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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

Saint-Georges-d'Espéranche en Viennois, une proto-capitale du Comté de Savoie

Saint-Georges-d'Espéranche en Viennois, une proto-capitale du Comté de Savoie

La ville de Saint-Georges-d’Espéranche, située pas très loin de Vienne en Isère, a été une des villes importantes de la Savoie au moyen-âge puisqu’elle a été une sorte de proto-capitale du Comté de Savoie, et ensuite le chef-lieu d’un bailliage, celui de la Viennoise.

 

Son histoire était complètement passée aux oubliettes jusqu’à qu’un historien anglais, Arnold Taylor, découvre un lien entre une série de grands châteaux situés dans le Pays de Galles, et des châteaux dans l’ancien Comté de Savoie. Le lien était un maître maçon savoyard (nous dirions aujourd’hui architecte), maître James ou Jacques de Saint-Georges (d’Espéranches). Ce maître maçon d’origine savoyarde avait pris le nom du château emblématique qu’il avait construit entre 1268 et 1272, le château de Saint-Georges-d’Espéranche.

 

Ce château n’était pas seulement un château comme les autres, mais la résidence principale de Philippe 1er de Savoie qui cumulait depuis 1268, les titres de comtes de Savoie et de Bourgogne (en réalité il était régent du Comté de Bourgogne). Philippe 1er avait aussi été ancien l’archevêque de Lyon depuis 1246, titre qu’il avait cumulé avec ceux d’évêque de Valence et de doyen du chapitre de Vienne. Même si il avait dû abandonner ces fonctions religieuses, il tenait toujours fermement les villes de Valence, Vienne et Lyon. Ce qui faisait de lui le véritable maître d’un territoire qui correspond aujourd’hui à Rhône Alpes, la Franche-Comté, la Suisse-Romande, le Val d’Aoste, et d’une partie du Piémont (voir carte ci-dessous).

 

A cette époque, le territoire de Lyon était devenu une terre assez stratégique, ce qui peut expliquer la fondation d’une proto-capitale dans ce lieu. C’est à Lyon que traversait la route allant aux foires de Châlons et de Champagne. C’est aussi à Lyon que se déroula deux grands conciles œcuméniques. Celui entre 1244 et 1251 dans lequel Philippe de Savoie joua un grand rôle, et celui de 1274, qui fut un des plus grands conciles de l’histoire.

 

Si l’histoire du château et son influence, sur les autres châteaux savoyards, sur les châteaux du Pays de Galles et sur les châteaux gascons du Pape Clément V sont assez bien connues, l’histoire de la ville de Saint-Georges a été, au contraire, un peu laissée de côté. L’objectif ici, n’a pas la prétention d’analyser l’urbanisme de la ville, mais plutôt de lancer des pistes de recherches, et de s’intéresser à l’histoire de la Savoie dans une région qui n’est traditionnellement pas considérée comme savoyarde.

 

Après avoir rappelé un bref historique politique et économique du lieu et du contexte de l’époque, nous allons nous pencher sur l’urbanisme de cette ville, mais aussi comprendre son lien avec son environnement régional.

 

 

A l'origine la tour était entre deux et trois fois plus haute. le corps du logis était lui-aussi deux fois plus haut. Il reste très peu de vestiges de ce château

A l'origine la tour était entre deux et trois fois plus haute. le corps du logis était lui-aussi deux fois plus haut. Il reste très peu de vestiges de ce château

 

Historique et situation

Le lieu de Saint-Georges-d’Espéranche a été acheté par Pierre de Savoie (futur Pierre II) à la famille des seigneurs de Beauvoir en même temps que Septème, vers 1250.

 

Ce lieu était aussi le siège d’une grange de l’abbaye cistercienne de Bonnevaux, la grange de Péranche, dont il reste encore un vestige. Les granges monastiques sont à cette époque de véritables unités de production agricole. Cette grange qui avait 5000 hectares de terre était entourée d’un petit village. Elle a aussi été rachetée par Pierre de Savoie en 1251, ce qui faisait, accolée aux domaines achetés aux seigneurs de Beauvoir-de-Marc, un bel ensemble domanial . Il semble qu’il y ait eu aussi dans ce territoire une paroisse.

