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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

Le Valais et la Savoie

Le Valais a une place ambiguë dans l’histoire de la Savoie. C’est à la fois une des premières régions où est implantée la Maison de Savoie avec les diocèses de Belley et d’Aoste, mais c’est aussi une des premières régions a quitter l’espace savoyard à cause de la défaite militaire de la Plantaz en 1476 contre les armées haut-Valaisannes.

 

C’est aussi pendant la période savoyarde que va s’effectuer la partition du Valais en deux unités politiques et culturelles différentes : Le Bas-Valais qui est inclut dans le bailliage du Chablais qui est francophone et le Haut-Valais plus lié à l’évêque qui va devenir germanophone.

 

L’objectif de cette communication est de montrer les mécanismes notamment économiques qui ont provoqué la partition politique et linguistique de ce diocèse et le résultat décevant pour la Maison de Savoie à la fin du XV e siècle.

 

Une première partie sera consacrée à une synthèse de l’histoire politique de ce diocèse. Puis dans un second temps, nous approfondirons certains points.

 

 

1-Chronologie

Les droits de la Maison de Savoie dans le Valais sont anciens. Déjà, le fils d’Humbert-aux-blanches-mains, Aymon de Savoie, fut évêque du Valais d’environ 1034 à 1058. Les Humbertiens sont aussi très tôt abbés de Saint-Maurice-d’Agaune.

 

Ces liens forts avec le Valais proviendraient d’une parenté étroite avec d’anciens comtes possessionnés dans le Valais, tige de la branche des seigneurs de Granges (près de Sierre). Il ne faut cependant pas faire de ces comtes, des comtes du Valais. Le titre de comte montre plutôt une proximité avec le roi qu’un honneur territorial. Les droits régaliens de ce diocèse ont été délégués par le roi Rodolphe III à l’évêque de Sion en 999.

 

L’importance du Valais va être accrue avec le développement des foires de Champagne. Le passage par le col du Grand-Saint-Bernard deviendra un col alternatif aux cols du Montgenèvre et surtout du Mont-Cenis pour rejoindre ces foires.

Grand itinéraire des foires de Champagne

Grand itinéraire des foires de Champagne

Reste de l'Abbaye de Saint-Maurice-d'Agaune

Reste de l'Abbaye de Saint-Maurice-d'Agaune

C’est en 1150 qu’on a sur cette route la première mention du château de Chillon qui est déjà aux mains de la Maison de Savoie mais comme fief de l’évêque de Sion. Ce château est la clef de cette route. Le comte Humbert III va ensuite s’allier au recteur de Bourgogne, Berthold IV de Zäerhingen. Ce dernier domine le Pays de Vaud, ce qui donne une logique dans le contrôle de cette route qui passe ensuite par cette région jusqu’au col de Jougne.

 

Il épousera d’ailleurs sa fille Anne-Clémence, et obtiendra grâce à lui l’avouerie impérial sur le diocèse du Valais. Cette avouerie lui donna une supériorité hiérarchique sur l’évêque de Sion.

 

Même si l’avouerie est rendu caduc par l’Empereur Henri IV en 1189, Le comte Thomas 1er essaya ensuite de renforcer son pouvoir sur cette route en s’affirmant de l’autre côté du Grand-Saint-Bernard, dans la cité épiscopale d’Aoste en y accordant des franchises à la ville en 1191.

 

La Maison de Savoie semble déjà bien tenir l’accès valaisan de ce col qui deviendra par la suite la châtellenie de Sembrancher.

 

Mais la perte de l’avouerie va donner un souffle au parti opposé au comte de Savoie dans la vallée. Ce parti réussira à mettre en place des évêques hostiles au comte de Savoie comme Landry de Mont (1206-1237) et Henri de Rarogne (1243-1274) qui s’affirment militairement en construisant des châteaux forts autour de Sion (châteaux de Montorges et de la Soie) et aussi à Martigny (château de la Batiaz).

