cas des reconstructions ultérieures. Il fonde son argumentation notamment sur le fait que Belley faisait partie d’un tractus de Sapaudia qui comprenaient les régions de Belley et de la cluse Chambérienne.

 

Peu de fouilles ont été réalisées dans la ville. La cathédrale a révélé quelques vestiges notamment quatre colonnes avec leur chapiteaux. Mais vu la date de ces découvertes, 1830 qui est la reconstruction de la cathédrale, les fouilles ont été très sommaires et aucun autre indice vient compléter cette découverte.

 

Des fouilles plus récentes ont été aussi faites lors de la construction de la Maison Saint Anthelme en 1930. Là aussi les résultats sont sommaires. Il faut attendre la fin du XX e siècle et le début du XXI e siècle pour voir de vrais fouilles archéologiques, mais réalisées dans des contextes de sauvetages lors de démolitions et reconstructions. 

 

De ce fait, à part les thermes romains, le plus ancien édifice de Belley connu est sa cathédrale. Sa partie la plus ancienne est la façade Nord de style gothique (probablement du XIII e siècle). Cette façade a été cependant fortement restaurée en 1830 lors de la reconstruction de la cathédrale (à comparer avec l’iconographie de 1830 représentant cette façade). La reconstruction de la cathédrale au XIXe siècle a surtout fait disparaître ses parties les plus anciennes, de style roman ou pré-roman. Elle n’a gardé que la façade Nord, comme nous venons de le voir mais aussi le chœur de style gothique flamboyant de la fin du XV e siècle.

 

L’existence de l’église paroissiale Saint Laurent, très proche de la cathédrale, qui a été démoli en 1830 nous fait suggérer l’existence d’un « groupe cathédrale » assez ancien. Nous supposons de ce fait, que la cathédrale s’est toujours trouvée près de l’église Saint Laurent.

 

Le vocable de l’église paroissiale, Saint Laurent, est un vocable qui nous interpelle. Il est souvent une marque d’ancienneté. Nous le retrouvons pour l’église extra-urbaine Est d’Aoste en Italie (en face du prieuré de Saint Ours) mais aussi à Grenoble, pour une église construite de l’autre côté de l’Isère. Nous le voyons aussi pour l’église extra-urbaine de Saint Laurent-de-Choulans à Lyon. Ces églises sont très anciennes puisqu’elles ont été fondées dans ces villes entre la fin de l’Empire romain et le début du haut moyen-âge.

 

Ce groupe cathédrale et cette ancienneté amènent à s'interroger sur l’existence d’églises extra-urbaines à Belley. Ces églises avaient été construites sur les nécropoles qui entouraient les villes. A l’époque romaine et pendant une grosse partie du haut moyen-âge, il était interdit d’enterrer les gens dans l’enceinte de la ville. Cette tradition chrétienne reprenait une tradition païenne romaine. 

La façade Nord du transept est la partie la plus ancienne de la cathédrale. Il y avait au dessus un des deux clochers de la cathédrale. (photo E. Coux)

La façade Nord du transept est la partie la plus ancienne de la cathédrale. Il y avait au dessus un des deux clochers de la cathédrale. (photo E. Coux)

Les églises et nécropoles extra-urbaines de Vienne et Lyon sont très bien connues. Elle permettent notamment de baliser la ville du haut-moyen-âge qui avait dans la plupart des cas une superficie réduite par rapport à la ville du haut Empire romain. Elles sont intéressantes car elle nous indiquent les limites des villes à cette époque. Parmi les églises extra-urbaines, il convient de citer les églises de Saint Victor et de la Madeleine à Genève. Mais aussi l’église et la nécropole des Plantée à Briord. Cette ville serait beaucoup plus comparable à Belley par sa taille et son statut juridique (Vicus) que les grandes cités de Vienne et de Lyon. Nous voyons donc que même dans les petites et moyennes villes, il existait des églises extra-urbaine . Avec le redimensionnement du Vicus de Briod en village au moyen-âge, l’église n’a pas survécut.

 

Le vicus de Vieu-en-Valromey peut être aussi intéressant pour notre étude. Nous remarquons que le centre actuel du Haut Valromey est la localité de Champagne-en-Valromey. Champagne vient directement du mot « campagne » et « champêtre », ce qui est une opposition à l’urbanité. Paul Guillemot dans sa monographie du Valromey évoque comme origine une famille de « Campana », famille qui aurait érigé l’arc de Campanus à Aix-les-bains sans autre fondement que la proximité entre Aix-les-bains et Vieu-en-Valromey. Je trouve cela un peu léger même si il ne faut pas pour autant écarter cette hypothèse.

 

La position de Champagne en Valromey très proche de Vieu-en-Valromey pourrait indiquer que cette localité aurait pu se créer à partir du Vicus de Vieu-en-Valromey et probablement autour d’une église extra-urbaine de la localité de Vieu. L’église contrairement à celle de Briord aurait connu une meilleure destinée puisqu’elle serait devenue un prieuré de chanoines de Saint Augustin.

 

La basilique funéraire du moyen-âge qui a été retrouvée dans les environ de Seyssel aurait pu aussi être une limite à l’emporium de Condate . Avec la disparition de ce comptoir elle s’est transformée en simple chapelle. Elle était néanmoins l’objet d’un culte de la part des mariniers. Il est curieux de voir que ceux-ci sont peut être les fondateurs du couvent des ermites-de-Saint-Augustin de la ville au XIV e siècle , situé lui-aussi à la limite de la ville médiévale de Seyssel.

 

Plus proche de Belley, il semble aussi que le prieuré d’Anglefort ait été construit sur les restes d’une église extra-urbaine du vicus situé près de l’actuel hameau de Bursin . L’emplacement de ce prieuré avant qu’il ne soit déplacé au XVIII e siècle nous donne peut être une des limites de l’ancien vicus qui était près du hameau de Bursin. 

église Saint-Laurent en face du prieuré Saint Ours à Aoste (Italie). c'était une ancienne église extra-urbaine (photo E. Coux)

église Saint-Laurent en face du prieuré Saint Ours à Aoste (Italie). c'était une ancienne église extra-urbaine (photo E. Coux)

Pour Belley, aucune église extra urbaine n’a été retrouvée à ce jour. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu. Seulement il n’y en a aucune trace ni dans la documentation, ni dans les vestiges.

 

Un indice peut cependant nous interpeller, l’existence d’un cimetière près de la Porte de Saint Jean (Porte Sud de Belley). Ce cimetière qui paraît récent est peut être issu du déplacement d’un ancien cimetière très voisin qui se serait situé hors des murs de la ville. Si cette hypothèse se vérifiait, cela voudrait dire que l’hypothèse de Mr Kaminsky du tracé de l’enceinte datant du III e siècle a des chances d’être juste.  

 

Belley ne semble pas non plus posséder de prieuré bénédictin ou de chanoines-de-Saint-Augustin comme les autres sièges épiscopaux au début du bas-moyen-âge. En effet, c’est à cette époque que sont à la fois transformée les églises extra-urbaines en abbayes ou prieurés urbains. L’église Saint-Pierre-hors-les-murs à Vienne devient assez tôt une abbaye. Quand à l’église de Saint Victor à Genève fondée au VI e siècle, elle est donnée aux clunisiens qui y fondent un prieuré au XI e siècle.

 

D’autres prieurés sont fondés dans les cités épiscopales sans liens apparents avec les anciennes églises extra-urbaines comme le prieuré de chanoines-de-Saint-Augustin de Saint Maire à Lausanne (Lausanne était à l’époque romaine un simple vicus). A Aoste en Italie, plusieurs prieurés sont fondés : celui de Saint Ours près de l’église extra-urbaine de Saint Laurent, mais aussi les prieurés de Saint Jacquême et de Sainte Catherine à l’intérieur des murailles romaines mais dans des zones qui semblent avoir été désertées au bas-empire ou pendant le haut-moyen-âge.

 

A Lyon, l’abbaye Saint Martin d’Ainay a été fondée près de l’église extra-urbaine de Saint-Michel-d’Ainay fondée au VI e siècle. A Moutiers, nous avons trois prieurés qui sont fondés, un prieuré Saint Michel, lié à l’abbaye de Saint-Michel-de-la-Cluse, un prieuré clunisien et un autre de chanoines-de-Saint-Augustin.

 

Ces prieurés sont intéressants dans la mesure où les établissements importants révèlent l’existence de faubourgs économiquement dynamiques. C’est le cas à Aoste en Italie actuelle avec le prieuré de Saint Ours dans le faubourg du même nom qui est l’établissement ecclésiastique le plus riche et le plus dynamique après la cathédrale. C’est aussi le cas avec le prieuré clunisien de Saint Victor à Genève près du faubourg de Bourg-le-Four, faubourg qui est la première extension de la ville de Genève ; extension qui accueillera aussi les premières foires de la ville au XII et XIII e siècle.

