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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

Aix-les-Bains, l’essor d’une ville concurrente de Chambéry

Aix-les-Bains fait figure de ville intrigante pour les historiens. C’est une des plus grosses villes de la Savoie quasiment à l’égale de Chambéry ou Annecy par la densité de sa population et son dynamisme économique. Elle surpasse les sous-préfectures d’Albertville, de Saint-Jean-de-Maurienne, de Bonneville et Saint-Julien-en-Genevois et à presque autant d’habitants qu’à Thonon. Elle est aussi deux fois plus importante que Rumilly.

 

Elle semble avoir été de tout temps une ville assez dynamique d’un point de vue économique. Elle possède un riche et impressionnant patrimoine notamment pour l’époque romaine et contemporaine. Ces paramètres font en toute logique d’Aix-les-bains une ville importante.

 

Et pourtant, malgré cette importance, la ville a eu du mal à s’élever dans la hiérarchie administrative laïque ou ecclésiastique. Elle n’est jamais devenue une cité comme Grenoble, Genève à l’époque romaine ou Belley ou Saint-Jean-de-Maurienne au haut-moyen-âge. Elle n’est pas non plus devenue un grand centre de châtellenie (je mets un bémol) ou de bailliage de la principauté savoyarde malgré son emplacement de frontière avec le comté de Genève. Elle n’est pas non plus devenue à l’époque contemporaine, le siège d’une province ou même d’une sous-préfecture. Cela semble paradoxal et suscite donc des interrogations.

 

De ce fait, nous essayerons de découvrir la place de la ville d’Aix-les-bains dans le comté, puis duché de Savoie et enfin dans le royaume de Piémont-Sardaigne. Nous balayerons toute son histoire depuis l’époque romaine jusqu’à aujourd’hui où elle est devenue le siège d’une circonscription un peu bizarre qui englobe l’avant-Pays savoyard et devenue surtout le siège de la communauté de Commune « Grand lac ».

 

Nous essayerons de comprendre pourquoi cette ville est restée jusqu’à aujourd’hui à l’écart d’une construction chambérienne et annécienne ; construction qui a abouti à la création de la communauté de commune  « Chambéry-Annecy métropole » en 2018. Pourquoi notamment son réseau de bus urbain la ST2A tourne le dos au réseau de bus chambérien, la STAC avec comme conséquence un manque d’efficacité des deux réseaux.

 

Arc de Campanus

Arc de Campanus

I- à l’époque romaine et pendant le haut moyen-âge

 

À l’époque romaine

Nous trouvons la ville tout d’abord à l’époque romaine où elle doit déjà son succès à ses eaux. Son importance est signalée par ses imposants vestiges : l’arc de Campanus, le temple de Diane  et des immenses thermes dont les restes ont subsisté jusqu’à nos jours.

 

Cette ville devait être reliée au réseau viair Sud-Nord entre Cularo/Gratianopolis (Grenoble) et Geneva (Genève). Mais comme le remarque l’historien Philippe Levreau, elle ne figure cependant, ni sur la table de Peutinger, ni sur l’itinéraire d’Antonin. Son territoire semblait être limité par les le vici voisins de Lemencum (Chambéry) et de celui situé dans l’actuelle ville d’Albens.

 

La ville devait probablement avoir un accès facile au lac du Bourget. De ce lac, il était possible de rejoindre en bateau le Rhône qui était navigable sur tous son cours jusqu’à Seyssel. De ce fait, Aix devait être une ville d’eaux très accessible à l’époque romaine depuis les grosses cités de Lyon et de Vienne. C’est peut être ce qui expliquerait la présence d’une parure monumentale assez importante comparée aux autres vici voisins. Cette parure est probablement le fait de familles viennoises ou lyonnaises puissantes comme les Campanii qui trouvait là un lieu adéquate pour exhiber leur dévotion de manière ostentatoire. 

Temple romain dit de Diane

Temple romain dit de Diane

Elle devait être aussi facilement en relation grâce au lac avec les vici de Bursin (commune Anglefort), Etanna (Yenne) et Condate (Seyssel) que ceux de Lemencum (sur les hauteur de Chambéry) et de Dianensis (Albens).

 

La ville qui dépendait de la cité de Vienne (Isère) avait le rang de vicus. Mais contrairement aux autres grands vici de Vienne, Genève et Grenoble, le vicus d’Aquae (Aix les bains) ne devint pas une cité à l’époque du bas-Empire romain. Ni même au haut moyen-âge comme l’est devenue la ville voisine de Belley ou celle plus lointaine de Saint-Jean-de-Maurienne.

 

les recherches récentes montrent que les impressionnants monuments romains d’Aix n’ont pas été des monuments publics. Ils ont été élevés par des familles privée dans un rôle funéraire lié aux sources d’eaux. Cette situation rend compréhensible l’anomalie d’Aix-les Bains par rapports aux autres vicus qui ne possédaient pas de telles parures monumentales.

 

 

Une villa royale

Aix-les-Bains fut rattachée au diocèse de Grenoble (créé au IV e siècle). Sa notoriété dû cependant se poursuivre puisque le roi de Bourgogne Rodolphe III y installe un de ses palais . Malgré cela, il semble que la ville a même été rétrogradée puisqu’on parle de « Villa Royale » et non de Vicus royale ou de cité royale.

 

Donc en l’an mil, même avec un roi qui y séjourne ponctuellement, Aix-les-bains ne semble même plus avoir les dimensions d’une ville, mais plutôt celle d’un village. 

Aix-les-bains et l'arc de Campanus dans le "Theatrum Sabaudiae" (XVIIe siècle)

Aix-les-bains et l'arc de Campanus dans le "Theatrum Sabaudiae" (XVIIe siècle)

La raison de l’installation des rois de Bourgogne à Aix-les-Bains semble résulter de deux faits. D’une, de la présence importante de terres royales à proximité. La densité de ces terres semble avoir été la raison de la création d’un comté ou Pagus « savogensis », première expression administrative de la « Savoie Propre ». Cette entité administrative est à mettre en parallèle au niveau historique avec celle du comté de Sermorens entre Voiron et la Cote-Saint-André. Elle sera aussi comme celle du Sermorens , incompréhensible quelques siècles plus tard où on ne pouvait plus dissocier le comté du diocèse. Ces circonscriptions deviendront de fait, des objets de litiges comme on le voit au début du XII e siècle avec le Sermorens entre l’évêque de Grenoble et l’archevêque de Vienne qui en revendiquaient chacun la possession.

