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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

Le Monregalais et Mondovi, une province et une ville autonomiste de l'ancien duché de Savoie

Vue de Mondovi Piazza (Photo E. Coux)

Vue de Mondovi Piazza (Photo E. Coux)

La région du Monregalais est une région située au Sud du Piémont, à la frontière avec la Ligurie. Sa ville la plus importante et sa "capitale" est Mondovi  qui est sur une position clef d'un point de vue commerciale et stratégique. Elle est située d'une part sur la route entre la mer et le Piémont (vers les villes de Nice, Savone, Oneille et Albenga) et d'autre part sur la route entre les villes d'Alessandria, Asti et Alba et la Provence par le col de Larche.

 

Cette ville libre d'origine marchande qui fut à l'origine favorisée par les Marquis du Montferrat, entra dans la mouvance de la Maison de Savoie en 1396 grâce à la branche des Savoie-Achaïe, puis définitivement en 1418, quand Amédée VIII hérita de la principauté de Savoie-Achaïe.

 

A l'époque moderne (à partir du XVI e siècle) se met en place dans le duché de Savoie un centralisme assez poussé. les villes et les régions du duché de Savoie allaient perdre leur autonomie. Ce phénomène qui commence au XV e siècle va s'accélérer nettement après 1559, une fois que le duc de Savoie avait récupéré ses états. Emmanuel Philibert avait éprouvé les conséquences d'une trop grande autonomie des villes. Genève et Lausanne s'était révoltées et cela avait menacé la survie même de l'état savoyard. Bourg-en-Bresse et Chambéry s'étaient elles, livrées à l'ennemie sans combattre en 1536. Bourg-en-Bresse avait même refusé de payer un impôt à un moment très délicat qui avait impliqué la survie de l'état. 

 

Au moyen-âge, ces villes avaient été très autonomes. L'exemple de Bourg-en-Bresse qui est pourtant une ville du duc de Savoie est édifiant. Cette ville gère sa défense et lève elle-même ses impôts. Elle possède aussi une artillerie puissante qu'elle choisit de prêter ou non au duc de Savoie. 

 

Nous verrons donc, dans cette communication, le processus utilisé par le duc de Savoie Emmanuel-Philibert pour s'opposer aux tendances autonomistes d'une des plus grosses villes du duché de Savoie, Mondovi, en utilisant à la fois la répression militaire, mais surtout en modifiant de manière profonde la parure monumentale de la ville. Puis dans une "guerre des dévotions",  en construisant l'immense sanctuaire de Vicoforte à partir de 1596. 

 

Cet exemple est d'autant plus intéressant qu'il se situe au début de l'époque moderne, au début d'un processus qui voit la création des états nationaux de formes centralisés que nous connaissons aujourd'hui. états nationnaux qui se constituent au détriment de l'autonomie des villes et des régions périphériques

Place centrale de Mondovi Piazza avec l'église des jésuites et le palais communal (photo Emmanuel Coux)

Place centrale de Mondovi Piazza avec l'église des jésuites et le palais communal (photo Emmanuel Coux)

1 Mondovi, une ville prestigieuse et rebelle dans l’état savoyard

A l'origine, Mondovi était une ville commerçante libre du Montrégalais dans la mouvance du marquis du Montferrat. En 1388, pendant le grand schisme, Mondovi devient siège épiscopale (d'obédience Urbanienne) renforçant de fait son autonomie. Auparavant la ville dépendait au niveau religieux du diocèse d'Asti. Mais, à la fin du grand schisme, la mise en place du diocèse de Mondovi n’était plus assurée et ses limites restèrent flou. 

 

Dans un premier temps, Amédée VIII va renforcer les droits de ce nouvel évêché face à celui d'Asti. Pour cela, il va envoyer des évêques qui vont travailler à formaliser cet évêché. L'enjeu était l'indépendance spirituelle vis à  vis d'Asti et du Monferrat qui enlevait une ingérence étrangère. Comme dans toutes les villes de son duché, le duc de Savoie s'appuiera  aussi sur les dominicains, c'est pourquoi il contribua à la construction du couvent des dominicains dès 1418 (le couvent avait été fondé en 1388).  