 

Mais, pendant une grande partie du moyen-âge et jusqu’au milieu du XV e siècle, la cité de Belley ne semble pas avoir eu d’autre établissement ecclésiastique que le groupe cathédrale. Il n’y en a du moins aucune trace, ni dans les vestiges, ni dans les documents. Peut être trouverons nous dans le futur des vestiges d’églises paléochrétiennes extra-urbaines à Belley ? Mais pour l’instant, dans l’espace savoyard cela place le siège épiscopal de Belley au même rang que celui de Saint-Jean-de-Maurienne qui au moyen-âge, n’a pas non plus de prieuré, n’abrite pas d’Ordre hospitalier ou guerrier, ni de couvent mendiant.

 

Cela renforce l’idée d’une ville primitive regroupée autours de sa cathédrale. L’enclos de la cathédral avec le palais épiscopal jouait dans les cités où le seigneur était l’évêque, un espace public privilégié comme nous pouvons le voir dans la ville de Worms. Dans cette ville, l’espace intérieur de la cathédrale servait de lieu de rassemblement et de réunions. Le portail de la cathédrale était le lieu privilégié de passation pour la passation d’actes juridiques.

 

A Belley, le portail Nord de la cathédrale semble avoir été l’entrée principale de cette église. Ce portail construit probablement au XIII e siècle (de style gothique) est le monument public le plus ancien de la ville encore existant, même si il a été fortement rénové au XIX e siècle. Ce portail est en outre en face du palais épiscopal, autre lieu emblématique du pouvoir de l’évêque.

 

D’autant que le premier hôpital de la ville semble avoir été créé près de cette cathédrale avant de migrer dans le faubourg des Terreaux en 1342 où une chapelle est construite à cet endroit pour l’hôpital. Remarquons que cet hôpital est l’ancêtre de l’hôpital actuel de la ville qui sera transféré au XVIII e siècle un peu plus loin mais toujours près du faubourg des Terreaux.

 

Le déplacement de cet hôpital peut nous renseigner sur une mutation profonde de l’urbanisme. Celui de l’essor de la Grande Rue et de la formation du principal faubourg de la ville, le faubourg des Terreaux.

L’essor de la Grande Rue comme voie principale de la ville

Peut être que la grande rue semble devenir le principal axe de la ville dès le XII e siècle ? Il correspond tout à fait au tracé Est-Ouest de la route commerciale qui allait de Gênes aux foires de Champagne en passant par le col du Mont-Cenis. Cet axe était cependant perpendiculaire à l’axe principal de la ville romaine qui suivait le Rhône (évidemment si on prend comme hypothèse un vicus sur une route entre Aoste (Isère) et Seyssel). 

Routes commerciales principales dans le comté de Savoie à la fin du XIII e siècle avec la position de Belley (carte E. Coux)

Routes commerciales principales dans le comté de Savoie à la fin du XIII e siècle avec la position de Belley (carte E. Coux)

Cependant cette route créée au XIIe siècle semblait passer jusqu’en 1285 principalement par Lyon et donc éviter l’actuel département de l’Ain. Peut être existait il déjà un raccourci. Le changement semble arriver à cette date lorsque Humbert de la-Tour-du-Pin hérita du Dauphiné et refusa l’hommage au comte de Savoie. Le passage par la localité de la Tour-du-Pin devint difficile. La route passant par la Cluse des Hôpitaux devint de ce fait une alternative intéressante à la route passant par Lyon et un raccourci.

 

Plusieurs indices montrent l’essor de cette route et son importance pour le comte de Savoie à cette période. Le premier est l’acte de pariage avec l’Abbaye d’Ambronay fait entre l’abbé de cette abbaye et le comte de Savoie en 1282 ; acte qui sera renouvelé en 1285 avec son successeur. Le deuxième indice est l’accord de franchises à la ville de Saint-Rambert-en-Bugey en 1288 par le comte Amédée V de Savoie.

 

Le troisième indice serait la création par les templiers d’une commanderie ou Maison à Tenay dans la cluse des Hôpitaux à la fin du XIII e siècle. Cette commanderie semble avoir été créée par celle de Lyon ou de Vaulx-Milieu qui était sur l’axe de l’actuelle RN6, l’ancienne voie romaine entre Chambéry et Lyon. Cette création apparaît donc comme une adaptation à un changement d’itinéraire

 

A Belley, le comte de Savoie achète la maison-forte de l’Arc en 1289 ; maison-forte qui permet de contrôler à la fois la Porte de l’Arc et la Grande-rue (je remercie Cédric Mottier qui a eu l’amabilité de me communiquer ses recherches sur cette maison forte ; recherches qui seront publiées d’ici peu). Cette maison forte, visible sur la gravure de Chastillon (L) a été révélée grâce aux fouilles archéologiques de 2017 à l’emplacement de l’école de la Vieille porte. La gravure de Chastillon montre un bâtiment réellement imposant qui a probablement été reconstruit par les comtes de Savoie après 1290. C’est à dans cette maison que s’installeront au début du XVII e siècle les visitandines. 

Photo du chantier de fouilles. Mur du couvent des visitandines et une partie de la Maison-forte de l'Arc (photo E. Coux)

Photo du chantier de fouilles. Mur du couvent des visitandines et une partie de la Maison-forte de l'Arc (photo E. Coux)

En 1290, le comte de Savoie fixa les limites de la châtellenie/bailliage de Rossillon avec la terre de l’évêque de Belley . Il se pourrait que ce la fixation de cette limite soit en rapport avec l’achat de cette maison-forte intra-muros de Belley.

 

L’existence d’une maison-forte ou d’un château comtal dans une ville épiscopale n’est pas une exception. Les comtes de Savoie possèdent depuis 1263 la tour du Bailli dans la ville épiscopale d’Aoste. Ils possèdent aussi depuis 1287 le château de l’île à Genève qui est une forteresse très stratégique sur le pont entre les deux rives du Rhône.

 

Néanmoins cette maison-forte est inféodée vers 1350 à la famille de Châtillon par le comte de Savoie. Cette famille reconnaît la tenir du comte en 1357 (je remercie Thierry Faure David-Nillet pour ces informations). La Maison de Savoie qui cherche à réduire ses dépenses se débarrasse de ses châteaux et Maisons fortes qui n’ont plus d’utilité par des inféodations/ventes/ou remboursements de dettes. L’inféodation de cette Maison forte se fait après le traité de Paix de 1355 avec le roi de France qui était devenu depuis 1349 Dauphin du Viennois. Cette inféodation montre aussi que le comte de Savoie est en bon terme avec l’évêque de Belley. 

 

Du vicus romain à la sous-préfecture, évolution de l'urbanisme d'une ville épiscopale : Belley

Le transfert de l’hôpital dans l’actuel faubourg des Terreau fait donc échos à la construction de la Maison-forte du Comte de Savoie et au développement de la Grande Rue qui semble devenir le centre économique et réel de Belley entre 1289 et 1342. Cette période est celle d’une expansion économique jusqu’au début du XIV e siècle et aussi démographique jusqu’en 1348 (la peste noire va entraîner une période de déclin démographique jusqu’à la fin du XV e siècle).

 

Nous pouvons nous poser des questions sur le lien entre ces édifices (la Maison forte comtale et l’hôpital) et l’enceinte puisque ces deux édifices se trouveront à proximité des deux portes les plus importantes de la ville. La construction d’une chapelle pour l’hôpital montre le besoin d’avoir un lieu de culte. Il se peut que ce besoin soit lié au fait à l’impossibilité d’accéder à un lieu de culte lorsque les portes de la ville étaient closes. 

migration de l'hôpital de Belley au cours des siècles et carte de la ville de Belley (carte E. Coux)

migration de l'hôpital de Belley au cours des siècles et carte de la ville de Belley (carte E. Coux)

Les murailles de la ville

D’autres informations pour cette période nous indiquent qu’un incendie aurait ravagé la ville en 1385 et que peu après, le comte rouge aurait ordonné de construire ou reconstruire les murailles de la ville. Quel a été l’impacte de l’incendie ? Si la muraille est encore visible à certains endroits (rue du mail et en face de la crèche les petits loups), les fouilles archéologiques menées en 2017 sous l’ancienne école de la vieille porte ont révélé son absence à cet endroit. 

 

Nous savons que la construction des fortifications urbaines étaient liée au danger. Le coût élevé de leur construction faisait rechigner les bourgeois à les financer surtout lorsque les dangers s’écartaient.