 

La deuxième raison de l’installation des rois de Bourgogne à Aix-les-bains était sa proximité avec la frontière du royaume de Haute-Bourgogne appelé aussi royaume d’ « Ultra-Juram » ; frontière qui était sur la rivière du Sierroz. Cette frontière était aussi celle entre le diocèse de Genève et celui de Grenoble.

 

En effet, Aix-les-bains fit partie à partir de 879, du royaume bosonide de « Provence-Bourgogne » créé par Boson à l’imitation du royaume de Charles de Provence de 855. Ce royaume intégra vers 926 et 933 dans des conditions encore mal élucidées le royaume des rodolphiens d’Ultra-juram. Il semble que les bosonides (rois de Provence-Bourgogne) échangèrent avec les rodolphiens ce royaume avec celui de Lombardie.

 

Cet échange était cependant très mal assuré. D’une part, nous voyons aussi qu’une branche des bosonides était restée en Provence et avait continué d’assumer la réalité du pouvoir en Provence (comme comte de Provence).

 

Vienne et Lyon étaient passés aux mains du roi de Francia-Occidentalis Raoul. Le roi Louis avait eu un fils, Charles-Constantin qui aurait dû régner. Charles-Constantin semble avoir eu la réalité du pouvoir à Vienne car il fut reconnu comme « comte de Vienne » par le roi Raoul (923-936). Il y eu ensuite quand Vienne passa au main des rodolphiens, en 942 une tension entre Charles-Constantin et le roi Conrad-le-Pacifique.

 

De ce fait, la réalité du pouvoir rodolphien dans le royaume bosonide avait été vers 933 quasi-nulle. La seule affirmation précoce de ce pouvoir avait été son installation sur une terre frontalière entre les deux royaumes à Aix-les-bains. Cette terre était aussi un lieu de passage idéal entre les deux royaumes, vers les diocèses du royaume de Bourgogne qui sont passés aux rodolphiens, les diocèses de Grenoble, Valence, Gap, Die, Viviers et Belley. Ce passage, c’est l’actuel Sillon-alpin. Le comté de Saboia contient peut être déjà (à moins que ce soit une construction rodolphienne), un nombre important de terres fiscales (propriétés du roi ou de l’état rodolphien).

les deux royaumes de Bourgogne, le sillon alpin et la situation d'Aix-les-bains

les deux royaumes de Bourgogne, le sillon alpin et la situation d'Aix-les-bains

II-Aix-les-bains, une seigneurie des Seyssel.

 

Entre les humbertiens et l’évêque de Grenoble

Le dernier roi de Bourgogne transmit en douaire la ville d’Aix-les-bains à sa femme Ermengarde. C’est probablement par ce biais qu’elle parvint aux mains des humbertiens (Ermengarde était apparentée aux premiers humbertiens). Cependant Gabriel Pérouse nous dit que la reine fit passer cette possession à l’évêque de Grenoble.

 

Aix-les-bains est mentionnée comme une possession du comte de Savoie en 1172 (elle faisait partie de la dot promise à la femme de Jean Sans Terre roi d’Angleterre. Dans cette dote figurait Rossilon en Bugey , Pierre-Châtel, Montmayeur, la Rochette, La chambre, Chambéry, Apremont, Novalaise, etc... ).

 

Un prieuré est fondé sur l’église paroissiale Sainte-Marie à Aix-les-Bains par l’évêque de Grenoble Hugues de Châteauneuf en 1107 ; prieuré qui est mis sous la dépendance de l’abbaye de Saint-Martin-de-Miséré (département de l’Isère actuel). Il se peut que la fondation de ce prieuré soit en lien avec la contestation du Comté de Sermorens (Isère actuelle, dans la région de Voiron) entre l’évêque de Grenoble et l’archevêque de Vienne. 

carte du comté de Sermorens en 1107

carte du comté de Sermorens en 1107

Cette contestation sera résolue en 1107 par le partage du Sermorens en deux parts égales entre les deux prélats. Dans cette contestation, il semble que les humbertiens avaient prit le parti de l’archevêque de Vienne Guy de Bourgogne qui deviendra le Pape Calixte II. Il était en effet le beau-frère du comte Humbert II (de Savoie). Il est donc très probable que l’évêque Hugues de Chateauneuf, dans la fondation de ce prieuré ait voulu s’affirmer dans ce territoire loin de Grenoble.

 

D’autre part, comme je l’ai dis plus haut, c’était une époque où on ne comprenait plus qu’un comté puisse être dissocié d’un diocèse. De ce fait l’évêque de Grenoble cherchait à faire valoir ses droits sur l’ensemble du diocèse que ce soit dans le Sermorens ou le comté de Savoie. Au XII e siècle, la fondation de prieurés était une manière de montrer une affirmation territoriale. Les Humbertiens allaient faire de même avec la fondation au XI e et XII e siècle des prieurés de Saint-Laurent-des-échelles, de la Motte-Servolex et du Bourget-du-Lac sur le territoire du diocèse de Grenoble et du prieuré de Champagne-en-Valromey dans le territoire du diocèse de Genève .

 

Le comte de Genève avait fait la même chose pour marquer son emprise territoriale dans une région mal assurée et difficilement contrôlable du diocèse de Genève. Il avait avant 1145, fondé un prieuré à Chindrieux. Ce fait montre aussi que le lac du Bourget au XII e siècle n’était pas totalement totalement sous l’égide des humbertiens (ce prieuré était aussi dépendant de celui de Nantua donc de Cluny et possédait les églises de Chindrieux, Ruffieu et Serrière).

 

La fondation à Aix d’un prieuré dépendant de Saint-Martin-de-Miséré est assez emblématique car ce dernier prieuré est la grande fondation de l’évêque Hugues de Chateauneuf avec la Grande Chartreuse. C’était une façon pour lui d’affirmer ses droits dans le Grésivaudan vis à vis des comtes d’Albon. Le prieuré d’Aix-les-Bains semble donc jouer le même rôle dans le comté de Savoie dans une terre où il a probablement des droits.

 

Un autre prieuré fut fondé au dessus d’Aix-les-bains, vers le chemin de Saint-Pol, le prieuré de Saint Hippolyte qui dépendant de l’abbaye Saint-Juste de Suse. Mais ce prieuré est bien plus tardif puisque sa fondation daterait du XIII e siècle. Il pourrait y avoir un lien avec la chapelle castrale du castrum d’Aix comme l’avait été le prieuré de Saint-Laurent à Pont-de-Beauvoisin qui provient de la donation de la chapelle castrale de Saint-Laurent. 

l'abbaye de Saint-Juste et la porte romaine de Suse

l'abbaye de Saint-Juste et la porte romaine de Suse

Le premier prieur a été « Jacob de Saint-Hippolyte d’Aix » en 1246. Il se peut que ce prieuré ait été une fondation conjointe des humbertiens et des seigneurs d’Aix. Un Gauthier d’Aix avait été abbé de Saint-Just de Suse en 1121. Ce prieuré sera de toute façon un lien privilégié avec la Maurienne et la Val de Suse comme en témoigne la figure du prieur Melchior de Beçano (Bessans) qui apparaît dans un acte de 1271. Ce prieuré deviendra le noyau d’une future paroisse à moins qu’il ait déjà hérité de droits paroissiaux à sa fondation.