 

Signe de la puissance de la ville, entre la fin du XV e et le début du XVIe siècle, la cathédrale de Mondovi est reconstruite selon la volonté de l'évêque et des habitants de la ville. C'est alors une la cathédrale la plus grande et la plus belle du piémont. C'est évidemment la fierté des habitants, une marque de leur puissance mais aussi de leur volonté autonomiste. Elle sera consacrée en 1514. En 1515, le diocèse se rattachera à la nouvelle province ecclésiastique de Turin nouvellement créée sous l'égide du duc de Savoie.

Situation de Mondovi dans le duché de Savoie. En 1531, le duché de Savoie a annexé Ceva et la vallée du Tanarro en bas de Mondovi facilitant les échanges avec Nice (par cette vallée), Savone et Albenga (carte E. Coux)

Situation de Mondovi dans le duché de Savoie. En 1531, le duché de Savoie a annexé Ceva et la vallée du Tanarro en bas de Mondovi facilitant les échanges avec Nice (par cette vallée), Savone et Albenga (carte E. Coux)

Après 1559, date où le duc de Savoie récupère ses états (occupation française de 1536 à 1559), le Monrégalais va être le théâtre de tensions entre l'administration ducale et les habitants à cause de nouveaux impôts qui sont levés autoritairement par le duc de Savoie. Mondovi va être aussi le théâtre de tensions entre le duc et l'évêque de la ville et va répercuter le mécontentement de la population.  

 

Entre 1560 à 1566, c'est un dominicain, Antonio Michele Ghislieri, futur Pie V qui est évêque de Mondovi. Ancien inquisiteur, Ghislieri est connu pour son combat contre les hérétiques (protestants, musulmans) et les juifs : ce sera un des vainqueurs de la bataille Lépante en tant que Pape. Celui-ci est aussi connu pour ses mauvaises relations qu'il aura ensuite avec le duc de Savoie. 

 

Par exemple, après 1566, le duc de Savoie espérait dynamiser l'activité économique du duché de Savoie en attirant les juifs qui étaient persécutés en Espagne et dans les états du pape mais cela n'a pas été pas du tout du goût ni du pape dont l'objectif était une lutte totale contre l'hérésie, ni du roi d'Espagne Philippe II. 

 

Il est à noter que pendant la même période (de 1560 à 1566), Mondovi avait été le siège de l'université de Turin qui va renaître dans cette ville grâce à la volonté du duc de Savoie. Le palais épiscopal fut le siège de l'université. Y avait il une volonté de créer un contre-pouvoir à l'évêque au sein de cette cité ? En 1566 (l'année même ou l'évêque Ghislieri devient pape), elle est transférée à Turin. Les habitants de Mondovi tirèrent quelques amertumes de ce transfert ce qui renforça leur antipathie pour le duc de Savoie. 

Rappel de la bataille de Lépante dans le couvent des dominicains de Mondovi. C'était un rappel clair au pape dominicain Pie V (photo E. Coux)

Rappel de la bataille de Lépante dans le couvent des dominicains de Mondovi. C'était un rappel clair au pape dominicain Pie V (photo E. Coux)

Ghislieri déjà cardinal et grand inquisiteur devient donc pape en 1566. Son successeur à Mondovi, Vincenzo Laureo (évêque de 1566 à 1587) entièrement dévoué au Pape, devient aussi le Nonce apostolique pour la Savoie à partir de 1568. L'église de Mondovi est donc à cette date toute puissante et une entité indépendante du duc de Savoie d'un point de vue religieux puisque son ancien évêque est le pape et l'évêque suivant, le Nonce du pape pour la Savoie. Cela confère un prestige immense et une autonomie à une cité soutenue par le Pape. Le tout renforcé par une belle et grande cathédrale qui est l'église civique et l'orgueil de la ville.