 

La fondation de la ville neuve par Pierre de Savoie semble aspirer les habitats précédents vers cette ville neuve, qui est l’actuel centre ville de Saint-Georges-d’Espéranche. Philippe de Savoie hérite en 1268 de son frère Pierre et fait construire ou reconstruire le château entre 1268 et 1272 par l’architecte officiel des comtes de Savoie, Maître James ou Jacques de Saint-Georges. Philippe 1er de Savoie, alors comte de Savoie, ancien archevêque de Lyon, allait faire de Saint Georges d’espéranche une véritable résidence de prestige.

 

Ce prestige est visible de part la forme des tours de plan octogonal. Celles-ci rappellent par leurs formes, les tours de la muraille de Constantinople, mais aussi celle du château de Castel del Monte, dans le Royaume de Naples. Tous deux étaient des fortifications impériales, et exhiber ce type de tour, était une façon de dévoiler sa puissance politique ou ses prétentions.

 

Le plan de ces tours sera repris dans la résidence royale de Caernarfon dans le Pays de Galles. mais probablement pour les mêmes raisons de prestige reprit aussi dans d’autres châteaux, comme pour le château de Trévoux des puissants Sire de Villars (construit vers 1300), comme aussi dans le château de Clermont à Chirens, dont la tour plutôt polygonale qu’octogonale est construite au XIIIe siècle, et peut être pour le palais de Chivasso, capitale du Marquisat de Montferrat, sous le marquis Théodore Paleologue, fils de l’empereur byzantin.

tour maîtresse du château de Trévoux (qui a été réduite en hauteur)

tour maîtresse du château de Trévoux (qui a été réduite en hauteur)

La résidence de Saint-Georges-d’Espéranche impressionna le roi d’Angleterre Édouard 1er qui passa dans la ville en juin 1273. Ce n’était pas un simple passage du roi qui rentrait de croisade. C’était aussi le début de règne de ce monarque qui avait besoin de consolider sa position et de s’assurer de l’appui de fidèles vassaux.

 

Cette période était aussi, dans la vallée du Rhône, une époque délicate. En 1272, disparaissait Richard de Cornouaille, roi des romains et donc de Bourgogne, ainsi que le roi d’Angleterre Henri III. Le roi de France, en partant et en revenant de croisade avait essayé d’affirmer sa suzeraineté à Lyon en 1269 et 1271. Et Rodolphe de Habsbourg, ennemi du comte de Savoie, devenait empereur du Saint-Empire-romain-germanique, donc aussi roi du Royaume d'Arles et de Vienne. 

 

Le château de Saint-Georges-d’Espéranche semble donc avoir été utilisé par le roi d’Angleterre pour montrer sa suzeraineté. C’est dans ce château que Guillaume de Tournon et probablement aussi Philippe de Savoie et d’autres seigneurs prêtèrent hommage au roi d’Angleterre.

 

C’est aussi à partir de cette date que ce roi d’Angleterre va vouloir emprunter l’architecte du comte de Savoie, Maître James ou Jacques de Saint Georges, pour construire ses châteaux du Pays de Galles. Le Pape Grégoire X passera aussi dans ce château en novembre 1273, avant de se rendre à Lyon pour son concile de 1274. C’était avant tout une visite diplomatique. Philippe 1er avait été l’ancien maître de Lyon et le bras armée du Pape lors du premier concile de Lyon entre 1245 et 1251, Grégoire X devait se le concilier. De son côté Philippe 1er se devait d’impressionner le Pape et de se montrer qu’il restait l’homme fort de la région.

 

Philippe 1er fut conscient des enjeux politiques de son époque. Ce château avait donc pour rôle de s’imposer dans le paysage entre les cités de Vienne et de Lyon et d’impressionner tous les diplomates et les chefs d’États qui venaient rendre visite au comte de Savoie. La visite du roi d’Angleterre et du Pape montre que cela a bien fonctionné. Ce rôle ostentatoire était aussi la fonction d’une capitale, ce que fut en quelque sorte Saint-Georges-d’Espéranche, non seulement pour le Comté de Savoie, mais pour un espace bien plus large, l’aire d’influence de Philippe 1er.