 

Il y avait enfin une troisième paroisse à Aix-les-Bains, la paroisse de Saint Simond, sous le vocable de Saint Sigismond (l’église se situait sur la place homonyme). Cette paroisse semblait être gérée par l’évêque de Genève ou co-gérée. La rivière du Sierroz faisait alors la limite entre les diocèses de Grenoble et de Genève. Le territoire de la paroisse semblait se développer de chaque côté de cette rivière. 

château d'Aix, détail de l'entrée du magnifique escalier XVI e siècle

château d'Aix, détail de l'entrée du magnifique escalier XVI e siècle

Ces paroisses assez rapprochées l’une de l’autre font aussi penser à d’anciennes églises extra-urbaines qui ont subsisté après l’an mil. Elles ont donnés de fait, des paroisses pas très peuplées. Il se pourrait que l’église paroissiale Saint Simond ait été déjà déplacée vers le Nord. En effet, une nécropole romaine qui pourrait être à l’origine de cette église a été retrouvée Place des école, près de la rue Lamartine. Cette nécropole devait marquer la limite Nord du Vicus romain d’Aix.

 

 

Installation de la famille des Seyssel comme seigneur d’Aix

Pendant le bas moyen-âge, et une grande partie de l’époque moderne, l’histoire de la ville d’Aix coïncidera avec celle de ses seigneurs, notamment celle de la puissante famille de Seyssel.

 

Les Seyssel remplacent en réalité une autre famille noble du nom d’Aix (de Acquis) que Foras place dans les ancêtres des Seyssel car, ils sont brièvement seigneurs d’Aix avant de disparaître. Nous avons vu qu’un de ses membres avait été abbé de Saint Juste à Suse en 1121.

 

Certains auteurs ont fait remonter la généalogie de la Maison de Seyssel à un certain Adolphe seigneur de Seyssel ayant combattu au côté de Bérold pour chasser les sarrasins du château de Culoz. Cette légende bien que belle n’a aucun fond de vérité. Bérold et Adolphe n’ont jamais existé.

 

La localité de Seyssel semblait même être une des premières villes tenues par les humbertiens. Elle était comprise dans le périmètre de la paix de Dieu de l’archevêque de Vienne. La partie qui est autour du diocèse de Belley et qui le déborde est selon certains historiens une photographie des premières possessions des humbertiens .

 

Si les Seyssel semblent par leur nom avoir une origine avec la ville Seyssel, si ils ont peut être eu des droits ou des possessions à une époque indéterminée, antérieure au XII e/ XIIIe siècle, ils ne possèdent plus rien du tout dans cette ville après, excepté pour la période entre 1551 et 1559 (nous en parlerons plus loin). Seyssel deviendra aussi le centre d’une châtellenie savoyarde, et sera tenue de manière directe et conservée étroitement par la Maison de Savoie. Amédée V donnera les premières franchises à la ville en 1285 ; franchises qui furent confirmées par le comte Edouard en août 1317.

Seyssel, reste d'une tour du mur d'enceinte du moyen-âge

Seyssel, reste d'une tour du mur d'enceinte du moyen-âge

La Maison de Seyssel surgit à partir de 1195 aux côté du comte de Savoie comme témoins. Pierre de Seyssel est cité une première fois dans la donation de divers biens à l’abbaye cistercienne d’Hautecrêt (dans le Pays de Vaud). Puis en 1196, il est cité comme témoins dans un acte de protection de l’abbaye de Saint-Rambert-en-Bugey (département de l’Ain) et enfin dans plusieurs autres actes au côté du comte de Savoie dont une confirmation en faveur du prieuré du Bourget-du-Lac en 1202 .

 

En 1209, Pierre de Seyssel est cité pour la première fois avec le titre de vicomte de la Novalaise au côté de Berlion de Chambéry qui est lui vicomte de Chambéry. Nous pouvons remarquer que la famille de Seyssel sera très présente dans le diocèse de Belley de part ses différentes branches que ce soient celles d’Aiguebelette, de Choisel (Saint-Paul-Sur-Yenne), de Créssieu, de Musin, de Sothonod, ….

 

Cela accréditerait une origine bugiste de cette Maison. Les Seyssel tenaient les fiefs de Choisel et de Lutrins (Saint-Paul-sur-Yenne) où le suzerain était l’évêque de Belley. Ils faisaient aussi partie du consortium avec les seigneur de Chevelu qui tenaient la mestralie de Chambuec près de Yenne.

 

Humbert de Seyssel est cité une première fois en 1216. C’est probablement le fils de Pierre de Seyssel. Un de ses frères, ou un autre Seyssel, Guy, est seigneur de Bourdeau de l’autre côté du lac. Il est cité en 1239. Un autre de ses frères Willelme ou Wilfred est qualifié de prieur d’Aix-les-Bains, probablement du prieuré Sainte-Marie, dépendant de Saint-Martin-du-Miséré en 1238. Un autre acte (donation du comte de Maurienne à l’abbaye d’Hautecombe) avec comme nom seulement un W suggère que Willelme est déjà prieur en 1232

 

Selon l’historien Samuel Guichenon, Humbert est cité comme seigneur d’Aix déjà en 1233 . Il l’est probablement aussi en 1235. Michèle Brocard et Elisabeth Sirot donnent la date de 1243 selon laquelle Humbert est qualifié de « seigneur d’Aix »  .

 

Si Willelme est prieur de Sainte-Marie en 1232 et Humbert seigneur d’Aix en 1233, il se peut que la seigneurie ait découlé de la fonction de prieur comme si la fonction seigneuriale découlait de l’avouerie du prieuré. 

château de Bourdeau

château de Bourdeau

L’église Sainte-Marie et son prieuré se trouvaient à l’emplacement de la collégiale fondée en 1513. Nous pouvons de ce fait remarquer le voisinage étroit entre l’église et le château (qui deviendra la Mairie). Ce château aurait pu naître comme maison forte qui s’est construite à partir d’une dépendance du prieuré. Michèle Brocard et Elisabeth Sirot pensent qu’il est à la place de la domus royale du roi Rodolphe. Essayons de voir le contexte de cette époque pour comprendre l’installation à Aix-les-bains de la famille de Seyssel.