 

Le duc de Savoie chercha donc a affaiblir ce prestige notamment en construisant une citadelle dans la partie haute de la ville (en détruisant évidemment tous les édifices les plus prestigieux de la cité comme la cathédrale et le couvent des dominicains). Le motif officiel de cette construction a été la lutte contre les hérétiques Vaudois et la protection de l'état contre une menace externe. Les raisons officieuses ont été la lutte contre les velléités autonomistes des Montrégalais, la lutte contre l’empiettement de l’église sur son duché et la reprise en main de cette région. 

Plan de la citadelle avec en superposition les plans de la cathédrale (à gauche) et de l'église des dominicains (à droite)

Plan de la citadelle avec en superposition les plans de la cathédrale (à gauche) et de l'église des dominicains (à droite)

La bonne conjoncture internationale

Pour cela, il profita de concours de circonstance : la mort du pape Pie V le 1er mai 1572 et l'éloignement de l'évêque de Mondovi, Vincenzo Laureo en 1573. En effet, à cette date, celui-ci devient nonce de Pologne et part pour ce pays jusqu'en 1578. Il a juste eu le temps de poser la première pierre du nouveau couvent des Capucins dans le quartier de Carassone à Mondovi en 1571. L'introduction d'un couvent de capucins près de la ville de Mondovi peut entrer aussi dans ce schéma. Cela donne un argument matériel au motif officiel de la lutte contre les Vaudois mais surtout cela renforce l'encadrement de la population et du clergé du Monrégalais. Car l'Ordre des capucins est très lié à la fois à la lutte contre l'hérésie protestante mais aussi à la famille ducale.

 

Emmanuel-Philibert profita aussi du prestige qu'il a acquis lors de la bataille de Lépante en 1571 qui en faisait un champion de la foi catholique. De plus, Il venait d'obtenir de la part du nouveau pape Grégoire XIII la nouvelle érection de l'ordre de Saint-Maurice le 16 septembre 1572. et la réunion de cet ordre avec celui de Saint-Lazare deux mois plus tard (les nouveaux papes étaient souvent en recherche de soutiens politiques et accordaient beaucoup de choses après leur investitures). Il ne perdit pas de temps : le 10 juin 1572, l'ingénieur militaire Ferrante Vitelli rejoint Mondovi pour dresser les plans de la citadelle et les travaux commencèrent un an après en juin 1573. 

 

Pour la construction de cette citadelle, on rasa donc la ville haute et notamment les édifices les plus prestigieux de la ville comme la cathédrale, les maisons praticiennes et la très riche église du couvent des Dominicains (n'oublions pas que Ghisliersi (le pape Pie V), et le premier évêque de la ville en 1388 étaient des dominicains!). Symboliquement, le duc détruisait ce qui représentait l'identité et la richesse du Montrégalais : la parure monumentale de sa principale ville, mais aussi le souvenir du pape Pie V, ancien évêque de la ville (quand en plus elle avait l'université). La cathédrale de remplacement fut la modeste église de Saint François en contrebas. La cathédrale fut seulement reconstruite en 1742 à la place de l'église de Saint François après l'achèvement du dôme du sanctuaire ducal de Vicoforte. 

Vue d'une échauguette de la citadelle de Mondovi (photo E. Coux)

Vue d'une échauguette de la citadelle de Mondovi (photo E. Coux)

La construction de cette citadelle rentrait aussi dans le cadre de la fortification des états de Savoie qu'Emmanuel Philibert avait entrepris depuis 1559. Néanmoins, d'un point de vue stratégique, celle-ci faisait double emploi avec la citadelle de Ceva construite plusieurs années plus tôt et bien mieux placée. De plus elle était très mal conçue et n'aurait pas résistée à un siège sérieux. Ce défaut de conception indique le caractère seulement répressif de cette construction : elle devait être prenable facilement par les troupes ducales si les habitants de la ville s'en emparaient. 

 

Cette citadelle ne joua donc aucun rôle dans la protection de l'état savoyard sauf à contrer les différentes rébellions des Montrégalais contre le duc de Savoie ; comme par exemple pendant la guerre du sel en 1681, où ce fut la seule fois qu'elle fut assiégée (par les rebelles autonomistes). 

