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Flanerie-historique-dans-l-ancien-duche-de-Savoie.over-blog.com

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Les articles proposent une flanerie historique dans les anciennes terres des ducs de Savoie, c'est à dire l'Ain actuel, les départements de Savoie et de haute Savoie, les Alpes Maritimes, le Piémont et la Suisse romande. L'objectif est de faire coincider l'histoire et le patrimoine existant

L'Ordre de Cluny et la Savoie

Abbatiale de Romainmôtier (Photo E. Coux)

Abbatiale de Romainmôtier (Photo E. Coux)

On a du mal à s'imaginer la puissance de l'Ordre de Cluny au XI e et XIIe siècle. Pourtant, celle-ci est encore aujourd'hui assez visible, aux travers de ses filiales et des restes des bâtiments, dans ce qui deviendra le comté de Savoie

 

Évidemment nous avons envie de nous demander quelles ont été les rapports entre Cluny et les pouvoirs temporels des rois de Bourgogne, des Empereurs ou des comtes de Savoie. Mais aussi dans quel mesure Cluny a favorisé ou à bloqué le construction de la principauté savoyarde. Nous allons donc essayer de répondre à ces questions en montrant comment s'est construit le réseau clunisien ce qui nous permettra d'appréhender les interactions entre ce réseau et la Maison de Savoie.

 

Le Bourget-du-Lac

Le plus emblématique des prieurés qui symbolise la relation entre Cluny et la Maison de Savoie est le prieuré du Bourget. Celui-ci est fondé par Amédée 1er vers 1050, surement pour en faire un mausolée de Luxe. Il est situé à l'époque sur l'ancienne limite des possessions humbertiennes concrétisée par la rivière Leysse. Le prieuré symbolise l'avance de la Maison de Savoie dans le cluse chambérienne. C'est aussi à partir de ce prieuré et de ses possessions que va se développer l'abbaye cistercienne d'Hautecombe qui continuera la tradition d'inhumation seigneuriale de la Maison de Savoie. Autours du lac est aussi à signaler le petit prieuré de Chindrieux.

Prieuré du Bourget du Lac (Photo E. Coux)

Prieuré du Bourget du Lac (Photo E. Coux)

Cluny a pu arriver au Bourget aux travers les autres fondations clunisienne dans le diocèse de Grenoble. Celui-ci en compta plus d'une dizaine à la fin du XII e siècle. Les premières fondations dans ce diocèse ont été celui de Vizile, puis le grand prieuré de Domène dans le Grésivaudan. Où fut prieur Pierre-Maurice de Montboissier (Pierre le vénérable) qui deviendra ensuite abbé de Cluny (entre 1120 et 1122). Nous avons aussi celles de Barraux, de Saint Pierre d'Allevard, du Touvet et d'Avalon (Pontcharra) aux marges du Dauphiné qui souffrirent des guerres entre le Dauphiné et la Savoie. Puis celui d'Arbin qui concerne particulièrement la Savoie

 

Le prieuré Saint Nicolas d'Arbin avait été fondé par l'évêque de Grenoble Evrard en 1011. Il avait sous sa propre dépendance, l'église paroissiale Saint Véran d'Arbin qui comprenait les communes d'Arbin et de Montmélian jusqu'en 1683 où une paroisse distincte fut créée à Montmélian. Cette église n'existe plus aujourd'hui et l'église paroissiale d'Arbin a été transférée dans l'ancienne église prieurale. Ce fut un prieuré moyennement important avec six ou sept moines en comptant le prieur. Ce nombre était passé à trois. En 1467, ce prieuré avec ses dépendances passa dans les biens qui composaient la collégiale de la Sainte Chapelle de Chambéry nouvellement créée.

 

L'église prieurale d'Arbin souffrit du passage des troupes françaises venues assiéger Montmélian qui détruisirent tout. Elle fut entièrement reconstruite après leur passage. De ce fait, elle ne représente pas l'édifice clunisien du XI e siècle.