 

Le château de Chillon, chef lieu du bailliage du Chablais qui regroupait le Valais.

Le château de Chillon, chef lieu du bailliage du Chablais qui regroupait le Valais.

La période qui va de 1267 à 1291 est une période assez troublée avec l’ouverture d’un second col majeur dans cette vallée, le col du Simplon qui concurrence le Grand-Saint-Bernard.

 

L’ouverture de ce col correspond à l’essor politique du Haut Valais qui s’affirme d’abord à travers sa haute aristocratie, les familles de la Tour et de Rarogne notamment.

 

La réponse savoyarde à toutes ces tensions fut la mise en place des châtellenies de Saillon, Saxon et de Conthey. Elles permettaient par leur proximité une surveillance étroite de la cité de Sion, mais aussi d’un point de vue très pragmatique en créant une zone de sécurité dans la partie basse du Valais où passe la route du Grand-Saint-Bernard. C’est l’origine de la séparation politique entre le Haut et le Bas Valais. 

le château de Saillon, chef-lieu de Châtellenie et marché important sur la route du col du Simplon

le château de Saillon, chef-lieu de Châtellenie et marché important sur la route du col du Simplon

Si le débouché par le Chablais savoyard était important pour les marchands ayant pris le col du Simplon, notamment pour le trafic vers les foires de Champagne, les Haut-Valaisans développont aussi des débouchés alternatifs par les cols de la Gemmi (2314 m) qui relie Loèche avec l’Oberland Bernois (Kendersteg), le col de Sanetsch (2252 m ) qui relie la vallée de la Sarine au Valais (par la vallée de la Morge), et le col de Grimsel (2165 m) qui relie le Haut Valais (Gletch) à la vallée (Innertkirchen) (il est situé près du col de la Furka). Il permet de rejoindre Berne ou Lucerne par le col du Brüning.

 

Ces cols vont devenir importants après la décadence des foires de Champagne et l’essor du commerce entre la Haute Allemagne et l’Italie au milieu du XIV e siècle. Ils vont en quelque sorte favoriser l’autonomie économique et politique du Haut Valais.

 

C’est dans ce contexte économique que la communauté alémanique va s’affirmer de plus en plus dans le Haut-Valais et la transformer en région germanophone. Cette communauté avait immigré dans cette vallée en plusieurs phases au cours du XIII e siècle. Le poids numérique de cette colonisation et l’importance des liens économiques avec l’Allemagne allait forcer la communauté romande d’origine dans le Haut-Valais à s’adapter.

 

La Haut-Valais, par son débouché du Simplon était en contact étroit avec l’aire milanaise. Il allait devenir une zone tampon entre le comté de Savoie et la seigneurie émergente des Visconti.

Ancienne vue de Sion avec le château de Tourbillon (à gauche) et la collégiale fortifiée de Valère (à droite)

Ancienne vue de Sion avec le château de Tourbillon (à gauche) et la collégiale fortifiée de Valère (à droite)

Mais si les tensions dans le Haut-Valais avec le comte de Savoie avaient résulté de la politique milanaises et surtout de la guerre contre le Dauphiné (jusqu’en 1355), les grosses problématiques dans le Valais de la fin du XIV e et surtout du XV e siècle allaient venir de la communauté alémanique et de son alliance avec Waldstätten.

 

En effet, l’essor des foires de Genève à la fin du XIV e siècle allait encore bouleverser les axes géo-économiques. Cela allait amener plutôt à une alliance entre le duc de Milan et le comte puis duc de Savoie. Malheureusement, cette politique économique pro-genevoise concurrençait l’économie des Waldstätten liée au trafic du col du Gothard.

 

C’est pour combler la faiblesse de l’état milanais et permettre le trafic vers Genève que le comte de Savoie intervint dans le Val d’Ossola entre 1411 et 1417 chasser les Suisses qui profitaient de la situation.