 

Emmanuel Philibert avait donc joué un formidable coup contre la puissance de la commune et du clergé de Mondovi. Il mit tout le monde devant le fait accompli, le nouveau pape compris, demandant la décision de détruire les édifices sacrés, une fois tout détruit. 

 

C'est donc dans ce contexte tendu entre les habitants du Montrégalais et le duc de Savoie que va naître le sanctuaire de Vicoforte près de Mondovi.

 

En 1594, Il y eu des apparitions de la vierge et des miracles à Vicoforte, localité située à quelques kilomètres de Mondovi sur la route qui mène à Savone en Ligurie. Ce fut d'abord une dévotion locale liée à l'apparition de la Vierge et des miracles. Mais ce lieu de culte est rapidement pris en main par l'évêque du lieu. Avec la croissance de sa renommée, il suscita toujours plus l'attention des autorités savoyardes. 

sanctuaire de Vicoforte (Photo E. Coux)

sanctuaire de Vicoforte (Photo E. Coux)

2 Situations similaires à Savone et à Nice

L'exemple voisin du sanctuaire mariale de Savone montre que le péril pour l'état savoyard était réel si ils laissaient ce phénomène se développer sans contrôle. Le risque était en effet que le culte soit récupéré par les autorités communales et épiscopales de Mondovi et que ces derniers s'en servent pour augmenter leurs prestiges et affirmer l'autonomie de la région face à l'autorité savoyarde. 

 

L’historien Paolo Cozzo a justement démontré la similitude entre la naissance du sanctuaire mariale de Savone, apparu après la perte d'indépendance de cette ville conquise par Gênes (1528) et celui de Vicoforte près de Mondovi. La ville de Savone avait en effet élevé un culte dédié à la vierge au début du XVIe siècle, en symbole de sa propre identité et en réaction avec la domination de la cité de Gênes. Le sanctuaire mariale qui découla de ce culte était devenu la représentation de l'orgueil civique de la ville et l'affirmation de la volonté indépendantiste de la part de ses habitants.

 

70 ans plus tard apparaissait le même phénomène dans le Montrégalais à Vicoforte. Comme il était impossible de lutter contre une dévotion populaire, la Maison de Savoie a transformé cette dévotion en la détournant pour son compte. Ainsi, l'érection à la fois d'une église grandiose et d'une résidence princière ont transformé cette dévotion populaire en dévotion princière. Comme le souligne l'historien Paolo Cozzo :“en peu de mois, un lieu de culte périphérique de dimension locale a été transformé en un temple dynastique de renommée internationale dans laquelle la Maison de Savoie avait voulu célébrer sa gloire."

 

Il est curieux de remarquer qu'à Savone, après la défaite de la ville en 1528 face aux génois, ces derniers vont entreprendre, entre 1542/1543, la construction d'une immense citadelle sur la colline de Priamàr avec à la fois une fonction de défense de la ville (et alors du danger Turc imminent ; c'est à cette date qu'est assiégée la ville de Nice par des troupes franco-turcs), mais aussi avec une fonction de contrôle de la population. Comme à Mondovi, pour construire cette citadelle, les génois détruiront le prestigieux centre de la ville avec sa cathédrale, ses églises les plus fameuses et ses maisons patriciennes. Les Savonois en garderont une grande amertume. 

Plan de Mondovi. Mondovi Piazza est au sommet de la colline, on y voit la citadelle. A gauche Mondovi Carassone et le gros de Mondovi est la collection de Bourgs qui vont de Mondovi Breo à Mondovi Borgato. De l'autre côté de la rivière, c'est la ville contemporaine.

Plan de Mondovi. Mondovi Piazza est au sommet de la colline, on y voit la citadelle. A gauche Mondovi Carassone et le gros de Mondovi est la collection de Bourgs qui vont de Mondovi Breo à Mondovi Borgato. De l'autre côté de la rivière, c'est la ville contemporaine.

Mais cette ville Ligure n'est pas le seule exemple de transformation des villes hautes en citadelles. Dans le duché de Savoie, la cité de Nice, sur la côte, va subir cette transformation. Mais cela va se faire sur une période plus longue. L’historienne Anne Brogini a bien montré la relation entre la nécessité de renforcer le château pour éviter à la fois les attaques extérieurs, mais aussi maîtriser les « émotions »  populaires et les trahisons de la population. 