Carte des principaux circuits économiques du XIIIe siècle. Carte du Comté de Savoie (trait plein) et carte de l'aire d'influence du comte Philippe 1er (Lyonnais, Valentinois, Comté de Bourgogne, etc..;). Cités stratégiques pour Philippe 1er et principaux châteaux liés à ces cités stratégiques, Chillon, proto-capitale de Pierre II de Savoie, et Saint-Georges-d'Espéranche (St-G-E).

Carte des principaux circuits économiques du XIIIe siècle. Carte du Comté de Savoie (trait plein) et carte de l'aire d'influence du comte Philippe 1er (Lyonnais, Valentinois, Comté de Bourgogne, etc..;). Cités stratégiques pour Philippe 1er et principaux châteaux liés à ces cités stratégiques, Chillon, proto-capitale de Pierre II de Savoie, et Saint-Georges-d'Espéranche (St-G-E).

Cette aire d’influence est révélée par le mariage, dans le château de Saint Georges, entre Hippolyte, fille de feu le comte de Bourgogne, et Amayret de Valentinois le 4 décembre 1270. Ce mariage, qui révèle la stratégie matrimoniale de Philippe 1er montre aussi le rôle centrale de la ville entre deux États périphériques de son domaine, le Comté de Bourgogne (Franche-Comté) où il est le régent depuis 1267, et le Valentinois, où il a été évêque de Valence jusqu’en 1267. Un de ses successeurs au siège épiscopal de Valence, Amédée de Roussillon était un de ses fidèles dévoués. Il captura le Marquis de Montferrat ce qui permit au neveu de Philippe 1er, Thomas III de s’emparer de Turin en 1280. Ce sera aussi dans ce château que sera célébré le mariage entre Sibylle de Bagé et Amédée de Savoie en 1272 ; mariage qui fera entrer la Bresse dans les États de Savoie.

 

Cette fonction allait être renforcée dans le fait qu’elle abritait la résidence du chef d’État. Même si Philippe est comme tous les souverains de son époque, une personne itinérante, il va néanmoins limiter ses trajets en prétextant ses maladies.

 

Localement, le château était au centre d’un réseau de châtellenies comtales et de seigneuries vassales entre le Viennois et le Velin, et plus exactement entre la Côte-Saint-André et Lyon, avec notamment les châtellenies de Saint-Symphorien-d’Ozon, Septème, Fallavier, la Verpillère, Châbons, Azieu et la Côte-Saint-André (complété plus tard par Saint-Jean-de-Bournay). Saint Georges d’Espéranches était aussi entre deux grandes seigneuries vassales, celles des Beauvoir-de-Marc au Sud (Villeneuve-de-Marc. L’autre rameau de Beauvoir-de-Marc avait cependant, après 1282, choisit l’alliance dauphinoise) et celle des Chandieu au Nord (Saint-Pierre-de-Chandieu). Les Chandieu étaient les seigneurs les plus importants du Velin. Enfin Saint-Georges-d’Espéranche était aussi proche de la grosse commanderie templière de Vaulx-milieu.

Carte du Viennois et du Velin avec la situation de Saint-Georges-d'Espéranche

Carte du Viennois et du Velin avec la situation de Saint-Georges-d'Espéranche

Saint-Georges-d’Espéranche était donc au centre d’un territoire assez bien contrôlé avec comme périmètre est Lyon, Jonage, Bourgoin, La-Côte-Saint-André, et Vienne, même si le dauphin du Viennois allait faire, après 1319, une grande percée dans le Velin avec l’annexion de Saint-Laurent-de-Mur.

 

D’un point de vue économique, Saint Georges d’Espéranches s’organisait entre une voie Est-Ouest entre Chambéry et Vienne (une déviation de la voie romaine entre Bourgoin et Vienne), et une voie Nord-Sud avec une voie parallèle au Rhône et à la Saône. Il y avait au moyen-âge un second itinéraire Nord-Sud qui prenait naissance à Avignon, puis Orange. Il se poursuivait pas Suze la Rousse, Grignans, Charols, Crest, Chabeuil, Alixan, Romans. Puis il continuait à Margès, Montchenu, Hauterive, Beaurepaire, Ezins-Pinet, Saint Georges d’Espéranche. De cette ville, il allait à Fallavier, Villette d’Anthon, Montluel, Villars-lès-Dombes, Châtillon-sur-Chalarone, Pont-de-Veyle, Bagé, Pont-de-Vaux, Cuisery, et Châlon-sur-Saône.