 

Conzieu

Dans le voisin diocèse de Belley, qui est à cet époque le centre des possessions de la Maison de Savoie, le prieuré clunisien de Conzieu semble être le plus important établissement ecclésiastique du diocèse avec le prieuré de Yenne. avant la création de l'abbaye cistercienne de Saint Sulpice. L'abbatiale actuelle montre une église de dimension importante. Par contre, il ne reste rien du prieuré d'Innimont, fondé par le comte de Savoie, qui puisse nous donner une idée de son importance.

Prieuré de Conzieu (Photo E. Coux)

Prieuré de Conzieu (Photo E. Coux)

Dans le Viennois, nous pouvons signaler le prieuré de Ternay localité sur les bords du Rhône. Ce prieuré fondé au X e siècle est seigneur du lieu. Le prieuré, en 1253, tombe sous la dépendance du comte de Savoie et de son administration. Un nouvel accord est signé entre le prieur et le comté Edouard en 1323. Par contre le prieuré d'Artas en 1331 est endommagé par les gens du Dauphin lors de la guerre delphino-savoyarde. Ce petit prieuré avait en sa possession plusieurs églises dont celle de Saint jean de Bournay, ville qui était un chef lieu de châtellenie savoyarde. Il subsiste de ce prieuré un magnifique clocher roman

L'importance de Cluny se fera surtout par l'affiliation de monastères existants plus ou moins puissants. C'est la cas du prieuré de Saint Victor de Genève. Ce prieuré est peut être à la base de la première extension de la ville sur la place de Bourg de Four où il y avait la première halle de la ville. Il avait aussi des dépendances comme les prieurés de Bonneguête dans le val de Fier, de la Balme de Sillingy. de Vaulx, de Russin (GE), Draillant et Saint Hélène dans le Val d'Aoste.

 

Romainmôtier

C'est aussi le cas du monastère royal de Romainmôtier, très ancienne fondation, qui a été affiliée à Cluny en deux étapes. Ce monastère a été quasiment ressuscité par Cluny car lors de la donation, il ne comptait plus aucun moine. C'était avant tout une possession de la famille royale de Bourgogne et cette affiliation contient en elle un projet politique, celle de l'entrée en dépendance du royaume de Bourgogne dans l'Empire ou sa réaction.

 

Romainmôtier (Photo E. Coux)

Romainmôtier (Photo E. Coux)

Payerne

La plus importante affiliation dans le pays de Vaud n'est pas Romainmôtier, mais l'abbaye de Payerne qui est d'ailleurs une fondation impériale. C'est dans cette abbaye que Conrad II se fera couronner roi de Bourgogne en 1034. Les abbés de Cluny porteront d'ailleurs le titre d'abbés de Cluny, de Payerne et de Romainmôtier avant que ces deux abbayes ne soient réduites au rang de simple prieurés. Plus tard, le monastère de Payerne retrouva sont rang abbatiale grâce à Amédée VIII/Félix V en 1444. Ce dernier unira aussi ce monastère au doyenné de la Sainte Chapelle de Chambéry de sorte que le doyen de Chambéry était aussi abbé de Payerne.

 

Vers l'an mil, ce n'est pas simplement Romainmôtier et Payerne qui entrent dans le patrimoine clunisien mais toutes les dépendances de ces monastères avec leurs églises qui deviendront pour certaines de nouveaux prieurés clunisiens. Nous pouvons citer le prieuré de Rougemont dans l'extrême haute vallée de la Gruyère, le prieuré de Baulme près d'Orbe (avec comme dépendance la magnifique église peinte de Montcherrand), les prieurés de Bursin sur la côte près de Rolle, Brüttelen près de Cerlier (près du lac de Bienne), Chiètres (Kerzers près de Morat), Pont-la-Ville (ancienne châtellenie de Pont en Ogoz), Prévessin-Möens, Léaz (Pays de Gex), ainsi que deux prieurés en Alsace. Romainmôtier avait quand à lui cinq prieurés : ceux de Vallorbe et de Bassin dans le pays de Vaud, ceux de Bauvais et de Corcelle près de Neuchâtel et un en Franche-Comté.