 

Les conflits avec le Haut-Valais allaient surtout être la déclinaison locale des grands conflits européens, notamment du schisme entre les deux Papes (d’Avignon et de Rome), de l’opposition entre les Wittelsbach et les Visconti, puis pour la fin du XV e siècle, les résultats de la guerre de Bourgogne.

Vue de la tour de Saillon jusqu'à Sion (où on voit les collines de Valère et de Tourbillon)

Vue de la tour de Saillon jusqu'à Sion (où on voit les collines de Valère et de Tourbillon)

C’est aussi dans le contexte de concurrence entre les foires de Lyon et de Genève, apparut après 1463 qu’il faut aussi voir la cause de l’importation des guerres de Bourgogne qui va amener à l’évènement de la bataille de la Plantaz en 1476 (dont la raison a été de bloquer l’arrivée de renforts milanais pour le duc de Bourgogne).

 

 

2- Au point de Vue local :

Les premiers conflits dans le Haut-Valais avaient résulté des grandes familles régionales qui en profitaient pour renforcer leur puissance, éliminer les concurrents et vendre très cher leur appui ou leur neutralité au comte de Savoie. L’exemple de la famille de la Tour est assez emblématique. Cette famille très puissante possédait de nombreux biens dans le Valais et certains de ses membres furent même évêques de Sion.

 

Mais ils tiraient leur puissance essentiellement de charges qu’elles soient épiscopales, impériales ou venant du Comte de Savoie. Ils allaient faire monter les enchères en prenant part à la guerre entre le Dauphiné et la Savoie qui s’est déroulée entre 1285 et 1355, en s’alliant au Dauphin du Viennois. Cette alliance fut renforcée par le fait qu’ils prétendaient avoir les même ancêtres que les Dauphins, être des descendants comme eux des la Tour-du-Pin par la branche de Vinay (en Isère actuel).

 

C’est dans le cadre de ce conflit que fut élevée la chartreuse de Gironde à Sierre. Cette chartreuse fut même co-financée par la tante du Dauphin, la reine de Hongrie. Mais le passage du Dauphiné au roi de France en 1349, suivit du traité de Paix en 1355 allait mettre un terme aux ambitions de cette famille et à cette chartreuse. Elle ferma ses portes et à sa place les comtes de Savoie construisirent un château fort.

 

Leur rivalité se porta ensuite à niveau plus local contre la famille Tavel qui était la représentation du comte de Savoie dans la ville. Mais le meurtre en 1375 de l’évêque Guichard de Tavel qui fut jeté du haut des remparts de son château fut un faux-pas fatal qui les désolidarisa de la Haute noblesse valaisanne. Ce fut le prétexte qu’utilisa le comte de Savoie pour intervenir et l’anéantir complètement.

 

L’autre exemple est celui de la famille de Rarogne, une des familles les plus puissantes du Valais. Celle-ci prit le leadership de la noblesse valaisanne après la déchéance des la Tour. Si ils sont en conflit avec le comte de Savoie pendant une bonne partie du Moyen-âge, à partir du début du XV e siècle, la politique du comte de Savoie allait coïncider avec leurs ambitions par la création d’un état autonome sous leur contrôle en 1414.

Carte du Valais avec les principaux cols, routes. avec les châtellenies savoyardes dans le Bas-Valais et les dizains dans le Haut-Valais

Carte du Valais avec les principaux cols, routes. avec les châtellenies savoyardes dans le Bas-Valais et les dizains dans le Haut-Valais

Mais leur rapprochement avec la Maison de Savoie était peut être le signe de la faiblesse de leur leadership sur la noblesse valaisanne. La vieille noblesse romande semblait être déjà dépassée par les leaders des communautés germanophones. Ce changement se matérialisa en 1457 par la première élection d’un évêque ayant un nom germanique.

 

La force interne du Haut-Valais semble être liée à sa structure politique en sept dizains : Sion, Sierre, Loèche (Leuk), Rarogne, Viège (Visp), Nater (transféré à Brigue en 1518), Ernen-Conches. Il est très probable qu’à l’origine ces dizains aient été des grandes paroisses.