 

Leur installation à Aix-les-bains est concomitante avec l’amélioration de la route de la Mont-Cenis par les comtes de Savoie Thomas 1er et Amédée IV autours des années 1230. C’est dans ce cadre que le comte de Savoie achète le Bourg de Chambéry en 1232, accorde des franchises à Montmélian en 1233, fait améliorer par le prieur de la Novalaise et le vicomte de Chambéry l’hospice de Saint Germain au col de Saint Michel en 1228 (hospice dépendant du prieuré de la Novalaise), et ouvre le passage du col du Grand-Mont-Cenis en 1234.

 

Dans ce cadre, il se peut qu’il y ait eu un échange entre des droits et des terres entre les Seyssel et le comte de Savoie, peut être contre le renoncement à la vicomté de la Novalaise (derrière la montagne de l’épine) sur laquelle se trouve une partie de cette route. Il se pourrait que la vicomté ait été une charge dépendante de l’évêque de Belley et non du comte de Savoie, ce qui permet de comprendre cette compensation. Un indice qui irait en faveur de cette hypothèse est les fiefs de Lutrin et de Choisel qui sont liés à l’évêque comme nous l’avons vu.

 

Ce genre d’échange est aussi documenté dans le Val d’Aoste pour la famille des Challant qui abandonnent leur droits de Vicomte contre le château de Montjovet.

 

L’apparition de la branche cadette des Seyssel seigneur d’Aigubelette, avec Humbert, fils d’Humbert II de Seyssel et le mariage en 1301 d’un autre cadet Hugues, avec Guigonne, fille de Guillaume seigneur de Montbel montre que les Seyssel possédaient encore de nombreux biens et réseaux de l’autre côté du col de Saint Michel.

 

L’installation de seigneurs fidèles à Aix-les-bains est aussi pour le comte de Savoie le moyen de renforcer sa frontière avec le comté de Genève avec de fidèles vassaux. Nous serions tenté de voir l’arrivée des Seyssel à Aix dans un contexte d’enjeu entre les comtes de Genève et les comtes de Savoie su cette terre limitrophe.

 

En effet, au XIII e siècle, Aix semble être une frontière entre le comté de Savoie et le comté de Genève qui suit grosso-modo une ligne formée par les châteaux de Cessens, de Montfalcon (à la Biolle), d’Aix-les-Bains, de Cusy et du Châtelard-en-Bauges. A Aix-les-bains, cette limite coïncidait avec la limite entre les diocèses de Grenoble et de Genève sur la rivière Sierroz. Cependant, le seigneur de Grésy-sur-Aix prêta hommage au comte de Genève en 1289 (suite à un accord de paix qui avait été signé en 1287 avec le comte de Genève).

situation d'Aix-les-bains entre le comté de Savoie et le comté de Genève au XIVe siècle

situation d'Aix-les-bains entre le comté de Savoie et le comté de Genève au XIVe siècle

Le castrum et la châtellenie de Saint Hippolyte et tension avec les Seyssel

Il semble que le château principal de la ville d’Aix-les-bains était au niveau des établissements Chevalley, près du prieuré de Saint Hippolyte (aujourd’hui au dessus de la rue des bains d’Henri IV). Nous ne savons pas si les Seyssel à leur installation à Aix, s’installent au château de Saint Hippolyte ou dans le château de la mairie actuelle mais Il semblerait bien que ce soit dans le château de Saint Hippolyte qui semble être un castrum très ancien.

 

Comme nous l’avons vu, un prieuré dépendant de Saint Juste de Suse s’était établit dans les années 1240 près du château de Saint Hippolyte. La fondation de ce prieuré est peut être une manière pour le comte de Savoie de garder un pied dans le castrum d’Aix.

 

Probablement à cause de la position d’Aix-les-bains sur la frontière entre le comté de Savoie et celui de Genève, le castrum de Saint Hippolyte devient le centre d’une châtellenie savoyarde entre 1308 à 1359. Ces deux dates correspondent à une période de guerre pour le comté de Savoie contre le Dauphiné. Cette guerre avait commencée en 1285 et se finira en 1355 avec le traité de Paris entre le comte de Savoie et le roi de France qui avait acheté en 1349 le Dauphiné au Dauphin du Viennois.

Le castrum devait se trouver à la place de cette demeure du XVIIIe siècle

Le castrum devait se trouver à la place de cette demeure du XVIIIe siècle

Aix-les-bains était alors devenu une frontière sensible avec le comte de Genève qui avait prit le parti du Dauphin du Viennois. C’est dans ce cadre que le comte de Savoie fit faire des travaux dans ce château pour le renforcer jusqu’en 1316.

 

Il semble cependant que les droits concernant la possession de ce château ne soient pas très clair. Entre 1313 et 1326, Humbert de Seyssel fils de Guillaume avec sa mère font faire une enquête devant le juge mage de Savoie, Philippe Provana sur les droits concernant sur la juridiction mère et mixte empire du castrum d’Aix et du prieuré de Saint Hippolyte. En 1321, le château est attaqué et brûlé. Probablement par les genevois. Ce qui nécessite des réparations jusqu’en 1322. Il se peut que l’hommage des Seyssel pendant cette période ait été chancelant, renforçant de ce fait l’attitude du comte de Savoie de maintenir une châtellenie en ce lieu. Les Seyssel prêtait aussi l’hommage au Dauphin pour des fiefs qu’ils tenaient de lui en Dauphiné.

 

 

Renforcement du pouvoir des Seyssel à Aix-les-bains après 1355

En 1359, après le traité de paix entre le roi de France et le comte de Savoie, ce dernier va se débarrasser de cette châtellenie devenue inutile en l’inféodant le 22 mars à Aimar de Seyssel, fils d’Humbert seigneur d’Aix en augmentation de fief avec toutes ses dépendances pour 2200 florins d’or. Les biens acquis sont immenses : ils comprennent un moulin, des forêts, des terres, des rentes seigneuriales, ainsi que les dîmes sur les paroisses de Saint Hippolyte, saint Simond et Chismone (?). Cette vente/inféodation comprend aussi des biens et des hommes de la paroisse de Saint Simond qui dépendaient de la châtellenie de Montfalcon

 

On apprend dans cette inféodation que les Mouxy possédaient une partie du château de Saint Hippolyte (possédaient ils une maison forte dans le castrum ?) qui avait échu à Henri Robert et sa femme. Elle passera ensuite à la famille des Mouxy de Loche puis de nouveau aux Seyssel qui vont avoir une domination totale sur la ville.