 

Les modalités de la construction d’une enceinte sont assez difficiles à saisir. Si il nous paraît évident qu’elles ont été construite face à un danger extérieur, il peut aussi y avoir d’autres raisons qui sont sont plus discrètes dans l’historiographie notamment liées au contrôle de la population et à des raisons de politiques internes.

 

Sur les dangers extérieurs, le comté de Savoie est en guerre contre le Dauphiné entre 1285 et 1355. Néanmoins Belley apparaît comme une base arrière très loin du front même si l’armée su comte s’y réunit avant d’attaquer le château de Saint Germain d’Ambérieu le 22 juillet 1321. L’historien Alain Kersuzan se demande même la raison d’une convocation aussi loin de l’objectif. Il se peut qu’en plus de désorienter l’adversaire, le comte avait besoin d’être dans un lieu sûr pour ses préparatifs.

 

Même si la guerre se termine en 1355, la guerre de cent ans, qui a opposé la France et l’Angleterre va mettre sur les chemin de l’Europe, des bandes de soldats professionnels qui hors de période de guerre ou d’engagement se livrent à toute sorte de pillage. C’est pour contrer cette menace que le comte vert décide en 1371 la construction d’une muraille à Chambéry. Cependant sa construction ne va pas de soi et est souvent interrompue faut d’argent. Elle sera terminée seulement en 1444. Il faut aussi probablement voir dans les interruption de chantier des oppositions politiques.

 

Cette muraille à Chambéry est une seconde enceinte plus large que la première qui prend en compte l’agrandissement de la ville suite à sa croissance démographique. Un agrandissement de l’enceinte urbaine est aussi visible dans plusieurs autres villes notamment à Genève avec la construction de l’enceinte dite de Marcossey entre 1364 et 1376. Cette enceinte est surtout la rationalisation de petit bout d’enceintes qui se sont ajoutées à celle initiale tardo-romaine au long des siècles. Mais à Genève elle semble être la manifestation de la puissance d’un évêque ou une tentative de reprise de contrôle sur cette ville face au comte de Savoie.

 

C’est à la même époque (1365) que l’évêque refuse la création d’une université dans cette ville par le comte de Savoie et l’Empereur Charles IV. C’est aussi une époque de tension puisque le comte de Savoie installe sa cour à Ripaille près de Thonon et du lac Léman.

 

Dans ce cadre, la date de 1385 pour la construction des murailles est très plausible. Il se peut que ce soit un agrandissement ou une reconstruction en pierre. Mais à Belley, c’est le comte Rouge qui ordonne la construction de cette muraille dans une probable affirmation d’autorité face à l’évêque. 

Reste de la muraille de Belley (photo E. Coux)

Reste de la muraille de Belley (photo E. Coux)

2 -Le couvent des Cordeliers fondé par le duc de Savoie (XV e siècle)

La mise en place du premier couvent de la ville, le couvent des Cordeliers permet à la fois de faire un état des lieux de Belley au milieu du XV e siècle et de comprendre son évolution ultérieure.

 

La crise économique du début du XIV e siècle, la guerre de cent-ans et la grande peste de 1348 allaient impacter le sort des foires de Champagne qui sont transportées d’abord à Chalon-sur-Saône puis Genève en 1390.

 

Le transport des foires à Genève a peut être eu comme conséquence de modifier l’axe principal de la ville de 45° vers un axe Sud-Nord, sur la route de Valence à Genève. Localement, cela se traduit par le développement de l’itinéraire qui passait soit par la Rue Saint Jean, puis rue des Cordeliers et enfin la porte de Lyon ou soit par celui qui contourne le centre ville par la Rue Saint Martin et la place des Terreaux. Nous comprenons alors d’un point de vue économique la fondation du couvent des franciscains dans la rue des cordeliers en 1448.

 

Cependant, son implantation à l’intérieure de la ville est assez inhabituelle pour un couvent mendiant. D’habitude, ceux-ci se situent à l’extérieur des murs de la ville. Cette situation révèle en réalité une crise politique entre le duc de Savoie Louis et son père Amédée VIII, qui est jusqu’en 1449, Pape sous le nom de Félix V. L’évêque de Belley Pierre de Bolomier avait été son chapelain et un fervent partisan du concile de Bâle et du Pape Félix V.

 

Cette situation s’illustre par la demande d’autorisation pour fonder ce couvent. Celle-ci a été adressée au pape concurrent, Nicolas V en 1448. C’était une prise de position claire de la part du duc de Savoie qui s’opposait à son père, le Pape Félix V. De ce fait, ce couvent allait donc se construire en rivalité à la cathédrale de la ville.

 

Il y avait en outre une autre difficulté concernant le prélat de Belley et le duc Louis. Ce dernier avait fait arrêter et condamner à mort le frère de l’évêque, le chancelier de Savoie Guillaume de Bolomier en 1446. Ce qui confirme que le couvent à Belley avait pour but d’affirmer la suzeraineté du duc de Savoie dans une ville normalement indépendante puisque c’était une principauté d’Empire depuis 1174. 

couvent des cordeliers de Belley (photo E. Coux)

couvent des cordeliers de Belley (photo E. Coux)

Ce titre pouvait servir l’évêque de Belley et devenir très gênant pour le duc de Savoie, d’autant plus que ce dernier combattait déjà sur deux fronts : contre la ville de Fribourg, (guerre qui fut gagnée par la Savoie. Fribourg fut même annexée en 1452.) et pour récupérer l’héritage milanais de Philippe-Marie Visconti. Par contre, là il fut moins chanceux puisqu’il fut battu par le condottiere Francesco Sforza qui devint le nouveau duc de Milan.

 

Il se pourrait aussi que le couvent de Belley ait été conçu aussi pour devenir un pied à terre du souverain dans cette ville comme l’étaient les couvents franciscains de Genève, Nyons, Fribourg et Lausanne.

 

Nous pouvons donc faire un parallèle, mais à une moindre échelle, avec le couvent franciscain de Genève. Celui-ci était devenu depuis 1446, avec l’adjonction de l’hôtel voisin confisqué à Guillaume Bolomier, le palais du duc de Savoie. Il pouvait de ce fait exhiber sa piété au monde entier (lui et sa femme étaient tertiaires franciscains) mais surtout gouverner ses états à partir d’une ville qui était devenue depuis peu le moteur économique du duché grâce à ses foires.

 

Le conflit qui se déroula à Belley entre le duc de Savoie et l’évêque de la ville était cependant plus lié à une sorte de coup d’état interne au duché de Savoie ou à une sorte de guerre civile qu’à une tentative pour le duc de Savoie de prendre possession du siège épiscopal. Belley avait toujours été un siège épiscopal docile vis à vis de la Maison de Savoie (à part quelques épisodes comme celui d’Anthelme de Belley). 

 

Le clan Bolomier a été réellement puissant. Guillaume avait été chancelier, Antoine, trésorier général, c’est à dire ministre des finances. Ils avaient aussi des appuis à l’extérieur du duché de Savoie et notamment en France, ce qui risquait de donner un fabuleux prétexte d’ingérence pour le roi de France. Ce risque était réel et le duc de Savoie allait être justement confronté à ce problème après avoir condamné des grands féodaux en 1451. 

 

Il ne faut pas oublier non plus que tout le clergé de Savoie avait pris part au concile de Bâle sous la direction d’Amédée VIII. Son chapelain Pierre de Bolomier était donc le représentant de cet ancien ordre des choses et pouvait aussi être soutenu par une très grosse partie du clergé de Savoie.

La rue des cordeliers était autrefois plus large puisqu'elle touchait le mur d'enceinte. C'est aujourd'hui une rue typique mais très méconnue (photo E. Coux)

La rue des cordeliers était autrefois plus large puisqu'elle touchait le mur d'enceinte. C'est aujourd'hui une rue typique mais très méconnue (photo E. Coux)

Interrogeons nous maintenant sur la place du couvent de Belley dans la ville. Celui-ci s’était positionné dans un endroit qui semblait désert. Ce qui peut surprendre car la ville médiévale n’était pas très grande. Elle avait en tout quatre rues intra-muros : la grande Rue, la rue Saint-Jean, la rue des Cordeliers et la rue des Barons (qui menait à la porte de Billignin). Cette dernière rue ainsi que la Porte sera ensuite condamnée par les franciscains qui voulaient faire de leur terrain un seul tenant.

 

Ce vaste espace vide semblait en réalité séparer deux ensembles biens distincts de la ville : un ensemble plutôt ecclésiastique avec la cathédrale, l’église Saint Laurent, le palais épiscopal, le cloître de la cathédrale, le chapitre, les maisons des chanoines et probablement les maisons du personnel gravitant autour des ecclésiastiques. Il faudrait même inclure dans cet ensemble le faubourg Saint-Jean hors de la porte de Savoie.