 

Déjà en 1440, suite à un soulèvement de la ville, le château est renforcé et on construit une immense tour dans la ville haute, la tour de la Roquette. Cette tour est destinée à renforcer la grosse courtine qui sépare la partie haute de la ville haute à l'autre partie. Elle se situait sur le flan oriental du plateau, à l'opposé du château situé lui, sur le flan occidental du plateau.

 

Puis, dès 1512/1517, le duc Charles III fit renforcer cette courtine qui protège le front Nord, le plus vulnérable, pour qu'il résiste à l'artillerie. avec trois tours bastions adaptées à l'artillerie (boulevards). Le plateau est ensuite entièrement transformé en citadelle à partir des années 1570. Mais le siège de 1543 qui a détruit une grande partie de la ville de Nice fait que le déménagement des habitants vers la ville basse n'est pas un grand traumatisme.

La citadelle de Mondovi est avec celle de Villefranche-sur-mer (et le Mont Alban), l'unique exemple du programme de fortification voulue par le duc de Savoie Emmanuel Philibert. (Photo E. Coux)

La citadelle de Mondovi est avec celle de Villefranche-sur-mer (et le Mont Alban), l'unique exemple du programme de fortification voulue par le duc de Savoie Emmanuel Philibert. (Photo E. Coux)

La cathédrale est même préservée. Elle ne sera détruite que lorsqu'il deviendra dangereux de faire rentrer n'importe qui dans la citadelle pour des questions de secret militaire. La vieille cathédrale de Nice n'est d'ailleurs pas un élément prestigieux (elle est trop petite et trop vieille pour être un élément de prestige au XVI e siècle). Elle sera remplacée sans regret par la nouvelle cathédrale de style Baroque, Sainte Réparate, construite dans la ville basse.

 

Acquise en 1388, la ville de Nice devient tous de suite une pièce maîtresse dans la stratégie des ducs de Savoie. Le duc de Savoie peut initier une politique méditerranéenne sans passer par un port étranger, mais aussi exercer une pression sur la république de Gêne. Le mariage du duc Louis avec la fille du roi de Chypre, Anne, est représentatif de cette orientation. Ensuite, le développement du commerce maritime au XVIe-XVIIe siècle va renforcer l'importance de cette ville.

 

Dans le Montrégalais, avec la destruction de la cathédrale, l'édifice religieux le plus important du diocèse deviendra donc le sanctuaire de Vicoforte, temple dynastique à la gloire de la Maison de Savoie. Cependant, les volontés autonomistes de cessèrent pas complètement avec la construction de ce sanctuaire. Elle se réveillèrent en 1638 et notamment à l'époque de Victor Amédée II, lors d'une “guerre du sel” entre 1680 et 1699. 

En haut Mondovi Piazza (avec à droite la citadelle) et en bas, Mondovi Breo (photo E. Coux)

En haut Mondovi Piazza (avec à droite la citadelle) et en bas, Mondovi Breo (photo E. Coux)

3 Vicoforte, pôle de diffusion de l'idéologie dynastique savoyarde.

 

Les dimensions de la basilique et la grandeur du complexe induisent de fait la volonté d'une propagande de idéologie ducale basée sur la sacralité du pouvoir. Outre la basilique, il y avait à Vicoforte, plusieurs hospices pour les pèlerins, un collège qui était tenu par les jésuites. et surtout un monastère de Cisterciens réformés appelés Feuillants sur lequel l'évêque du lieu n'avait aucun droit de regard. 

coupole de la basilique de Vicoforte (photo E. Coux)

coupole de la basilique de Vicoforte (photo E. Coux)

Le rôle central des moines Feuillants dans la diffusion de l’idéologie royale de la Maison de Savoie

L'implantation des feuillants a été primordiale dans la construction d'une nouvelle identité étatique forte centrée autours de la personne du duc de Savoie. Le collège des jésuites avait été surtout voulu par le pape Clément VIII et n'était pas central dans le complexe de Mondovi contrairement aux feuillants qui bénéficiaient de toutes les largesses de la part du duc de Savoie.