 

Humbert de Seyssel, peut être le fils d’humbert de Seyssel avait déjà renforcé son pouvoir à Aix-les-bains en rachetant dès 1270 de nombreux droits et biens dans la ville à des personnes de noblesses subalternes possédants encore quelques biens et droits. Cette patrimonialisation s’était aussi faite aussi au niveau spirituelle puisque c’est un des fils d’humbert de Seyssel, Aimar, qui avait repris la direction du prieuré de Saint-Marie/vers 1312. Il fut même prieur du prieuré-mère de Sainte-Marie, Saint-Martin du Miséré en Isère.

Il ne reste que cette fenêtre de l'ancienne église

Il ne reste que cette fenêtre de l'ancienne église

Le prieuré de Notre-Dame-d’Aix (Sainte-Marie) devint aussi la nécropole de la famille de Seyssel. Nous apprenons que Guillaume de Seyssel seigneur d’Aix qui se fait enterrer en 1311 dans ce prieuré, le fait dans le tombeau de ses prédécesseurs. C’est donc bien une nécropole dynastique qui se met en place .

 

Les Seyssel auront de ce fait un territoire immense où ils possèdaient la majorité des droits. Celui-ci s’étendait de Ragès (près de Sonnaz) à Saint Innocent, du lac jusqu’au sommet du Revard. C’est les paroisses de Tresserve, Vivier, Saint Hippolyte, Saint Sigismond, Sainte-Marie d’Aix, mais aussi dans une moindre mesure Mouxy et Pougny.

 

Cette vente/inféodation de 1359 semble aussi être une rationalisation/échange entre les biens du Comtes et ceux des Seyssel car un certains nombres de feux à Voglans, au Vivier et à Tresserve passèrent au comte de Savoie. C’est aussi pour le comte l’occasion de financer son achat du Pays de Vaud et du Valromey (qui lui coûte 160 000 florins d’or).

possessions des Seyssel d'Aix dans la Cluse Chambérienne

possessions des Seyssel d'Aix dans la Cluse Chambérienne

Les Seyssel vont aussi renforcer leur emprise dans la cluse de Savoie. Aymar tient aussi le château de Bourdeau qui est revenu à la branche aîné en 1316 avec un immense fief jusqu’à la Serraz (Hameau au dessus du Bourget-du-lac). Il a aussi le château d’Aiguebelette derrière le col de Saint Michel qui est lui-aussi revenu à la branche aînée. Le 10 septembre 1343, il est inféodé de la bâtie de Barby (château qui existe toujours). Dépendent de ce château au XVI e siècle une 20aine de nobles. En 1347, il achète au seigneur de Miolans une maison forte à Chignin et les Seyssel possèdent depuis au moins 1308, le château de Saint-Claude à Saint-Cassin pour lequel ils rendent hommage au comte de Savoie (la suzeraineté suprême de ce château appartient pourtant à l’archevêque de Vienne). C’est peut être de ce château que sont rattachés les biens des Seyssel dans les paroisses de Vimine et de montagnole.

 

Ces immenses possessions dans la cluse de Chambéry semblent avoir des conséquences. Et nous voyons que le seigneur d’Aix en 1352 doit payer une amande de cent Marcs pour avoir provoqués des troubles à Chambéry.

 

Le château de Saint Hippolyte est un peu une énigme vu qu’il ne reste plus rien. Le "Theatrum sabaudiae" ne peut même pas nous aider étant donné qu’il semble déjà ruiné au milieu du XVII e siècle. Est ce que, sur la planche du "Theatrum Sabaudiae", la Maison au dessus de l’église Saint Pol est un reste du castrum d’Aix ?

 

 

Coup d’état de 1491 et invasion française de 1536

Est ce que c’est le château qui est assiégé par Philippe de Savoie en 1491 est le château qui se trouvait à l’emplacement des thermes Chevalley ou est-ce le château de l’actuelle mairie ?

 

La Maison de Seyssel se distingua à la fin du moyen-âge comme étant le leader de la faction francophile. Si l’action de Louis de Seyssel-la-Chambre vis à vis du souverain français reste difficilement compréhensible en 1482, il sera par la suite un de ses fidèles agents et cela dès 1486/87. Les Seyssel-d’Aix suivront aveuglément cette politique et soutiendront inconditionnellement leur cousin. Ils prendront aussi part au coup d’état de 1491.

 

Leurs possessions à Chambéry et à Aix, mais aussi leur château de Crest à Versonnex (qui pouvait contrôler le passage de Chambéry vers Genève et aussi le défilé des gorges du fier était un sérieux atout pour la réussite de l’opération. Après leur défaite à Chancy près de Genève contre Philippe de Savoie-Bresse leurs châteaux seront assiégés.

Ruines du château de Versonnex ayant appartenu aux seigneurs de Seyssel

Ruines du château de Versonnex ayant appartenu aux seigneurs de Seyssel

La défaite en mi-teinte de leurs alliés à l’Est des Alpes (Marquis de Saluces et Bâtard de Savoie-Raconnis) et le soutien inconditionnel du roi de France fait qu’ils retrouvèrent assez rapidement leur positions comme conseiller du duc de Savoie. Les Seyssel influencèrent pour une alliance avec le roi Louis XII contre le Milanais en 1498, puis plus tard pour une alliance avec le roi François 1er.

 

Ils favorisèrent aussi la conquête française de 1536 (même si le château de la Chambre est assiégé par les troupes françaises) et le roi leur accorda le fief de Seyssel en 1551 et divers avantages. En 1537 s’éteint la branche des Seyssel d’Aix et leur héritage passe aux Seyssel-la-Chambre avec Charles de Seyssel. En 1559, la châtellenie de Seyssel retourna au duc de Savoie. C’est à cette époque qu’elle fut déclarée par le duc de Savoie comme la plus ancienne possession de la Maison de Savoie (en se fondant sur les écrit du chroniqueur Cabaret). C’était une façon pour le duc de Montrer la traîtrise de cette famille envers la Maison de Savoie. Il le nomme aussi commandant de la place de Chambéry en 1559. Ce n’était pas là non plus un cadeau car il allait devoir assumer le mécontentement des Chambériens qui allaient subir le déplacement de la capitale de la Savoie à Turin en 1563 (et peut être devoir diriger une répression contre une éventuelle révolte).