 

L’autre ensemble de la ville que j’appellerai « bourgeois » concernait plutôt les activités commerciales et économiques de la ville. Celles-ci se concentrent plutôt dans la grande Rue et dans le faubourg des Terreaux avec une séparation entre le bas du haut de la grande Rue. La partie basse de la rue était le quartier pauvre de la ville, c’était aussi là où se concentrait les égouts de la ville et elle était réservées aux activités malodorantes comme les bouchers, les tanneurs ou l’artisanat pauvre.

 

La partie haute de la rue était par contre la partie prestigieuse de la ville. C’est dans la partie haute de la grande rue que se trouvaient les halles (entre la maison du bailliage et la tour-porte de la ville). C’est donc naturellement dans cette partie de la rue que se trouveront le siège du Bailliage du Bugey et le siège de la commune situé dans la tour-porte de Lyon donnant sur la place des Terreaux actuelles.

 

Le couvent des cordelier se situait donc sur une rue qui reliait l’ensemble ecclésiastique de la ville à la partie haute de la Grande Rue et à l’adjacent faubourg des Terreaux. C’était donc un site très stratégique que le duc de Savoie avait choisit. L’église des cordeliers de Belley devint l’église la plus proche du quartier le plus riche et dynamique de la ville. Cette église pouvait donc devenir la préférée des bourgeois de Belley et faire directement concurrence à la cathédrale.

 

Le duc de Savoie pouvait surtout compter sur ces moines mendiants qui avaient principalement un rôle d’encadrement de la population urbaine. Les franciscains pouvaient rappeler à souhait dans leurs prières et leurs prêches publiques, la générosité et la dévotion des ducs de Savoie ainsi que l’importance de l’obéissance à son souverain.

 

De plus, financer l’ornement du couvent ou se construire des chapelles dans le couvent était une des façons, pour les familles nobles ou bourgeoises de montrer à tous leur puissance et leur richesse. Cela avait aussi comme conséquence de fidéliser les familles les plus influentes de la cité. 

Les halles primitives se trouvaient entre la tour-porte et la Maison du bailliage sur la grande rue, donc à proximité aussi du couvent des cordeliers (photo E. Coux)

Les halles primitives se trouvaient entre la tour-porte et la Maison du bailliage sur la grande rue, donc à proximité aussi du couvent des cordeliers (photo E. Coux)

3- La Maison du bailliage

C’est donc dans le sillage du couvent des cordeliers, et géographiquement le plus proche possible du couvent tout en ayant une façade sur la grande rue que fut construit le siège du Bailliage du Bugey.

 

Le déplacement des foires à Lyon en 1465 allait de nouveau favoriser la grande rue et c’est naturellement sur cette rue qu’allait se positionner la Maison du bailliage ; Maison qui sera l’expression du chef lieu du bailliage savoyard du Bugey.

 

Le bailliage était une grande circonscription territoriale du duché de Savoie ; une subdivision administrative de ce duché. Au milieu du XV e siècle, le duché comptait 13 bailliages : il y avait celui de Bresse, celui de Valbonne, celui de Gex, celui du Bugey, celui de Montmélian, celui du Genevois, celui du Faucigny, celui du Chablais, celui de Vaud, celui du Val d’Aoste, celui du Canavais, celui du Piémont et celui des Terres neuves de Provence.

 

Le bailliage du Bugey correspondait au Bugey actuel plus l’avant-Pays Savoyard. C’était donc un grand territoire et il était subdivisé en châtellenies, circonscriptions territoriales de moindre importance de la taille d’un canton.

 

Le siège du Bailliage avait plusieurs fonctions : c’était un centre administratif, financier et judiciaire. Il y avait donc aussi des prisons et une chapelle. 

l'office du tourisme actuel est à la place de l'ancien siège de bailliage (photo E. Coux)

l'office du tourisme actuel est à la place de l'ancien siège de bailliage (photo E. Coux)

Cependant, au XV e siècle, le centre du bailliage du Bugey n’était pas encore transféré à Belley. Il se trouvait encore à Rossillon. Le bailliage avait encore à la fin du moyen-âge, une grosse fonction militaire. C’était avant tout une fortification. Si il ne reste rien du château de Rossillon, nous pouvons nous donner une idée de ce qu’était le château d’un bailliage avec le château de Chillon dans le Pays de Vaud qui était le centre du bailliage du Chablais.

 

Mais, dès la fin du moyen-âge, la modernisation des états et le développement de l’artillerie allaient redéfinir l’aspect des centres administratifs qui allaient se confondre avec les centres économiques et religieux.

 

Le duché de Savoie, comme tous les états modernes allait accompagner ces mutations. C’est pourquoi nous voyons les ducs de Savoie essayer, dès la seconde moitié du XV e siècle, de créer un siège épiscopal à Chambéry, capitale de leur état. Ils y arriveront momentanément puisque Chambéry ainsi que Bourg-en-Bresse, centre du bailliage de la Bresse deviennent éphémèrement des évêchés entre 1515 et 1516 (puis de nouveau entre 1521 et 1534 pour Bourg-en-Bresse).

 

Dans le même temps en 1517, le duc de Savoie essaie de transférer le siège de son bailliage de Vaud de Moudon à Lausanne, ville plus dynamique économiquement que Moudon et déjà un siège épiscopal important. Malheureusement, ce transfert échoua de la même façon que l’érection de siège épiscopaux à Chambéry et à Bourg-en-Bresse,

 

C’est donc dans cette optique qu’il faut voir le transfert du siège du bailliage de Rossillon à Belley probablement en 1560 (après l’occupation française entre 1536 et 1559), peut être en même temps que le transfert de la capitale de la Savoie de Chambéry à Turin, dans le cadre d’une réorganisation générale du duché. Le choix de Turin entre dans les mêmes critères que la volonté de transfert du siège de bailliage de Vaud de Moudon à Lausanne ; cette ville est en effet un siège archiépiscopal et la ville la plus peuplée du duché à cette époque, donc bien plus dynamique que Chambéry qui en plus a échoué à avoir son propre siège épiscopal.

 

La ville de Belley est aussi un siège épiscopal et un centre économique bien plus important que Rossillon. Il y a peut être eu de la part du duc de Savoie la volonté d’en faire un centre économique plus important. Si ce projet a existé, il s’arrêta après l’annexion du Bugey à la France. Le passage par Pont-de-Beauvoisin, évitant Belley, sera privilégié dès 1650-1660 pour la route venant d’Italie et allant à Lyon.

 

Le siège du bailliage dans la Grande rue deviendra rapidement, après sa création, le nouveau centre de la ville de Belley. Il est incroyable de voir que la maison du Bailliage (actuellement office du tourisme) est à équidistance des trois nouveaux couvents qui allaient être fondés dans cette ville au début du XVII e siècle, les visitandines dans la grande rue au niveau de la Porte de l’Arc (Porte Est de la ville), les Capucins au-delà du mail et du faubourg des Terreau et le couvent des Ursulines, rue Saint Martin.

 

Quelques mots sur l’implantation géographique de ces couvents ; géographie qui semble refléter leur orientation politique. Les couvents des visitandines et des Dames de Bons sont des couvents voulus par l’évêque de Belley. Mgr le Camus a été un ami de Saint François de Sales et il favorise l’arrivée des sœurs de la Visitation. Son successeur Mgr Passelaigue va lui faire transférer les sœurs de Bons de Chazey-Bons où elles avaient primitivement leur couvent à Belley dans la Grande Rue. 

Emplacement des établissements religieux de Belley jusqu'à la fin du XVIII e siècle (ne sont pas mentionnés les religieux qui tiennent les écoles au XVIII e siècle)(carte E. Coux)

Emplacement des établissements religieux de Belley jusqu'à la fin du XVIII e siècle (ne sont pas mentionnés les religieux qui tiennent les écoles au XVIII e siècle)(carte E. Coux)

A l’inverse, il ne semble pas que les évêques de Belley aient favorisé l’établissement de Capucins et d’Ursulines. Mgr le Camus a été l’auteur de deux ouvrages consacrés à décrédibiliser l’action et l’Ordre des capucins. Ces ouvrages eurent un certain retentissement à l’époque et furent à l’origine d’autres livres répondants à Mgr Le Camus.

 

Les ursulines étaient semble-t-il, très liées aux capucins et elles ont eu du mal à faire émerger leur couvent. Ces deux derniers couvents étaient contrairement au deux précédents, loin de la cathédrale et hors des murs de la ville, critères qui avaient des significations évidentes pour l’époque.