 

Le rôle de Payerne semble aussi être sous estimé dans la progression de la Maison de Savoie dans le pays de Vaud. Celle-ci obtiendra dès 1240 l'avouerie sur cette abbaye. Cela en fait concrètement la deuxième possession de la Maison de Savoie après Moudon, ville située d'ailleurs un peu en amont de Payerne sur la Broye et un fer de lance pour sa progression en direction de Berne et Fribourg.

 

abbatiale de Payerne (Photo E. Coux)

abbatiale de Payerne (Photo E. Coux)

Il est aussi curieux de voir que c'est une série de prieurés clunisiens qui marquent la double frontière entre la Maison de Savoie et l'Alémanie et entre le parlé Romand et le parlé Allemand. Nous avons cité les dépendances de Payerne (Pont en Ogoz près de Fribourg, Brüttelen près du lac de Bienne (BE) et de l'Aar et Kersers (FR) aussi près de l'Aar) mais il y a aussi le prieuré de Saint Pierre sur la presqu'île de Cerlier sur le lac de Bienne (canton de Berne). Le site porte des traces de la volonté de part les fondateurs de ce prieuré de construire une abbatiale immense surement pour en faire un centre religieux majeur dans la région des lacs. Cerlier (Erlach) deviendra ensuite une châtellenie du comte de Savoie avant de passer en 1406 aux Châlon d'Arlay puis en 1484 à la ville de Berne.

 

Müchenviller

Ensuite, nous avons le prieuré de Müchenviller (Villars-les-Moines, enclave bernoise dans le canton de Fribourg) lui se situe près de la ville de Morat qui devient une châtellenie dès 1255 jusqu'en 1484. (à part une période entre la fin du XIII et le début du XIVe où cette châtellenie dépend des Habsbourg). L'avouerie de ce prieuré est tenue par la Maison de Savoie dès le milieu du XIV e siècle.

Reste de la nef et des transepts de l'église de Müchenviller (Villars-les-Moines), transformés en château (Photo E. Coux)

Reste de la nef et des transepts de l'église de Müchenviller (Villars-les-Moines), transformés en château (Photo E. Coux)

Et enfin le prieuré de Rüeggisberg dans le Schwarzenburg, c'est à dire aux marges de l'ancienne châtellenie de Grasbourg qui passa de la Savoie à Berne en 1423. (les petits prieurés de Röthenbach im Emmental et d'Alterswil lui étaient subordonnés). Ce prieuré passa assez rapidement aux mains de la ville de Berne. Il est intéressant de voir l'implication des recteurs du royaume de Bourgogne, les Rheinfelden, les Zärhingen puis de leur héritier, les Kybourg dans la fondation de ces prieurés. Celle aussi de la famille d'Erlach (Cerlier) dans l'avouerie de ces prieurés. Ces trois prieurés sont devenus après la défaites de Morat, des possessions bernoises au dépend de la Savoie et des dépendances de la nouvelle collégiale de Berne créée en 1484, prémisse d'un futur diocèse de Berne qui ne vit jamais le jour à cause de la Maison de Savoie et de la réforme protestante.

 

Nous pouvons rajouter à cette liste le prieuré de Rougemont dans le haut Val Gruyère qui marque lui aussi une limite politique et linguistique (français/Allemand). Les petits prieurés de Barbenbrügg dans la ville d'Aarberg et de Leuzingen sur la rive droite de l'Aar furent dévastés par la guerre entre les Habsbourg et les Savoie entre 1263/64 et ils furent ensuite unit pour survivre et rattachés au prieuré bernois d'Hettiswill.

 

Nantua

L'affiliation la plus importante à Cluny est celle de l'abbaye de Nantua (département de l'Ain) au X e siècle et va donner avec elle toutes ses dépendances (plus d'une quinzaine). Parmi celles-ci, notons les prieurés de Villette, Brénod, Ardon, Villes, Mornay, Buenc,Talissieu dans le Bugey, Treffort dans le Revermont, Asserans (pays de Gex), Chêne-en-Sémine, Rumilly, Moûtiers (prieuré Saint Martin) en Tarentaise, Malval (GE) et Ville-la-Grand dans le Genevois.. Cette affiliation va aussi donner à Cluny des grands prieurés et notamment celui de Pommier-en-Forez qui était à l'époque, une dépendance de Nantua fondée en 834 aux marges du royaume de Bourgogne. Ce monastère resta une enclave de Nantua dans le Forez jusqu'au XIIIe /XIV e siècle.