 

Mais dans l’ensemble les Seyssel s’en sortirent très bien car Emmanuel-Philibert avait besoin de l’appui de la France pour récupérer ses terres occupées par les bernois et les protestants (notamment Genève). Et le seigneur de Seyssel restait un des mieux placés par son réseau en France dans la médiation avec le roi de France. Les seigneur de Seyssel garderont toujours de bonnes relations avec le roi de France.

le château des Seyssel à Aix-les-bains

le château des Seyssel à Aix-les-bains

Un urbanisme monumental dans une petite ville

Après le siège de 1491, ils feront reconstruire leur château près du prieuré Sainte-Marie (C’est aujourd’hui l’hôtel de ville) en lui donnant un aspect plus monumental comme le montre le fabuleux escalier et la série de fenêtre à meneaux sur la façade Sud. L’ensemble incluait l’ancien temple romain de Diane et voisinait avec l’arc de Campanus et les anciens thermes romains, ce qui donnait une dimension monumentale au complexe formé par le château et la collégiale.

 

Cette reconstruction était peut être le prétexte d’un réaménagement de l’espace urbain et de la refondation du prieuré familiale en collégiale en 1513 en incluant sa reconstruction complète ou semi-complète (il y a eu un incendie qui donna le prétexte à cette refonte). La création d’un chapitre collégiale permettait à la famille de Seyssel de transformer un vieux prieuré dont ils n’avaient pas le contrôle complet en une institution familiale complètement dévouée à cette famille.

 

Le XVI e siècle est aussi une époque où ce genre de solution religieuse est à la mode. C’est la première d’une série de collégiale qui seront érigées pour les Seyssel. Il y en aura en 1515, trois autres : celle de Chamoux-sur-Gelon, celle de la-Chambre en Maurienne et celle de Meximieux dans l’Ain actuel. Le système des collégiales était tellement lié à leur fondateur que par exemple, le duc Emmanuel-Philibert exigea en 1559, l’hommage féodal du doyen du chapitre collégiale de Chamoux-sur-Gelon.

 

La fondation d’une collégiale permettait aussi pour les seigneurs de déposer leurs reliques sans qu’ils se fassent déposséder. C’est ainsi que la collégiale reçut la relique d’un morceau du bois de la croix du Christ. Elle prit donc le nom de collégiale de Sainte Croix au dépend du vocable de Sainte-Marie de l’ancien prieuré.

 

Ces constructions et ces fondations font qu’on retrouvait de nouveau les caractéristiques du Vicus romain, celui d’une petite ville avec des édifices monumentaux qui faisaient de la ville une petite capitale seigneuriale ostentatoire. En 1561, la consigne du sel a montré qu’il y avait quand même plus de 1000 personnes habitant le territoire d’Aix-les-bains (mais 500 dans les hameaux et les faubourgs ce qui réduit d’autant le poids démographique de cette ville).

l'ancienne collégiale d'Aix-les-bains détruite au XX e siècle

l'ancienne collégiale d'Aix-les-bains détruite au XX e siècle

La vue du theatrum sabaudiae est une sorte de photo de la ville prise au milieu XVII e siècle. A cette époque, les vestiges romains ainsi que les bains sont remis à l’honneur. L’arc de Campanus a même droit à une planche pour lui tout seul et le temple de Diane, pourtant englobé dans le château des Marquis d’Aix est aussi mentionné.

 

La ville close dans le theatrum sabaudiae est assez bien représentée. On y voit une enceinte avec des tours ouvertes à la gorge qui fait le tour de la ville sauf à l’Ouest. Quatre portes sont percées : au Sud, celle de Chambéry, à l’Est, celle de Saint Hippolyte qui se rend sans ce faubourg. Au Nord, celle de Chautagne et celle de Rumilly. Les portes principales semblent être celles de Chambéry et de Rumilly. L’agglomération de Saint Simond n’est pas représentée. Il ne semble pas y avoir de faubourg au Nord de la ville.

 

Ce qui est intrigant, c’est que nous pouvons voir dans cet espace très réduit, des portes à l’intérieur de la ville . Ces portes intérieures semblent fermer des quartiers mais semblent incohérentes. Deux de ces portes sont au Nord-Est de la ville près du bain de Souffre dont elles semblent en contrôler l’accès. L’autre porte est à l’Ouest de la collégiale dont elle semble en garder l’entrée vers la place Carnot.

 

Il se peut que la rue de Genève, la Place Carnot et la rue Albert 1er ait été un agrandissement de la ville médiévale originelle d’où cette porte et l’absence de muraille à l’Ouest.

 

Une autre énigme, la tour demi-ronde rue Daquin qui existe toujours. Sur le « Théatrum Sabaudiae », il n’y a pas de tour demi-ronde. Pourtant cet édifice qui a une meurtrière et quelques fenêtres intéressantes semble bien être le reste de la muraille médiévale. La présence de morceaux du mur d’enceinte encore lisibles de chaque côté confirme cette impression. La rue Daquin était donc un des fossés de la ville.

tour d'enceinte de la ville

tour d'enceinte de la ville

III Un pôle majeur du tourisme : Aix-les-bains, pionnière de la Savoie touristique.

 

C’est au XVIII e siècle, qu’émerge dans les actuels départements de Savoie, Haute Savoie et Nice le tourisme ; tourisme à cette époque extrêmement liée aux anglais qui ont été les alliés du duché de Savoie contre la France notamment pendant la guerre de succession d’Espagne.

 

Mais c’est la fin du siècle qui va signer l’essor du tourisme alpin et maritime en Savoie et à Nice grâce à cette clientèle essentiellement anglaise. Le Mont-Blanc est gravit pour la première fois en 1786. Cet exploit en plus d’être une première est aussi un changement de mentalité : on gravit une montagne seulement pour le plaisir de la gravir, ce qui est une notion totalement nouvelle. Néanmoins, nous sommes encore loin du tourisme de masse actuel. Celui-ci est réservé à la frange la plus fortunée de la population.

 

 

Aix-les-bains un pôle économique au centre des voies de communication

C’est donc partiellement dans ce cadre touristique émergeant que les thermes sont restaurés par le roi Victor-Amédée III entre 1776 et 1783 (le fils du roi était venu prendre les eaux à Aix-les-bains et ce fut lui qui suggéra de construire des bâtiments plus moderne). Dans le même temps, entre 1783 et 1785, le roi voulu aussi aménager le port de Puer à Aix-les-bains (actuel Grand-Port) pour optimiser pour le transport de personnes et de marchandises. 

reste du bâtiment des thermes du XVIIIe siècle

reste du bâtiment des thermes du XVIIIe siècle

Le port se développa d’une manière impressionnante pour le transport de marchandises en direction de Lyon et de la France par le canal de Savière et le Rhône.