 

Il semble donc que le bas de la grande rue de Belley ait fait partie des possessions de l’évêque et de sa zone d’influence d’où sa volonté de fonder à cet endroit qui n’est pourtant pas très commodes à cause des odeurs (c’est le quartiers des bouchers et des tanneurs) et de la pauvreté du quartier, deux couvents de sœurs. C’est pourquoi l’évêque tentera aussi au début du XVIII e siècle, d’y transférer les halles de la ville. Ce projet échouera à cause de l’opposition de la municipalité et de l’intendance royale. Ce fut la dernière tentative que l’évêque fit pour affirmer son pouvoir sur la ville.. 

Belley possède un couvent d'Ursuline remarquablement conservé. Il est malheureusement en danger (Photo E. Coux)

Belley possède un couvent d'Ursuline remarquablement conservé. Il est malheureusement en danger (Photo E. Coux)

4- Rénovation de la cathédrale par l’évêque Jean de Varax

C’est pourtant au milieu du XV e siècle que l’on voit pour la première fois dans un temps très court entre 1461 et 1462, les pouvoirs du bailli et de l’évêque au sein d’une même famille, les Varax. Gaspard de Varax deviendra grand bailli du Bugey de 1456 à 1462 et Guillaume de Varax évêque de Belley de 1461 à 1462 avant que la famille ne soit disgraciée et qu’un membre de la famille, le chambellan, Jean de Varax, commandeur de l’Aumusse ne soit assassiné.

 

L’ascension rapide de la famille de Varax qui cumulent en très peu d’années quasiment toutes les charges (Chambellan, marechal, grand bailli du Bugey, évêques de Belley et de Lausanne, etc.) et dont les fiefs sont élevés au rang de comté (pour Varax) et de marquisat (pour Saint Sorlin) est à mettre en parallèle avec leur chute brutale en 1462.

 

Cette année, l’évêque de Belley Guillaume de Varax ne peut se transférer au siège de Lausanne et donc ne peut pas transmettre son siège à son petit neveu Jean de Varax. Ce dernier devra attendre 1467 pour accéder à ce siège. Cette famille ne faisant plus partie des favoris, on reprocha de tout à Jean de Varax, surtout sa bâtardise.

 

L’action politique de l’évêque Jean de Varax a été visible deux fois. Une première fois en 1478 où il organise en tant qu’abbé de Saint-Michel-de-la-Cluse dans le Val de Suse, un chapitre général de cet Ordre. Ce sera le dernier véritable chapitre général de cette abbaye qui possédaient plus d’une cinquantaine de prieurés disséminés entre la Catalogne et l’Italie. L’époque était aussi assez critique pour le duché de Savoie qui venait de perdre la guerre contre Berne et le Valais en 1476 dans le cadre des guerres de Bourgogne. C’est aussi l’année de la disparition de la régente Yolande de Valois et du commencement du malheureux règne de Philibert 1er.

 

Nous retrouvons ensuite Jean de Varax en 1485 dans une mission diplomatique à Rome envers l’ancienne reine de Chypre, Charlotte de Lusignan. Celle-ci céda au duc de Savoie Charles 1er le trône de Chypre et Jérusalem. Mais ce trône était « in partibus », puisqu’en réalité, c’était les vénitiens qui le possédaient. La Savoie a cette époque va beaucoup mieux et est dirigée par un duc dynamique.

 

L’envoie de Jean de Varax en mission diplomatique semble directement lié aux affaires de sa famille avant leur disgrâce de 1462. A cette époque, il semble que le sujet principal ait été la reconquête de chypre pour le roi Louis de Savoie et sa femme Charlotte de Lusignan. Il se pourrait que des liens aient été créés entre les Varax et la reine déchue.

 

Mais l’action la plus spectaculaire de Jean de Varax va être la reconstruction de l’abside de la cathédrale de Belley. Cette reconstruction n’était pourtant que le prélude à la reconstruction entière de la cathédrale. Mais les manques de moyens et l’opposition du chapitre firent traîner les travaux en longueur puisque les travaux se terminèrent seulement sous l’épiscopat de Claude d’Estavayer après 1504. 

La monumentale abside de la cathédrale construite par l'évêque Jean de Varax (photo E. Coux)

La monumentale abside de la cathédrale construite par l'évêque Jean de Varax (photo E. Coux)

Jean de Varax aurait aussi refait le palais épiscopal. On ne sait pas grand-chose de cela. Était-ce une restauration ou une reconstruction complète ? Le plan levé en 1764 avant sa reconstruction par l’évêque Cortois de Qunicey montre les murs épais d’une tour qui ne peut qu’être antérieure à la reconstruction de Jean de Varax. De ce fait, il semble que cette « reconstruction » n’ait touché en réalité que le corps de logis ou une partie de celui-ci.

 

Il reste de son œuvre qu’un blason qui a été réemployé dans le mur du jardin de l’évêché. Les reconstructions de l’évêque Courtois de Quincey au XVIII e siècle ont fait disparaître toute trace du bâti ancien.

 

Cette reconfiguration de la cathédrale et aussi du palais épiscopal est intéressante pour au moins deux motifs. Elle se déroule pendant une période où le duc de Savoie transforme la fonction de la ville ; époque entre la fondation du couvent des cordeliers et la construction de la Maison du bailliage. Cela ressemble donc à une forme de résistance en créant des édifices plus imposants dans le paysage.

 

En effet, la fin du XV e siècle et le début du XVI e siècle est une période de construction ou d’agrandissement de grandes églises. C’est une période où les oppositions politiques semblent se manifester par la construction d’édifices religieux gigantesques dans une concurrence des dimensions et du luxe. 

La cathédrale de Turin est de la même époque que les restaurations de la cathédrale de Belley. Elle diffère pourtant par son style, qui est déjà renaissance, même si on trouve encore des éléments gothiques (photo E. Coux)

La cathédrale de Turin est de la même époque que les restaurations de la cathédrale de Belley. Elle diffère pourtant par son style, qui est déjà renaissance, même si on trouve encore des éléments gothiques (photo E. Coux)

L’ exemple le plus connu est l’église conventuelle de Brou à Bourg-en-Bresse construite par la duchesse douairière Marguerite d’Autriche. Cette église d’ermites-de-Saint-Augustin semble avoir été conçue pour répondre à la gigantesque église des carmes à la Rochette (73) construite par la famille de Seyssel-la Chambre.

 

Dans le Piémont la duchesse douairière Blanche de Montferrat avait fait reconstruire la cathédrale de Turin. C’est pourtant une petite église face à celle qu’a fait reconstruire à la même époque un de ses opposants politiques, le marquis de Saluces dans la ville homonyme. Il réussira d’ailleurs à créer un nouveau diocèse en enlevant des territoires à celui de Turin.

 

L’évêque bugiste de Lausanne, Aymon de Montfalcon faisait lui-aussi agrandir sa cathédrale pour en faire l’église la plus grande de la région. Cela avait le même but que pour le siège épiscopal de Belley, c’est à dire affirmer son poids politique. Il était aussi partisan du clan des Seyssel-la-Chambre et dans l’opposition à celui des duchesses douairières Blanche de Montferrat et Marguerite d’Autriche. C’était simplement le clan partisan de l’alliance française contre le clan partisan de l’alliance des Sforza de Milan puis des Habsbourg. Il se peut que l’évêque de Belley ait été partisan du clan de l’alliance française. Le passage de l’évêché de Belley dans les mains du cardinal Philippe de la Chambre puis de son neveu Antoine peut nous interroger sur cette alliance. 

Portail d'Aymon de Montfalcon-Flaxieu à Lausanne. (photo E. Coux)

Portail d'Aymon de Montfalcon-Flaxieu à Lausanne. (photo E. Coux)

Mais l’édifice qui semble avoir influencé l’architecte de la cathédrale de Belley est l’église des franciscains de Chambéry, construite par les bourgeois de la ville à partir de 1430 de façon à affirmer leur puissance politique face au duc de Savoie (les bourgeois de Chambéry semblaient faire pression pour conserver la capitale de la Savoie à Chambéry). Leur but semblait être de créer une église plus grande que les dominicains de Chambéry, couvent fondé par le duc de Savoie en 1418. Il faut aussi prendre en compte que Jean de Varax servait d'évêque pour Chambéry et sa région. Cette ville faisait partie du diocèse de Grenoble, donc l'évêque était un étranger au duché de Savoie d'où le recours très fréquent à l'évêque de Belley. Celui-ci était aussi très impliqué dans le conseil résident de Chambéry, c'est à dire l'administration centrale savoyarde.