 

Mais surtout, Saint-Georges-d’Espéranche était entre deux voies de commerce importantes, au Nord de la ville, passait la voie qui allait du col du Mont-Cenis aux foires de Champagne par Lyon. Au Sud, se trouvait celle qui allait du col du Montgenêvre à Vienne, concurrente de la première. Saint Georges d’E. ne semble donc pas placée pour être sur un axe économique, mais plutôt dans le cadre de la surveillance de ces deux axes.

 

Cela semble confirmé par le fait que, si Philippe 1er créa un atelier monétaire dans le Viennois, il ne le fit pas à Saint-Georges-d’Espéranches, mais plutôt dans la ville de Saint-Symphorien-d’Ozon, à mi-chemin entre Vienne et Lyon. Cette faiblesse économique qui place Saint-Georges-d’Espéranche comme centre économique de seconde zone va dans le sens opposé qu’on se fait d’une capitale moderne. De même que le voisinage de Vienne et de Lyon, capitales religieuses et villes anciennes et prestigieuses ne donne pas l’image de centralité tant souhaitée pour une capitale. Saint-Georges-d’Espéranche avait surtout un rôle de surveillance et pression sur les villes de Lyon et de Vienne. Lyon et Vienne étaient la propriété de leurs archevêques. C’est aussi pourquoi Philippe 1er eut tant de mal de se séparer de ses titres d’évêques et d’archevêques.

 

Après que Chambéry ait été choisi pour devenir la capitale du Comté de Savoie, en 1295, Saint-Georges-d’Espéranche conserva un rôle important comme centre de bailliage du Viennois. D’ailleurs la prééminence de Saint-Georges-d’Espéranche semble durer jusqu’à cette date. C’est dans cette ville que meurt Sibylle de Bagé en 1294. Il se pourrait bien que sa mort ait eu un lien avec la fondation de Chambéry comme capitale, de manière à être en lien plus directe avec la Bresse, et pour Amédée V, de continuer à s’affirmer comme seul seigneur de Bresse après la mort de sa femme. C’est aussi en 1294, que l’on voit un accroissement spectaculaire sur la route entre Chambéry et la Bresse. Ce qui a pu être provoqué en forçant les marchands se rendant ou revenant des foires de Châlons-sur-Saône ou de Champagne à prendre l’itinéraire de la Bresse plutôt que celui de Lyon. Chambéry étant au croisement des itinéraires de la Bresse et de Lyon.

 

Plan de la ville de Saint-Georges-d'Espéranche (les faubourgs probables ne sont pas indiqués). Les tours de la muraille ne sont pas dessinées.

Plan de la ville de Saint-Georges-d'Espéranche (les faubourgs probables ne sont pas indiqués). Les tours de la muraille ne sont pas dessinées.

 

Urbanisme

 

D’un point de vue de l’urbanisme, la ville s’organise autour d’une rue principale, l’actuelle rue marchande. Celle-ci démarre à proximité du château comtal et, après un point bas, se poursuit par la rue de la Serve du Pont. C’est l’axe Bourgoin/Vienne, entre les Portes de Bourgoin (près du château) et de Septème.

 

Le point bas de la rue, marqué avec une halle, semble être à la fois un centre, un point de rencontre, mais aussi le point de raccordement entre deux ensembles distincts de la ville. La distinction entre ces deux ensembles se remarque avec le nom des rues, qui changent quand on passe ce point bas. Il y aurait eu, dans l’espace de la ville entre la halle et la Porte de Septème, appelé le fond de ville, avant la construction de la villeneuve, un village et une motte castrale dont il ne reste plus aucun vestige. C’est dans cette partie de la ville que l’ont a retrouvé deux vestiges de maisons de prestiges caractéristiques du moyen-âge.