 

Les grandes paroisses sont une constante dans les Hautes Montagnes des Alpes. Il suffit de penser aux grandes paroisses de Haute-Maurienne, mais aussi à celles du Haut-Val-Chisone. La Haute-val-Chisone n'avait que 4 paroisses avant qu’elles ne soient fractionnées au XVII e siècle en 16 paroisses. Le fractionnement avait pour but un meilleur encadrement religieux catholique, mais aussi désolidarisait ces communautés.

 

Pour le Valais encore au XIII e siècle, nous voyons par exemple que les habitants de la grande vallée de Saas dépendent encore de l’église paroissiale de Viège. Même Brigue dépendra de la paroisse de Naters jusqu’en 1642 où un des hameaux de Brigue, Glis, devient une paroisse à part entière, comprenant tous de même brigue et toute la vallée jusqu’au col du Simplon. L’arrivée des capucins entre 1650 et 1660, des Ursulines en 1661 et la fondation d’un collège de jésuites en 1662 avaient probablement pour but de créer une paroisse à Brigue qui était déjà un grand centre économique. Elle ne sera un siège paroissial qu’en 1957.

 

Ces grandes paroisses ont donc perduré très longtemps dans le Haut Valais. Elles vont devenir le lieu d’agrégation de l’oligarchie des villages environnants et créer des communautés possédant un poids politique suffisant pour s’imposer y compris vis à vis de la haute noblesse traditionnelle romande.

 

 

Conclusion :

Après 1476, les Haut Valaisans germanophones s’imposeront dans presque tout le diocèse du Valais. Tous les évêques du Valais ont après 1457 un nom germanique. A partir de cette époque, le Bas-Valais fut considéré comme une possession des dizains Haut-Valaisans. La partition politique et culturelle se maintint donc après cette date. 

Le château de la Batiaz à Martigny a été un enjeu entre le comte de Savoie et l'évêque de Sion. La tour a été construite par Pierre II de Savoie au XIII e siècle.

Le château de la Batiaz à Martigny a été un enjeu entre le comte de Savoie et l'évêque de Sion. La tour a été construite par Pierre II de Savoie au XIII e siècle.

Si le centre politique du Valais restait bien Sion qui était toujours le siège du diocèse, l’embellissement architectural des petites villes du Haut Valais ne laisse pas de doute sur les tenants de la puissance politique. L’exemple édifiant est l’immense palais des Stockalper à Brigue qui devient le monument le plus imposant du Valais.

 

L’émancipation politique des bas valaisans intervient seulement en 1798 grâce à la conquête française du Valais. Ils réussissent à obtenir pendant l’occupation française la création de trois autres dizains affirmant leur autonomie par rapport au Haut Valais mais pas encore l’égalité politique (il y a sept dizains du côté du Haut Valais).

 

La partition politique du Valais semble donc avoir été le résultat de l’émergence du col du Simplon qui est apparu comme concurrent au col du Grand-Saint-Bernard. Les mutations économiques du milieu du XIV e siècle qui vont faire émerger les relations entre l’Italie et l’Allemagne semble avoir été la condition de la survie économique du Haut-Valais et de l’essor de sa population germanophone, soit dans le cadre d’une immigration, soit dans le cadre d’une adaptation.

 

C’est donc plus dans le contexte d’une opposition à des éléments et intérêts germaniques qu’à une opposition avec le seigneurs de Milan qu’il faut situer les conflits avec le Valais puis la perte du Valais en 1476. Cette perte aura des conséquences dans le long terme.

 

Après l’annexion de la Bresse du Bugey et du Pays de Gex à la France en 1601, une partie du trafic commercial entre Milan et Lyon (qui passait par le département de l’Ain, Genève, le Léman, le Valais et le Simplon) échappera de fait complètement à la Maison de Savoie.

 

Emmanuel Coux 2019

 

Vue du château de Saxon qui était le centre d'une châtellenie

Vue du château de Saxon qui était le centre d'une châtellenie

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