 

De ce fait, La signification de la reconstruction de la cathédrale de Belley est ambivalente : elle semble bien montrer la puissance de l’évêque de Belley qui est aussi abbé de Saint-Michel-de-la-Cluse aussi bien vis à vis de la bourgeoisie émergente que vis à vis du chapitre. Nous pouvons aussi voir ce monument comme un rappel de ses fonctions administratives et de sa haute place hiérarchique au sein du duché de Savoie. 

 

 

5- La tour porte de Lyon et la place des Terreaux

Un autre élément très important de la ville situé sur la partie haute de la Grande rue est la tour-porte de Lyon. Si c’est un élément de défense de la ville, c’est surtout un lien entre la Grande-Rue de Belley et le faubourg des Terreaux. C’est aussi un élément de prestige car elle est très visible dans le paysage urbain comme le montre la gravure de Chastillon.

 

La porte des Terreaux (ou de Lyon) est surtout un carrefour entre les différentes rues qui aboutissent à la place des Terreaux : d’un côté c’est le départ de la Grande Rue mais aussi de l’actuelle rue des cordeliers qui mène au quartier ecclésiastique. De l’autre, c’est le départ des rues Saint Martin (ancienne rue des Ursules), de Georges Girerd (rue de la Louvatière) et d’Alsace-Lorraine (ancienne rue des Capucins) dans le faubourg des Terreaux (ou de la Louvatière). C’est le passage obligé de la route entre Chambéry et Bourg-en-Bresse ou Lyon.

 

Une des fonctions de prestige traditionnelle des municipalités est la coordination entre les différents quartiers et les différentes familles de la défense urbaine. De ce fait, elle prend l’habitude de siéger dans la partie la plus visible de la muraille urbaine, la principale tour-porte qui devient à la fois l’emblème communale mais aussi l’emblème de la ville.

Gravure de la Porte de l'Arc à Belley qui a été détruite en 1823. Cette gravure donne une idée de l'aspect que devait avoir la porte de Lyon.

Gravure de la Porte de l'Arc à Belley qui a été détruite en 1823. Cette gravure donne une idée de l'aspect que devait avoir la porte de Lyon.

De ce fait, les principales tours-portes des villes sont l’objet de décorations. Elles comportent souvent l’image ou la Statue d’un Saint Protecteur comme à Berne où se dressait une statue de 10 m de haut de Saint Christophe. Ces tours-portes supportent la plupart du temps l’Orologe, la cloche qui appelle les conseillers municipaux aux réunions et la population en cas de nécessité. C’est donc à cet endroit qu’on posera les premières Horloges publiques qui deviendront comme les cloches, un signe de souveraineté du conseil municipal. La tour-porte et la municipalité de Belley entreront dans ce cadre.

 

La municipalité de Belley a depuis 1720, la volonté de faire fabriquer une cloche sur la porte de la Grande rue près de la place des terreaux. Il était prévu un mécanisme de sonnerie mécanique fonctionnant avec une horloge. Cela se réalisa en 1733 avec en plus, l’adjonction d’un bâtiment pour l’Horloger. On ne sait pas si l’horloge donnait du côté grande rue ou du côté place des Terreaux.

 

Du fait du prestige des tours-portes, les faubourgs au-delà de ces tours auront de plus en plus d’importance. La pression foncière beaucoup moins élevée en dehors des murailles qu’à l’intérieure va permettre l’aménagement juste au-delà de la principal tour-porte de la ville d’une place publique. Grâce à cette place et à la position prestigieuse de la tour-porte, les espaces immédiatement à l’extérieur de cette entrée deviendront les cœurs de ville.

 

Dans beaucoup de cas, les Mairies, après avoir déménagé des tours-portes de retrouvèrent dans un bâtiment avec une façade sur cette place. Nous pouvons faire le parallèle avec Belley où la Mairie est actuellement pas très loin de l’ancienne tour-porte de la ville (Boulevard de Verdun). Ce schéma n’est pas exclusif à Belley puisqu’il se retrouve aussi dans nombre de petites et moyennes villes. 

Migration de la Mairie de Belley depuis son siège dans la Tour-porte de Lyon jusqu'à aujourd'hui. Migration de la justice de la Maison du bailliage au palais de justice (carte E. Coux)

Migration de la Mairie de Belley depuis son siège dans la Tour-porte de Lyon jusqu'à aujourd'hui. Migration de la justice de la Maison du bailliage au palais de justice (carte E. Coux)

Deux exemples ayant conservés leurs tours-portes peuvent nous aider à comprendre ce phénomène. Le premier est la ville de la Tour-de-Peilz près de Vevey en Suisse actuelle. Cette ville a eut comme origine la fondation au XIII e siècle par le comte de Savoie d’une châtellenie, c’est à dire d’un château fort et d’une ville neuve adjacente (les deux existent toujours). La porte d’entrée principale de la ville était une tour-porte qui a survécu grâce à une deuxième fonction. Cette tour était devenu aussi dès le XV e siècle le clocher de la chapelle transformée en église paroissiale.

 

Si nous nous rendons dans cette ville, nous voyons clairement en face de la Porte une grande place avec en face, un bâtiment prestigieux devenue bibliothèque municipale. Le centre de la ville est dans ce cas clairement sorti de la ville médiévale.

 

La ville d’Oglianico dans le Piémont actuelle est un autre exemple très intéressant. Son origine vient de la fondation d’une petite ville neuve fortifié qu’on appelle « Ricetto » (refuge). L’entrée principale de cette ville neuve, une tour-porte est toujours visible sur la grande place de la ville.

 

Mais cette grande place est à l’extérieur de ce « Ricetto » donc des murailles de cette ville neuve. L’observation du bâti autour de cette place en face de la tour porte montre un bâtiment aux fenêtres assez soignés, donc un bâtiment de prestige datant de la fin du XV e siècle. 

Une des fenêtre du bâtiment en face de la tour-porte d'Oglianico (photo E. Coux)

Une des fenêtre du bâtiment en face de la tour-porte d'Oglianico (photo E. Coux)

De ce fait, nous pouvons suggérer comme trame historique l’extension de la ville neuve déjà au moyen-âge. La place devant la tour-porte devenant le nouveau centre de la ville. De ce fait, la chapelle à l’intérieur du « Ricetto » ainsi que l’église paroissiale qui était hors des murs de la ville migrèrent et fusionnèrent pour s’installer dans une nouvelle construction donnant sur ce nouveau centre de ville (c’est l’église actuelle d’Oglianico).

 

Ce schéma n’est pas uniquement visible à Oglianico mais il l’est aussi pour les bourgs voisins de Salassa et de Busano par exemple. Et il peut nous faire comprendre l’urbanisme de beaucoup de villes européennes.

 

Place, église et tour-porte d'Oglianico dans la Canavais près d'Ivrée (photo E. Coux). La grande place se situe à l'extérieur de l'enceinte

Place, église et tour-porte d'Oglianico dans la Canavais près d'Ivrée (photo E. Coux). La grande place se situe à l'extérieur de l'enceinte

Le schéma belleysan diffère cependant de ces petites villes dans la mesure où la Grande rue à l’intérieur de la muraille, que l’on peut considérer comme une « platea » exerce une attraction forte renforcée par la présence de la Maison du Bailliage et des Halles qui se trouvent entre cette Maison et la Tour-Porte.

 

Ce schéma peut être comparé avec Pont-de-Veyle où la grosse maison du Châtelain ducal associée à une large grande rue réussit à maintenir une partie de l’attractivité à l’intérieur de l’enceinte de la ville malgré le poids de plus en plus important des faubourgs (le marché actuel se déroule encore à l’intérieur de l’espace intra-muros de la ville). Il peut être aussi comparé à Morat (Murten) où la large platea concurrence très nettement l’espace à l’extérieur de la ville.

 

Dans ces deux cas, la tour-porte de Belley est devenue un élément primordial du paysage comme véritable centre de la ville, point d’équilibre entre une large « Platea » et un gros faubourg. A Morat (Murten), elle fut même reconstruite par les bernois nouveau maître de la ville depuis 1476, comme une reproduction de la célèbre « Zytgogge » de Berne (première tour-porte de Berne, actuellement c’est l’élément emblématique de la ville).

 

L’attractivité de cette « Platea » de Belley ainsi que de la Maison du Bailliage et du couvent des cordeliers peut s’illustrer dans la migration du siège du conseil municipal pour pallier à la destruction de la tour-porte des Terreaux sur un nouveau bâtiment donnant sur une nouvelle rue, l’actuelle rue Lamartine.