 

Sur la grande maison la plus proche de la halle, des fenêtres anciennes ont été retrouvées lors d’une restauration. Elles semblent indiquer le XIIIe siècle et probablement de l’époque de Maître James of Saint-Georges. On retrouve ce style de fenêtre dans le château de Chillon situé dans le Pays de vaud, et dans le château d’Harlech au Pays de Galles. Cette partie de maison serait donc un des rares vestiges de la période de la fondation de la ville par Philippe 1er de Savoie. La qualité des fenêtres, la hauteur du bâtiment, et sa situation sur la rue principale semblent indiquer une demeure prestigieuse. Il y a aussi les restes d’une seconde maison en brique quasiment en face de la première. Les vestiges architecturaux de cette seconde maison renvoient au style des maisons piémontaises du moyen-âge.

restes de fenêtre du XIIIe siècle

restes de fenêtre du XIIIe siècle

Le point bas des halles semble être aussi un lieu de croisement des grands axes, puisque s’ouvre au Nord, une Porte, la Porte du Mézet, sur un chemin vers Lyon et Saint-Symphorien d’Ozon. L’existence d’un cours d’eau près de cette porte pourrait aussi suggérer l’existence de lavoirs et de moulins près de la ville, donc aussi l’utilisation de cette porte à des finalités locales. Il y a aussi probablement une porte symétrique au Sud, mais elle semble correspondre uniquement à un trafic local, pour se rendre aux champs (et éviter de faire un trop grand détour). Ce serait donc plus une poterne qu’une porte. L’existence d’une autre poterne a été révélé par la rénovation d’un bâtiment au lieu dit le « Castel ».

 

Est-ce que le plan classique Cardo/decumanus a été utilisé pour la conception du plan de la ville neuve ? Cette question est d’autant plus importante que c’est le plan qui a été utilisé dans la conception de la ville de Caernaforn dans le Pays de Galles. La pertinence de cette comparaison est due au fait que cette ville avait aussi un rôle de chef-lieu, comme résidence du Justiciars du Pays de Galles, ou du moins du Gwynedd (partie Nord du Pays de Galles) puis, à partir de 1301, du prince de Galles.

 

Cependant, à Saint-Georges-d’Espéranche, nous pouvons aussi remarquer l’existence d’un plan typique des villes Zäeringhen que l’ont retrouve notamment dans le Pays de Vaud. C’est à dire celui d’une rue centrale flanquée d’une ou plusieurs rues parallèles, dont les exemples typiques sont les villes de Berne, Morat et Morges.

 

Ce plan est donné par l’existence d’une autre grande rue secondaire, parallèle à la rue des marchands. C’est la rue Grassolière qui commence avec la porte de Beauvoir près du château. Celle-ci est prolongée au-delà du point bas, par la rue du Fond de Ville. L’importance de cette rue est due à l’existence d’une route qui semble mener au-delà de Beauvoir-de-Marc, à Romans.

 

Les rues Marchande et Grassolière sont doublées parallèlement par la rue Sunière (prolongée par le chemin de la Truelle après le point bas), et par la rue de la Halle au-delà du point bas. Ces rues sont reliées entre elles par des rues perpendiculaires ce qui va donner une sorte de plan en damier à la ville.

 

Cependant, ce plan en damier se casse avec la rue Olympe Perroud qui part en oblique à partir de la rue marchande. La raison de cette rue est l’accès plus directe à l’église à partir du centre ville, sans aussi avoir à remonter au château pour ensuite redescendre vers l’église. La rue du Mezet est parallèle à la rue Olympe Perroud. Elle semble desservir cette extension de la ville et l’accès aux murailles. Mais elle n’a pas de raison stratégique dans l’urbanisme. 

 

Halle au point bas de la ville. Derrière, la grande maison dont la façade a été refaite au XIXe siècle, est la maison du moyen-âge. Elle avait la même hauteur au moyen-âge

Halle au point bas de la ville. Derrière, la grande maison dont la façade a été refaite au XIXe siècle, est la maison du moyen-âge. Elle avait la même hauteur au moyen-âge

L’église actuelle en néo-roman a été reconstruite à la fin du XIXe siècle à l’emplacement de l’ancienne église. Cette dernière était cependant orientée. L’histoire de cette église est assez nébuleuse. Déjà, il y a plusieurs vocables, Saint Georges et Saint Pierre. Ensuite, on ne sait pas très bien si à l’origine c’était une chapelle ou une église paroissiale. D’autant plus, qu’il existait à proximité, accolée ou non à l’église, une grande chapelle dédiée à Saint-Jean-Baptiste. Cette chapelle servira de première mairie à partir de la révolution.