 

Abbatiale de Nantua. Le portail est un magnifique exemple de l'art roman (Photo E Coux)

Abbatiale de Nantua. Le portail est un magnifique exemple de l'art roman (Photo E Coux)

Rétrogradé en prieuré, Nantua est aussi le siège d'une seigneurie qui devient pratiquement l'équivalent d'une principauté. Les rapports entre ce prieuré et la Maison de Savoie sont complexes et oscillent entre la protection du prieuré et la guerre. En témoigne les bâties que le comte de Savoie construit dans la cluse de Nantua comme celle du Mont-Cornel au dessus des Neyrolles ; où le château de l'abbé de Nantua que le comte de Savoie fait détruire à Brénod. Cette attention est dû au fait que ce prieuré se trouve dans un endroit stratégique : il tient la cluse de Nantua, un des grands passages du Jura entre Lyon et Genève. Le prieuré de Nantua passera ensuite sous la commende et donc sous l'autorité du duc de Savoie au XV e siècle et deviendra même, entre 1536 et 1559, un des centres de la résistance contre l'occupation française.

 

Gigny

L'abbaye de Gigny qui a été aussi affiliée à Cluny va aussi avoir des répercutions dans l'ancien comté de Savoie notamment du côté de la Bresse et du Revermont où sont implantés ses filiales. Le prieuré d'Oussiat qui est le chef lieu de la paroisse de Pont d'Ain en fait partie. Nous avons aussi les prieurés de Saint-Nizier-Le-Bouchoux, de Domsure, de Marboz, de Cuisiat pour la Bresse, et le prieuré de Bellevaux en Bauge dans le massif du même nom.

 

L'abbaye de Saint Rambert sur le passage de la cluse des Hôpitaux recevra aussi de grosses pressions pour entrer aussi en dépendance de Cluny. Mais elle résista et ne deviendra jamais une filiale de Cluny. Par contre, très tôt, elle entra sous la dépendance du comte de Savoie.

 

Saint-Michel-de-la-Cluse

Enfin pour terminer cet état des lieux, il est indispensable de parler de l'alliance entre Cluny et l'abbaye de Saint-Michel-de-la-Cluse. Cette alliance intervint après la rentrée en dépendance des abbayes catalanes (Lézat-sur-Lèze et Saint-Michel-de-Cuxa) à l'origine de la fondation de la Cluse en Piémont (C'est un moine de Lézat-sur-Lèze, Advert, qui devient le premier abbé de Saint Michel de la Cluse en Piémont). L'abbé Guérin ( abbé de Lézat, Cuxa, et trois autres abbayes…) est probablement formé à Cluny.

L'impressionnante "Sacra di San Michele" ou Saint Michel de la Cluse.(Photo E. Coux)

L'impressionnante "Sacra di San Michele" ou Saint Michel de la Cluse.(Photo E. Coux)

Les liens entre l'abbaye de Saint Michel de la Cluse avec Cluny se poursuivront au XII e siècle. L'abbé de Cluny, Pierre 1er de Montboissier (Pierre le vénérable) (abbé de 1122 à 1157) est aussi un descendant d'Hugues de Montboissier, le fondateur de l'abbaye de Saint Michel de la Cluse. Celui-ci est aussi passé par le prieuré de Domène dans diocèse de Grenoble et est en lien avec le prieur de la Grande Chartreuse. L'abbé Stéphane ou étienne (1148 à environ 1170) deviendra ensuite abbé de Cluny (à partir de 1163).

 

Cette époque qui va de la période de l'abbé Ermangaud au début du XIII e siècle est l'époque de l'apogée du monastère, celle à laquelle sont construit l'abbatiale actuelle. L'abbaye de la Cluse a sous sa dépendance une grande partie des monastères du Piémont dont Sainte Marie de Pignerol qui sera à l'origine de la ville du même nom, mais aussi l'abbaye de Cavour, le prieuré de Savigliano, celui de Saint Solutor à Turin et le prieuré de Chivasso.