 

La congrégation des feuillants était née de la volonté de réformer l'Ordre Cistercien et de l'adapter aux nouvelles contraintes issues du concile de trente. C'est donc un des nombreux Ordres issus de la contre réforme catholique. En parallèle, cet Ordre va développer l'idéologie d'un souverain absolu qui serait directement le lieutenant de dieu dans son état (sans passer par le Pape ou l'Empereur, ni par les autres contre-pouvoirs) et prôner l'obéissance absolue au souverain. La congrégation des feuillants va donc participer de manière intense au développement de l'absolutisme français et sabaudien. 

 

L'historien Pierre Benoist dans son ouvrage sur les Feuillants montre qu'ils vont Surtout participer à l'élaboration d'un sentiment national ce qui en parallèle va contribuer à morceler de manière définitive l'unité chrétienne dans l'espace européen.

 

L'Ordre feuillant suivra ensuite l'évolution dû à sa propre logique et se séparer selon les états souverains. Ce sera d'abord la séparation entre feuillants français et Italiens, puis ces derniers vont se séparer entre feuillants liés aux états pontificaux et ceux liés aux états de Savoie; les grands pôles de développement des Feuillants étant dans ces trois états. 

Vicoforte, entrée du monastère feuillant. (photo E. Coux)

Vicoforte, entrée du monastère feuillant. (photo E. Coux)

Dans les états de Savoie, ces moines vont être appelés assez tôt et Charles Emmanuel 1er devint un de leur protecteur principal. Nous les voyons notamment reprendre le sanctuaire de la Consolata à Turin où ils sont présent dès 1589 soit trois ans seulement après que la réforme feuillante soit approuvée par le pape Sixte V. Le sanctuaire de la Consolata est aussi un lieu de culte marial très important de la ville de Turin et, il devient, grâce à l'implantation de feuillants un pôle de la religiosité sabaudienne.

 

A Vicoforte, autre lieu de culte marial, les feuillants seront présents dès la construction du sanctuaire en 1596. Si ce sont des figures centrales dans la gestion du sanctuaire, c'est parce que ce sont des promoteurs de l'état central sabaudien, ce qui est nécessaire en face d’une région qui souhaite son indépendance. Mais surtout, ce sont des promoteurs de la dimension royale de la dynastie savoyarde. En effet, Charles Emmanuel 1er se considérait de rang royal même si il n' avait que le titre (disputé avec Venise et « in partibus ») de roi de Chypre et Jérusalem.

 

Ce qui l'importait, c'était de montrer que son pouvoir avait une légitimité divine. L'idéologie des feuillants allait dans le même sens en en faisant un lieutenant de Dieu. Le sanctuaire de Vicoforte par ses dimensions et par la promotion du culte de la vierge avait pour ambition de donner une dimension royale à la dynastie. Cette image était renforcée par le fait que l'icône de la vierge, au centre du sanctuaire (la vierge étant le culte dynastique de la Maison de Savoie) était couronnée d'une large couronne dorée, portée par des anges. Le duc de Savoie dès son avènement demandera plusieurs fois à l'empereur et au pape de lui accorder une couronne royale (comme roi des Alpes, roi des Allobroges ou roi de Chypre et Jérusalem).

Rue Longue qui parcours tous les Bourgs du bas de la ville (Pian delle Valle notamment et Breo)

Rue Longue qui parcours tous les Bourgs du bas de la ville (Pian delle Valle notamment et Breo)

Conclusion : 

Les destructions de Mondovi Piazza avaient entrainé un bouleversement important au niveau de la géographie religieuse de la ville. Ce n'était cependant pas les premiers bouleversements. La ville de Mondovi est un conglomérats de plusieurs bourgs issus du déplacement de vieille villes romaine. Ainsi, le bourg de Breo vient du déplacement du Vicus romain de Bredolo. Seul était resté l'église paroissiale et Bredolo prit le nom de Breolunghi. C'est seulement après 1450 que le siège paroissiale arriva à Mondovi Breo avec l'érection de l'église paroissiale de Saint Pierre. 