 

La paroisse où se trouve Saint-Georges-d’Espéranche dépendait de l’abbaye Saint Pierre de Vienne et/ou du prieuré de Saint-Oblas (il est probable que le prieuré de Saint-Oblas ait été une dépendance de l’abbaye de Saint-Pierre-de-Vienne). Il est probable aussi que le siège paroissiale d’origine se soit trouvé ailleurs. C’est ce qui expliquerait cette multitude de vocables qui semble correspondre à une multitude de sites. L’église actuelle semble avoir été construite au XVIe siècle et a ensuite été rénovée plusieurs fois. Il faudrait cependant penser qu’à sa place ou à la place de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, se trouvait la chapelle castrale de la ville, ou tout du moins l’église qui a servi aussi de chapelle castrale. Cette chapelle (ou église) était doublé par une chapelle/oratoire à l’intérieur du château, réservée au seigneur.

 

Ce schéma de double chapelle peut aussi se voir à Chambéry avec la construction de deux chapelles castrales sous Amédée V en 1316 : une chapelle dans le château proprement dit, et une chapelle basse, l’église Saint-Pierre-sous-le-château qui deviendra ensuite une église paroissiale en détachant son territoire de celui de la paroisse de Montagnole où elle était rattachée primitivement. Cette église deviendra par la suite, l’église de Maché avec le titre d’archiprêtré récupéré sur l’église de Montagnole qui est rétrogradée.

 

Il faudrait donc probablement penser à un scénario similaire pour Saint-Georges-d’Espéranche. C’est à dire à la construction d’une chapelle castrale basse qui aurait ensuite absorbé le titre paroissiale de l’église mère de la paroisse. C’est ce qui expliquerait la confusion des droits pour savoir qui payera sa rénovation au XVIIe siècle (l’abbaye de Saint-Pierre ou le seigneur du lieu qui a récupéré les droits sur l’ancienne chapelle castrale?).

 

Ce qui est surprenant, c’est que la position de la chapelle n’a pas donné lieu à une porte (où nous n’en avons pas le souvenir). L’absence de cette porte explique la bifurcation de la rue de Péranche et l’absence de liaisons entre la route des Ayes (haies) et la rue Olympe Perroud. Ce qui ferait de la rue Olympe Perroud, non pas une simple bifurcation pour se rendre à l’église, mais le vestige fossile de la route entre Bourgoin et le centre de Saint-Georges-d’Espéranche.

Muraille et tour de l'ancienne ville neuve de Septème, ville fondée par Philippe 1er à proximité de Saint-Georges-d'Espéranche

Muraille et tour de l'ancienne ville neuve de Septème, ville fondée par Philippe 1er à proximité de Saint-Georges-d'Espéranche

Ce qui amène à penser que la construction de la ville neuve de Saint-Georges-d’Espéranche par Philippe de Savoie est une juxtaposition avec une construction antérieure, probablement placée dans le fond de Ville et sur la rue des jardin, c’est à dire dans l’espace formé entre le point bas près des halles et la porte de Septème. La nouvelle ville s’est développée sur un plan de type Zäeringhen en rapport avec le nouveau palais de Philippe de Savoie, sur un nouveau point haut.

 

C’est dans le cadre de cette jonction de plusieurs éléments d’urbanisme qu’il faudrait voir l’existence d’un vaste espace qui était probablement vide à l’intérieur des murs d’enceintes.

Cet espace vide va probablement servir d’espace de rencontre entre deux éléments de prestige de la ville, où se déroulaient les cérémonies, le château et l’église. C’est donc une vaste place où se déroulait probablement des évènements de types princiers. Il reste de cette immense place des vestiges fossiles comme la place de la Mairie, et l’espace vert devant la Mairie actuelle. Notons aussi que l’emplacement des mairies révèle aussi des anciens emplacements prestigieux. Ce que pouvait être ce grand espace entre l’église et le château.