 

Cette nouvelle donnée économique liée aux voies de communication n’était peut être pas étrangère à la mise en place de la géographie des départements du Mont Blanc et du Léman par les autorités françaises pendant la période révolutionnaire et du 1er Empire. Le centre de gravité du département du Mont-Blanc semblait devenir Aix-les-Bains, beaucoup plus pratique pour les liaisons avec Annecy que Chambéry d’où une concurrence qui commence à se dessiner dès cette époque.

 

Le développement du transport fluviale en 1839 avec des bateaux à vapeur depuis Lyon allait bénéficier directement à cette ville qui devient très accessible en peu de temps. Le bateau ne mettait que 36 heures pour faire Lyon /Aix-les-Bains et seulement 9 heures dans le sens du courant, c’est à dire dans le sens Aix-Lyon. Un temps beaucoup plus court que la diligence. Et Aix-les-bains était la première destination pour la Savoie. Elle devint donc un « Hub » pour toute la division de Savoie en ce qui concernait la route vers Lyon .

 

Au XIX e siècle, la ville à la restauration qui n’est cependant ni le siège d’une division (le pays comptait 10 divisions après 1815) , ni le siège d’une province administrative (la province était la subdivision de la division, l’équivalent d’un arrondissement français) était devenue la ville la plus dynamique d’un point de vue économique de toute la division de Savoie (départements de Savoie et de Haute-Savoie actuels).

 

Il est intéressant de comparer l’essor de la ville d’Aix-les-bains avec celui de la ville d’Alberville, créé en 1835 à partir de la ville de l’Hôpital-sous-conflans, L’essor de cette ville semble avoir été lié au trafic entre Turin et Genève via Annecy qui passait soit par la Maurienne et la Combe de Savoie, soit par la Tarentaise puis suivait la voie Ugine et Annecy. Mais contrairement à Aix-les-Bains, cette commune était devenue le chef-lieu d’une province au début du XIX e siècle, l’équivalent de nos arrondissements dont le territoire mordait sur la Tarentaise, la combe de Savoie et le Val d’Arly. 

les thermes du XIX e siècle

les thermes du XIX e siècle

Son histoire justifie peut être cette différence : elle avait été le siège d’une châtellenie savoyarde dès le moyen-âge. Mais aussi le lieu de destination : Albertville était un lien avec Turin, capitale de l’état alors qu’Aix-les-bains était un lien avec Lyon, une ville étrangère. Cette différence allait cependant s’inverser avec le transport ferroviaire qui allait se développer très tôt à Aix-les-bains et mis en place plus tardivement pour Albertville. Cette tendance allait aussi s’accélérer avec l’annexion de la Savoie à la France en 1860 rendant prioritaire la liaison vers Lyon et inversement secondaire celle vers Turin. La province d’Alberville sera dès lors supprimée en 1860 et ne sera pas transformée en arrondissement.

Au milieu du XIX e siècle, l’influence du transport fluvial était aussi si fort, que le transport ferroviaire qui s’ouvrit en 1858, se calqua sur ce mode de transport. De plus, la décision française de créer une antenne ferroviaire vers Genève passant rive droite du Rhône allait aider la ville. Le projet initial des autorités savoyardes acté en 1853 était de faire la jonction avec la France entre Saint-Genix-sur-Guiers et Aoste (en Isère), de privilégier une voie Lyon-Chambéry et de créer une antenne sur Genève à partir de Chambéry et passant par Aix-les Bains et Annecy.

 

Mais les autorités françaises voulaient garder une liaison propre vers Genève. Ils tablèrent donc pour une ligne passant par la cluse des Hôpitaux et faisant la jonction avec la Savoie à Culoz. De Culoz, une antenne ferroviaire rejoignait Genève et le réseau Suisse par la rive française du Rhône.

 

De Culoz, la première ville atteinte par la voie ferrée en Savoie était donc Aix-les-bains. De ce fait, la ville, au lieu de devenir une simple étape ferroviaire sur une ligne Chambéry-Genève, conservait de fait sa place de « hub » pour la division de Savoie et la nouvelle division d’Annecy créée en 1850 (divisions qui deviendront en 1860, les départements de Savoie et de Haute-Savoie).

 

Si la ligne Victor Emmanuel qui passe à Chambéry fut terminée jusqu’à Saint-Michel-de-Maurienne en 1858, une antenne secondaire fut ensuite construite à partir d’Aix-les-bains vers Annecy. Elle rejoignit la Roche-sur-Foron en 1884, Cluses en 1890 et Saint-Gervais-le-Fayet en 1898. Cette voie permettait de rejoindre facilement Chamonix qui devenait aussi un lieu touristique très prisé. 

 

réseau de chemin de fer avant 1860

réseau de chemin de fer avant 1860

Aix-les-Bains, centre du tourisme en Savoie

Ces voies ferrées favorisèrent non seulement la venue de touristes en masse, mais elles augmentèrent de fait l’offre touristique aixoise en proposant des excursions vers Annecy et Chamonix.

 

Aix-les-Bains devenait le centre du tourisme savoyard et annonçait une activité qui allait devenir à la fin du XX e siècle, le moteur économique de la région.

 

Le schéma aixois peut nous aider à comprendre l’importance des lieux touristiques savoyards. Nous avons vu comment Annecy et Chamonix ont été accessibles facilement par le train au départ d’Aix. De ce fait, la Haute-Savoie avec ses pôles d’Annecy et de Chamonix se positionneront bien plus tôt que le département de la Savoie (excepté Aix-les-Bains et le Revard). Le développement de la Haute-Savoie suivait aussi la renommée de Chamonix et du Mont-Blanc qui était connu par les élites européennes et facilement accessible aussi au départ de Genève. Le train en a facilité l’accès et Annecy a profité de sa situation d’être entre les pôles d’Aix-les-bains et de Chamonix.

 

Le magnifique et célèbre ouvrage « Nice et Savoie » édité en 1864 pour présenter la Savoie aux français peut être considéré comme un dépliant touristique de luxe. Cet ouvrage influencé par le livre « la Savoie historique et pittoresque » édité en 1856, mais d’une qualité supérieure, présente la Savoie comme une région rurale, montagnarde et bien sûr, pittoresque. Les gravures sont très romantiques, proposant beaucoup de bergers et de bergères et sont axées sur les paysages. Aix-les-bains a une place de choix puisque plusieurs planches proposent des gravures de lieux typiques autour d’Aix-les-bains. Ainsi sont présentés deux gravures pour l’abbaye d’Hautecombe, une gravure de Châtillon au bout du lac et bien-sûr une sur Aix-les-bains.