 

Il se peut que ce schéma ait été valable aussi pour les autres bourgs. Le nom de Vicoforte viendrait lui aussi de Vicus et pourrait être à l'origine de Mondovi Piazza. L'occupation française avait aussi provoqué la destruction du couvent des Ermites de Saint Augustin en 1548 pour renforcer les murailles de Mondovi Piazza et leur déplacement vers Mondovi Breo et Mondovi Pian delle Valle. 

 

Après sa destruction à Mondovi Piazza en 1573, le couvent des dominicains était ainsi reconstruit à Carassonne, un des bourgs les moins prestigieux de Mondovi. De ce fait, seul restait à Mondovi Piazza, le Bourg le plus prestigieux de la ville, un modeste couvent de Franciscains qui devait partager son église avec l'évêque, une simple église paroissiale et dans ses alentours, un couvent des franciscains de l'Observance. 

 

L'arrivée des Capucins dans le bourg de Carassone est aussi un indice prouvant la difficulté pour la Maison de Savoie de s'introduire dans la ville à cette date. Mais le déplacement du couvent dominicain dans cette zone  était non seulement une humiliation pour ce couvent, une perte d'argent (car reconstruire coutait cher) mais aussi un moyen de le surveiller au travers les moines capucins qui habitaient le même bourg. 

église dominicaine de Mondovi Carasonne (photo E. Coux)

église dominicaine de Mondovi Carasonne (photo E. Coux)

Si la ville de Mondovi est un exemple édifiant de la mise au pas d'une ville rebelle par le duc de Savoie, il ne faut pas oublier que celui-ci venait de perdre en 1536 les villes de Genève et de Lausanne. Que le souvenir de Fribourg et de Berne se retournant contre le duc de Savoie était aussi très vif. Alors qu'il venait de justesse de récupérer ses états, il ne pouvait plus se permettre de laisser prendre une autonomie avec le risque qu'elle se retourne contre lui. 

 

C'est aussi la raison de la construction des grandes citadelles dans les villes de Turin, Bourg-en-Bresse et Nice. Citadelles qui n'avaient  pas que pour but d'arrêter des invasions étrangères.

 

La ville de Mondovi donne aussi un exemple intéressant avec le sanctuaire de Vicoforte d'une religiosité ducale destinée à anéantir toute religiosité civique. La cathédrale et le couvent des dominicains qui sont les églises civiques de la ville de Mondovi sont remplacées par le sanctuaire de Vicoforte. Et la cathédrale, reconstruite seulement après 1742 est une église modeste en comparaison avec le sanctuaire ducal. 

 

Cependant, nous pouvons nous interroger à propos de la grande église des jésuites sur la place centrale de Mondovi Piazza qui est en plus à côté du palais communal. Cette église édifiée entre 1665 et 1678 est une des plus luxueuses et une des plus grandes églises jésuites du duché de Savoie. Son vocable est celui d'un Saint (François Xavier) dont la famille a tout perdu en se battant pour l'autonomie de son pays (la Navarre). Ne serait elle pas devenue la nouvelle église civique de la ville et le nouveau symbole de la volonté autonomiste de la région ?

 

Emmanuel Coux

Intérieur luxueux de l'église des jésuites de Mondovi Piazza (photo E. Coux)

Intérieur luxueux de l'église des jésuites de Mondovi Piazza (photo E. Coux)

Souvenir de Pie V dans l'église des dominicains de Mondovi Carassone (Photo E. Coux)

Souvenir de Pie V dans l'église des dominicains de Mondovi Carassone (Photo E. Coux)

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D
Je vous ai fais parvenir un mail, mais involontairement, je souhaitais vous informer que nous avons trouvé avec des preuves l'origine des armes de Savoie. Les écrits de M. Emmanuel Coux se dirige sur la bonne direction.

Si vous souhaitez en converser, vous pouvez me joindre.

Cordialement.

ORTIZ D
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