 

La création de cette rue a été la matérialisation dans le plan de la ville des liens entre la Maison du Bailliage et du couvent des cordeliers. Elle voit le jour dans la transformation d’une allée qui devait déjà être bien empruntée (appelée « Grande Allée »). Transformation qui est envisagée dès 1757 et réalisée peu après. D’autres liens urbanistiques sont visibles entre les deux édifices comme l’actuelle impasse des cordeliers qui relie la rue des cordeliers à l’arrière cour de l’office du tourisme. Cette impasse arrive directement sur l’église des cordeliers. 

Pont-de-Veyle (ancien bailliage savoyard de la Bresse), Maison du châtelain à droite et tour-porte au fond (photo E. Coux)

Pont-de-Veyle (ancien bailliage savoyard de la Bresse), Maison du châtelain à droite et tour-porte au fond (photo E. Coux)

La nouvelle mairie est envisagée dès 1763 et voit le jour entre 1765 et 1770. C’est juste après ces années, en 1786 ou 1787, que la tour-porte de Lyon est démolie. Il est curieux de remarquer que la migration de la Mairie ainsi que le percement de l’actuelle rue Lamartine interviennent en fait en même temps que l’installation en face du couvent des cordelier de l’Hôtel de Province en 1767, cinq ans après avoir acheter le bâtiment et après avoir effectué quelques travaux .

 

Mais l’attractivité de la Place des Terreaux devenait aussi de plus en plus forte. Remarquons cependant que la tour-Porte de Lyon est démolie par ordre du roi et non par celle de la Mairie. Le déménagement du siège communal vers la rue Lamartine peut avoir été fait sous la pression du roi. En effet, la suggestion pour le percement de la nouvelle rue venait justement de l’intendant en 1757. La pression faite par le passage de troupes et la nécessité d’avoir un corps de garde allait pousser la municipalité à engendrer des dépenses pour un nouveau bâtiment de ville. 

Débouché de la Grande Rue où se trouvait la tour-porte de Lyon (photo E. Coux)

Débouché de la Grande Rue où se trouvait la tour-porte de Lyon (photo E. Coux)

Le déménagement de l’organisme municipal de la tour-porte de Lyon et sa destruction suit en réalité un mouvement général en France à la fin du XVIII e siècle. La raison en est que ces tours-portes deviennent avec l’artillerie moderne un handicap pour la défense de ces villes car elles sont idéales pour l’assaillant afin de régler leur artillerie. D’autre part, la montée d’absolutisme royal concomitant à une centralisation de l’état de plus en plus poussée fait que les organismes municipaux sont de plus en plus vu comme des pouvoirs autonomes concurrents. La destruction de ces tours-portes est une destruction symbolique de leur pouvoir sur les villes. Les municipalités doivent devenir des couches subalternes de l’administration et non des contres-pouvoirs autonomes. C’est peut être ce qui peu expliquer le décalage entre la démolition de la Porte de Lyon et la Porte de l’Arc beaucoup moins symbolique, en août 1823.

 

De ce fait, la visibilité du nouvel hôtel de ville n’était pas optimal. En témoigne l’horloge qui ne suit pas le conseil municipal dans sa migration mais va s’installer place des Terreaux. Là où justement avait migré, il y a peu d’années, en 1746, les halles de la ville .

 

 

6- Un nouvel axe principal dans la ville au milieu du XVIII e siècle, la route de Valence à Genève

Ces changements importants au milieu du XVIII e siècle vont en réalité accompagner une rotation à 45° de l’axe principal de la ville et une mutation profonde de la ville. Si jusque là la ville s’était organisée autour d’un axe Chambéry-Lyon ou Bourg-en-Bresse qui était l’axe de la grande rue prolongé par la place des terreaux et la rue de la Louvatière, la construction de la route de Cordon allait modifier en profondeur l’urbanisme de la ville.

 

Le nouvel axe choisit était celui de la route qui relie Valence à Genève. Cette axe longeait la frontière entre le royaume de Piémont-Sardaigne et la France. La frontière allait en effet être fixée de manière encore plus précise qu’avant grâce au traité de Turin signé entre la France et le royaume de Sardaigne en 1760. Ce traité faisait surtout suite à l’arrestation de Mandrin en 1755 et allait organiser une frontière de plus en plus hermétique. De ce fait, les échanges entre Chambéry et Belley étaient quasiment interrompus.

 

Le changement de cet axe nous interroge sur la mutation de la fonction de la ville qui se transforme en ville garde-frontière. La route Valence-Genève qui longe le Rhône semble avoir pour véritable objectif d’être un axe militaire de protection de la frontière contre la Savoie. C’est seulement un réseau qui facilite le déplacement des troupes sur cette frontière. Belley devient la base arrière du fort de Pierre-Châtel mais aussi un lieu de transit et de stationnement des troupes. 

Les différents axes principaux de la ville au cours des siècle. (carte E. Coux)

Les différents axes principaux de la ville au cours des siècle. (carte E. Coux)

Le centre de ce nouvel axe de la ville est la place des Terreaux qui devient définitivement à cette époque, le centre de la ville. Elle est au croisement entre l’ancien axe formé par la Grande rue et la rue de la Louvatière et le nouveau.

 

De ce fait, la parure monumentale de la ville se créera autour de ce nouvel axe formé par la route de Cordon (devenue en 1914 rue de la République), la place des Terreaux, l’actuel Boulevard de Verdun et la rue d’Alsace-Lorraine (ancienne rue des capucins et Route de Genève). Le fait que cet axe évite le centre ancien va permettre indirectement de préserver le centre ville.

 

Ce nouvel axe allait concentrer toutes les réalisations prestigieuses de Belley entre la fin du XVIII e siècle et le XX e siècle. Seul le nouveau collège sera construit en 1763 sur la rue de la Louvatière, de manière à équilibrer les constructions prestigieuses de l’autre côté de cette axe (les autres étant encore au XVIII e siècle, sauf l’hôpital, dans le centre intra-muros de la ville).

 

En venant de Cordon, nous avions tout d’abord sur cette route une caserne qui a été remplacée à la fin du XX e siècle par la salle de spectacle de l’Intégral puis une longue rue bien rectiligne permettait d’arriver au centre ville. La construction de cette caserne finalisa la fonction de lieu de stationnement de troupe et de base arrière pour les forts de frontière (il y en avait aussi une autre à la place de l’actuelle gendarmerie).

 

Puis, plus loin, une première place, précède la place du centre ville, comme pour l’annoncer, c’est la place des fours. Et enfin nous avons immédiatement la place centrale des Terreaux.

 

L’importance de cette place dans la ville nécessitait la reconstruction des halles qui devinrent l’élément prestigieux de la ville. Le projet initiale avait été de faire un bâtiment jumelant les halles avec la Mairie. Ce projet élaboré en 1828 ne vit le jour qu’en 1855 avec une modification de taille. La municipalité racheta la sous-préfecture pour en faire une mairie (c’est l’emplacement de l’actuelle école des cordeliers). La sous-préfecture migra dans les bâtiments du couvent de la visitation (les douanes qui s'y trouvaient, ne servaient plus à rien en 1860)  et la nouvelle mairie ne fut pas construite dans un ensemble avec les prestigieuses halles sur la place des Terreaux.

Belley, place des Terreaux avant la démolition des dernières maisons du moyen-âge.

Belley, place des Terreaux avant la démolition des dernières maisons du moyen-âge.

La sous-préfecture de Belley s’était établie en 1818 dans une position idéale : dans la maison Berthet qui avait accueillit à la fin du XVIII e siècle l’école tenue par les frères de la doctrine chrétienne. Elle était située entre la rue des cordeliers où se trouvait non seulement l’ancien couvent des cordeliers, mais surtout l’ancienne maison des Etats, et la place des terreaux. Un passage devant cette sous préfecture avait été percé et faisait communiquer directement la place des Terreaux avec la rue des cordeliers. Mais la sous-préfecture ne donnait pas sur la place des Terreaux. Plus loin, le Boulevard de Verdun accueillit la nouvelle mairie qui put enfin se positionner sur l’axe prestigieux de la ville, en 1943. 

 

La construction du promenoir parallèle à la rue Alsace-Lorraine est assez emblématique de la volonté de voir émerger ce nouvel axe dans la ville. Cette idée émergea en 1745 dans le but d’embellir la ville et fut concrétisée entre 1747 et 1764., c’est à dire à la même époque que le déménagement de la mairie, la construction du collège et l’installation de la Maison des états. Par comparaison la construction d’un nouvel espace paysager sur le mail prit plus de temps. Il fut envisagé plus tardivement, en 1776 et mit plus de temps à se réaliser puisque les travaux se terminèrent en 1817. L’Est de la ville avait accueillit dans l’ancien couvent de la visitation, les douanes qui restèrent jusqu’en 1855. Les douanes représentait plutôt un signe de fermeture que d’ouverture (le XVIII e et XIX e siècle étaient des époques de construction des états-nations. On était loin de la construction européenne).