 

C’est aussi dans ce cadre princier que l’on peut comprendre que l’église ou la chapelle soit ramenée à l’intérieur de la ville close. Généralement, les villes n’avaient pas suffisamment de moyens financiers, ou ne voulaient pas consacrer d’importants moyens financiers pour clore une vaste place publique. De ce fait, même les chapelles restaient souvent à l’extérieure de la ville close.

 

Cela nous amène à nous poser la question de l’étendue de la ville avant le milieu du XIVe siècle. Avait-elle un ou des faubourgs ? Ou étaient ils situés ?

 

Probablement au-delà des portes proches du château comme nous pouvons le constater pour la ville d’Yverdon. C’est aussi le lieu de l’extension de la ville actuelle. Il faut penser que le rôle de la ville fut sérieusement amoindri après 1355, une fois que la ville et le Viennois passèrent sous la domination du Dauphin. Elle subit surtout un gros dépeuplement dû à la Grande Peste qui s’est abattue sur l’Europe en 1347/48, et qui a eu aussi de nombreuses répliques jusqu’à la fin du XVe siècle. Les villes européennes ont perdu en moyenne un tiers de leur population en 1347/48. Et dans la majorité des villes, la population continuera à baisser après cette date. De ce fait, non seulement la ville ne s’est plus agrandie plus, mais elle s’est probablement rétrécie.

château de Caernarfon dans le Gwynedd (Nord du Pays de Galles)

château de Caernarfon dans le Gwynedd (Nord du Pays de Galles)

Ce dépeuplement est aggravé par la perte du rôle économique de la région lyonnaise entre le milieu du XIVe siècle et le début du XVe siècle, lorsque Lyon deviendra une annexe des foires de Genève. Mais même avec les foires de Genève et de Lyon, les routes commerciales éviteront Saint-Georges-d’Espéranche qui n’est qu’un gros village à l’époque moderne et contemporaine.

 

C’est probablement dans ce cadre du rétrécissement de la ville au XIVe siècle, que les halles furent reconstruites dans le point bas de la ville. Y avait il déjà des halles à cet endroit auparavant ?

 

Conclusion :

 

La prise en compte de l’importance de la ville de Saint-Georges-d’Espéranche dans l’histoire de Savoie permet de construire un autre regard sur l’histoire de la principauté savoyarde, plus axée sur les villes rhodaniennes, et bien sur plus éloignée de l’image qu’on a de la Savoie comme une terre montagnarde.

 

Les évènements qui ont eu lieu à Saint-Georges-d’Espéranches pendant sa période faste, c’est à dire entre 1250 et 1350, ont créé des liens avec des entités géographiques encore plus exotiques à la Savoie. Il suffit de penser à la Franche-Comté, au Valentinois, au territoire de l’archevêché de Lyon Rive droite de la Saône, ou à l’Angleterre et au Pays-de-Galles.

 

Cela nous ramène à son rôle, qui, sans être une capitale au sens moderne du terme, en avait cependant quelques attributs, comme celui d’avoir été un centre de prestige conçu pour les rencontres diplomatiques.

 

De nos jours, Saint-Georges-d’Espéranche n’est qu’un gros village avec une fonction maintenant péri-urbaine. La plupart des édifices qui faisaient son prestige ont disparu. Cette disparition est d’ailleurs assez lointaine dans le temps puisque pour faire remonter ce souvenir, il fallut attendre la curiosité d’un chercheur britannique à propos d’un architecte qui a eu la chance pour nous de travailler en Angleterre.

 

Malheureusement, le château emblématique de l’architecte qui a conçu les châteaux de Flint, Rhuddlan, Harlech, Caernarfon, Conwy, Beaumaris, et les château clémentins de Guyenne comme Villandraut n’est plus que l’ombre de lui-même.

 

 

 

Biblographie : Les publications des CMJ

les publications de Bruno Galland

Les publications d’Arnold Taylor.

 

Vestige du château de Saint Georges d'Espéranche, remaniés au XVIIe siècle/ XIXe siècle.

Vestige du château de Saint Georges d'Espéranche, remaniés au XVIIe siècle/ XIXe siècle.

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