 

Il présente aussi les attractions touristiques d’Aix-les-bains jusqu’à Chamonix comme le château de Montrottier et les gorges du Fier. Il est incroyable de voir comment cet ouvrage allait influencer le trajet de la voie ferrée Aix-les-Bains/le Fayet (puis celle plus tard de la voie Bellegarde-Saint Gingolph). Nous avons l’impressions que cette voie passe par les endroits typiques montrés dans les ouvrages « la Savoie pittoresque » et « Nice et Savoie ». Ainsi, la voie ferrée passe près des Gorges du Sierroz (qui était une attraction touristique majeur au XIX e siècle), et par les gorges du Fier (avec au dessus le château de Montrottier). D’ailleurs, il y avait des gares qui desservaient ces attractions touristiques. La gare de Grésy était très proche des gorges du Sierroz. 

Gorges du Fier et château de Montrottier dans le livre "Nice et Savoie"

Gorges du Fier et château de Montrottier dans le livre "Nice et Savoie"

Aix-les-Bains, précurseur du ski ?

Aix-les-Bains va être aussi précurseur pour le ski grâce à la station du Revard. Celle-ci va être très tôt reliée à Aix-les-bains par une route carrossable, un tramway puis un téléphérique. En 1891 commença les études pour un train à crémaillère qui est en service en août 1892. En faisant fonctionner ce train l’hiver dès 1908/1909, le Revard devint de fait la première station de ski d’hivers facilement accessible.

 

Elle était cependant en retard sur Saint Moritz en Suisse qui avait lancé l’initiative du tourisme d’hivers en montagne dès 1865 à l’initiative de ses hôteliers et qui avait proposé l’activité du ski dès 1885. Mais Saint-Moritz était bien plus difficile d’accès qu’Aix-les-bains. La ligne de train jusqu’à Davos sera inaugurée en 1889 et celle jusqu’à Saint Moritz en 1903.

 

Mais il faut attendre 1924 pour voir à Aix-les-Bains les premiers équipements liés à une station de sport d’hivers avec une patinoire, une piste de curling, un tremplin même si les premiers remontes pentes furent assurés par des autochenilles. La station est même pressentie pour accueillir les jeux d’hivers de 1924 bien que ce fut Chamonix qui rafla la mise. Le Revard n’accueillit pas non plus les jeux olympiques suivant de 1928 puisqu’ils furent organisés à Saint-Moritz en Suisse.

 

Mais avec le succès du Revard et pour écourter le temps de monter, en 1934 est lancé le projet de construction d’un téléphérique qui verra le jour l’année suivante. Ce n’était pas non plus une nouveauté en Savoie puisque les téléphériques de l’Aiguille du Midi et du Brévent à Chamonix furent réalisés respectivement entre 1927 et 1928.

 

C’est aussi à la même époque, en 1935 qu’est construit, à Saint-Moritz, le premier téléski en Suisse, station qui accueillit aussi la même année les championnats de Ski. Au Revard, le premier téléski fut inauguré en 1938.

 

Avec le développement du transport ferroviaire, les compagnies fluviales allaient aussi muter vers le secteur touristique en proposant des excursions sur le lac du Bourget vers l’abbaye d’Hautecombe ou sur le canal de Savière. 

les thermes du XXe siècle

les thermes du XXe siècle

Conclusion :

Le temple de Diane et l’arc de Campanus, conforté par la proximité des anciens thermes royaux ont été traditionnellement vue comme le centre de l’agglomération romaine d’Aix-les-Bains, le forum du vicus d’Aix-les-bains.

 

Ces vestiges romains très impressionnants ont fait croire à un vicus de grande taille. Mais les recherches récentes montrent que ces monuments ont eu un simple rôle funéraire pour des familles privées. Ils dépendaient plus de la fortune des donateurs que de la taille de l’agglomération. De ce fait, il faudrait relativiser l’importance de ce vicus même si il a laissé des vestiges importants. Les thermes ont d’ailleurs probablement été la seule cause de son existence.

 

C’est donc dans la continuation de cette modeste taille qu’il faut comprendre la dénomination de « villa » en l’an mil par les notaires du roi Rodolphe III pour Aix-les-bains plutôt qu’un grand rétrécissement de son empreinte urbaine même si il semble qu’il a quand même eux-lieu. 

 

Si ce roi choisit cette villa, c’est surtout qu’elle se trouve à la frontière entre le royaume d’Ultra-Juram contrôlé par les ancêtres du roi Rodolphe et l’ancien royaume bosonide de Bourgogne-provence que son père venait juste d’acquérir. Aix-les-bains se situait aussi dans le petit comté de Saboia où le roi possédait un nombre impressionnant de biens en propre.

 

La situation frontalière d’Aix-les bains perdurera aussi au bas-moyen âge lorsque cette ville devint une possession du comte de Savoie. Elle se trouvera jusqu’en 1401 à la frontière du comté de Genève.

 

Mais l’évènement important de ce moyen-âge fut l’inféodation de cette ville vers 1233/1235 à la famille de Seyssel une des plus puissantes familles nobles du comté de Savoie. Ceux-ci qui étaient très bien possessionnés dans la cluse de Savoie et dans ses alentours immédiats (Barby, Bourdeau, la Serraz, Saint Cassin, Vimine, Montagnole, Chignin, les Bauges, Aiguebelette, …) vont faire de cette ville leur centre névralgique. Ce centre sera renforcé avec la transformation du prieuré bénédictin de la ville en mausolée familial puis en collégiale en 1513, affirmant sa fonction de lieu dévotionnel quasi privé pour cette famille.

 

C’est probablement dans ce rôle, de petite capitale d’une famille baronal autonome qu’Aix-les-bains se développera en parallèle à Chambéry sans la regarder, malgré une distance très faible de 15 km seulement.

 

Grâce au tourisme qui émergea à la fin du XVIII e siècle et grâce à sa proximité avec le lac du Bourget et le canal de Savière qui favorisont le transport fluvial depuis Lyon, Aix-les bains prendra un essor important au XIX e siècle au point de vue économique au point de supplanter économiquement Chambéry. La construction de la voie ferrée qui se superposa au transport fluviale confirma la place d’Aix-les-Bains en Savoie. Cet essor sera aussi renforcé avec l’annexion de la Savoie à la France en 1860. Chambéry se trouvera de fait, dans l’ombre d’Aix-les-Bains jusqu’à la fin du XX e siècle et la construction de l’autoroute.

 

Cela nous permet de comprendre pourquoi nous avons une situation de concurrence qui perdure jusqu’à aujourd’hui malgré la proximité entre les deux villes. Situation qui se manifeste par l’existence absurde de deux réseaux de bus qui ne communiquent que très peu entre eux.

 

le magnifique escalier du château des Seyssel

le magnifique escalier du château des Seyssel

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