 

L’importance du mail apparaîtra malgré tout au début du XIX e siècle avec la construction du Palais de Justice actuel en 1827 sur ce boulevard. L'édifice est de style néo-classique Sarde. Pour symboliser ses liens historiques avec l’ancienne maison du bailliage, est percée en 1838, entre ce palais de Justice et l’ancien bailliage, une nouvelle rue. Le bâtiment du bailliage quand à lui sera entièrement reconstruit au début en 1905 en style néo-gothique. Ce style qui rappelle un passé romantique renforce le lien avec le nouveau palais de Justice dont le style signifie la modernité. Le néo-gothique rappelle aussi la cathédrale de Belley et l’architecte de cette cathédrale, Antoine-Marie Chenavard qui a conçu le nouveau Palais de Justice. L’ancienne maison du bailliage abritera la caisse d’épargne pendant un temps. De nos jours, ce bâtiment est partagé entre l’Office du Tourisme et les bureaux de la communauté de commune. 

Les prisons forment un ensemble avec le palais de Justice de style néo-classique sarde. Elles risquent malheureusement d'être détruite (photo E. Coux)

Les prisons forment un ensemble avec le palais de Justice de style néo-classique sarde. Elles risquent malheureusement d'être détruite (photo E. Coux)

L’axe Valence-Genève qui structurait la ville de Belley allait se reporter aussi sur la voie-ferrée. La voie de Belley était donc une partie de l’axe ferroviaire Grenoble-Genève. La voie ferrée devait faire une jonction entre Virieu-le-Grand (antenne de l’axe Lyon-Genève) et Saint-André-le-Gaz (avec la voie Lyon-Grenoble). Mais ce n’était pas un axe prioritaire puisque Genoble-Genève pouvait aussi se faire par Chambéry et Aix-les-bains. De ce fait, le tronçon Virieu-le-grand/Saint André-le-gaz ne fut jamais terminé : il manquait un bout entre Aoste et Saint-André-le-Gaz.

 

Cette structuration de la ville de Belley allait devenir problématique à la fin du XX e siècle avec l’attraction économique du bassin Chambéry-Aix-les-Bains. De plus la voie ferrée ne correspondait pas du tout à ce besoin. La gare était aussi trop loin du centre ville. Pour ces raisons, elle était donc devenue rapidement inutile et la voie ferrée ferma.

 

 

Conclusion :

Cette modeste recherche sur l’urbanisme de Belley pourrait donc nous indiquer une des raisons de l’isolement de la ville et de sa stagnation économique entre 1880 et 1960 relevée par A. Carroz dans un article parut dans la revue « le Bugey » en 1969. Cependant, si l’auteur, influencé par les évènements de 1968 (contemporain à l’article) pointe comme raison de cette stagnation la mentalité des habitants, il ne met pas en cause l’axe principale de la ville Valence-Genève qu’il mentionne pourtant.

 

Cet article est à mettre en comparaison avec un autre article, celui de Jean-Claude Marquis parut en 1993, soit 24 ans après, sur la même revue « le Bugey ». Ce dernier a l’avantage de souligner le poids de l’axe Chambéry-Ambérieu-en-Bugey et le sous dimensionnement de l’infrastructure sur cet axe. Le maintient de l'axe Valence-Genève comme axe prioritaire semblait donc bien être la cause réelle de la stagnation de la ville entre 1880 à 1960.

 

La mise en place au milieu du XVIII e siècle de l’axe Valence-Genève dans la ville de Belley fut le résultat de la centralisation parisienne et du renforcement des états-nations. Cela allait forger une nouvelle ville juxtaposée à la Belley médiévale. Elle allait d’abord y gagner en équipements avec des écoles, un prestigieux collège, un nouvel hôpital et plus tard de grandes casernes. C’est aussi dans ce sillage que sera reconstruit le très imposant palais épiscopal par le cardinal Cortois-de-Quincey.

 

Malheureusement, cette structure, basée sur une relation avec la frontière (l' urbanisme est parallèle à la frontière), ne va pas évoluer lorsque celle-ci disparaît en 1860. La voie de chemin de fer construite en 1880 suivra cet axe obsolète et deviendra de fait inutile. 

centralité hypothèse

centralité hypothèse

Cette juxtaposition et ce sommeil économique auront au moins eu un avantage, celui de préserver le centre ancien intra-muros de Belley. La migration du centre ville vers la place des Terreaux dans le faubourg homonyme entre le XVI e siècle et le milieu du XVIII e siècle, est la raison essentielle de cette juxtaposition. Il est curieux de noter que l’évitement du centre ancien a été fait avant l’invention de l’automobile, objet qui allait avoir un impact important dans la destruction des centres anciens.

 

Cette évolution a été le résultat d’une migration du centre de la ville qui semble prendre ses origines au XII e siècle au niveau de la cathédrale pour se déplacer dans la Grande Rue, puis au couvent des cordeliers, puis à la maison du bailliage sur la Grande rue, pour aller ensuite à la Porte de Lyon, et arriver enfin sur la place des Terreaux au XVIII e siècle. 

 

Elle est à mettre en parallèle avec le changement d'orientation des axes principaux de la ville qui ont structuré l’urbanisme depuis l'époque romaine. Si cet axe a d’abord été influencé par l’armature administrative romaine pour le vicus de Belley, au moyen-âge il se positionne sur les grands pôles commerciaux. D’abord les foires de Champagne, puis celles de Genève et enfin celles de Lyon. Ce qui donne pour le moyen-âge et le début de l‘époque moderne majoritairement un axe Est-Ouest ; axe qui entre aussi dans l’architecture administrative du duché de Savoie. Cela a comme conséquence de faire de Belley au XVI e siècle, le chef lieu du grand bailliage du Bugey.

 

Cette évolution est aussi à mettre en lien avec les rapports de forces politiques qui se partagent la cité. Si le centre est près de la cathédrale au XII e siècle, c’est que l’évêque en est la principale force politique, presque sans partage. Le développement de la grande rue, le couvent des cordeliers, la Maison du Bailliage ainsi que la tour-porte montrent que la Maison de Savoie s’impose ensuite dans la ville, ce qui permet à la commune d’émerger un peu après. 

 

La vision d’une citadelle chrétienne remplie de couvents et de Saints est aussi à revoir. Même si la ville est un siège épiscopal depuis le haut-moyen-âge, son premier couvent est comme nous l’avons vu, très tardif. Le contexte de sa fondation est plutôt celui d’une confrontation avec l’évêque de la ville dans le cadre d’un schisme religieux. On est donc très loin de l’image hagiographique d’Anthelme, défendant avec ardeur le vrai Pape Alexandre III puisque Pierre de Bolomier a été un très proche collaborateur de celui qui est devenu anti-pape dans l’histoire, Félix V.

 

La ville ne croule pas non plus sous les couvents à l’époque moderne même si les fondations sont nombreuses. Il y a proportionnellement autant de couvents fondés dans les villes de Chambéry, Bourg-en-Bresse, Turin ou Lyon. Le récit d’une citadelle chrétienne est une construction idéologique qui interviendra au début du XIX e siècle, dans le cadre de l’épisode post-révolutionnaire et d’une rivalité avec Bourg-en-Bresse pour devenir le siège épiscopal d’un nouveau grand diocèse comprenant tous le nouveau département de l’Ain. C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’il faut situer la construction de la cathédrale actuelle. Ce récit sera entretenu tous le long du XIX e puis XX e siècle. La ville deviendra un bastion de la lutte contre le développement de la pensée anti-cléricale. 

 

Emmanuel Coux

Mars 2019

Cour intérieur de l'office du Tourisme et communauté de commune. C'est le seul vestige médiévale de la maison du bailliage (photo E. Coux)

Cour intérieur de l'office du Tourisme et communauté de commune. C'est le seul vestige médiévale de la maison du bailliage (photo E. Coux)

Bibliographie sommaire : 

André Dallemagne, Histoire de Belley, réédité en 1979, Belley

Laurent Ripart, le diocèse de Belley comme foyer de la première principauté savoyarde dans la revue 'Le Bugey", 2015 : voir la conférence sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=2Nb2BiI8V2w

Philippe Dufieux, un néo-gothique fantastique, Antoine-Marie Chenavard et la cathédrale de Belley, voir le lien : https://journals.openedition.org/lha/226

Christine Lamarre, les portes de villes à la fin du XVIII e siècle, crise de l'architecture et crise du symbole, dans l'ouvrage, "Entrer en ville", P. U. Rennes, 2006, p. 61-72 : lien : https://books.openedition.org/pur/7880?lang=it

 

 

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