 

Outre Alpes et dans l'espace savoyard, Saint-Michel-de-la-Cluse possède les prieurés de la Chambre, de Mégève, de Chamonix, d'Aime, de Montailleur, de Freterive, d'Ugine, Héry-sur-Ugine, de Saint Hippolyte à Aix-les-bains, de Port Valais et de Burier près du Lac Léman.

Magnifique portailde l'église de la Chambre, reste du Prieuré Michaelien Clusien. (Photo E. Coux)

Magnifique portailde l'église de la Chambre, reste du Prieuré Michaelien Clusien. (Photo E. Coux)

Les rapports entre l'abbaye de Saint Michel de la Cluse et la Maison de Savoie au XIIe et XIII e siècle sont loin d'être éclaircit. L'abbaye a peut être joué un rôle non négligeable dans la possession de la basse vallée de Suse à la Maison de Savoie après la mort de la comtesse douairière Adélaïde de Suse (L'héritage aurait dû aller à la Maison de Montbéliard puis à celle de l'Empereur ; ce qui fait que la possession de la basse vallée de Suse par Humbert II est encore une énigme). Les rapports sont encore soulignés par l'inhumation de Thomas 1er dans cette abbaye (Cependant le tombeau est introuvable).

 

Contamine-sur-Arve

Une autre fondation clunisienne a eu un rôle important en Savoie : le prieuré de Condamine-sur-Arve. Ce prieuré fut fondé par l'évêque de Genève, Guy de Faucigny et servit de nécropole à la famille seigneuriale homonyme ; une des plus puissante de la vallée de l'Arve. Le prieuré fut surement restauré ou reconstruit au XIII e et au début du XIV e siècle soit par Béatrice de Faucigny soit par leurs héritiers, les Dauphins du Viennois. Ce prieuré semble en effet choyé par les Dauphins qui en restaurant ce prieuré montrent qu'ils sont les descendants légitimes des « barons » du Faucigny. Cela s'est matérialisé aussi par les effectifs qui passent du XIII e siècle à 1331 de 7 moines à 13. Ce couvent participa donc à la légitimité de la famille delphinale en Faucigny. Nous comprenons la difficulté qu'à eu l'élite de cette vallée d'accepter la suzeraineté des comtes de Savoie suite à l'échange de 1355.

Prieuré de Contamine sur Arve (Photo E. Coux)

Prieuré de Contamine sur Arve (Photo E. Coux)

Autres petits prieurés clunisiens dont on ne connait pas l'affiliation : celui de Digny-Sainte-Claire, celui de Viuz-la-Chiesaz., celui de Chaveyriat en Bresse et celui de la Burbanche dans la cluse des Hôpitaux.

 

 

Conclusion :

Si l'image des prieurés clunisiens est celle de petits prieurés locaux sans envergures, ce que sont en effet la majorité des prieurés subalternes, le constat dressé ici fait ressortir que certains prieurés clunisiens étaient pour la plupart des établissements prestigieux. C'était soit des abbayes qui ont été ensuite rétrogradées en prieurés comme Romainmôtier, Payerne, Nantua ou peut être Saint Victor de Genève ; soit des abbayes associés comme Saint Michel de la Cluse qui est à la tête de plus d'une centaine de prieurés subalternes à travers l'Europe ou enfin soit des fondations prestigieuses comme le pouvait être les prieurés de Domène, de Contamine-sur-Arve ou du Bourget-du-Lac.

 

De même, les restes et les fouilles archéologiques des abbatiales de Conzieu, Müchenviller (Villars-les-Moines), l'île Saint-Pierre de Cerlier et Rüeggisberg montrent aussi des églises de tailles notables, bien plus grandes et bien plus luxueuses que la moyenne des églises paroissiales de l'époque.

fresques à Romainmôtier (photo E. Coux)

fresques à Romainmôtier (photo E. Coux)

Deux prieurés ont donné naissance à des villes de moyennes importances : Payerne et Nantua. Cependant, Nantua était déjà une abbaye importante avant son rattachement à Cluny. Deux autres prieurés ont donné naissance à des petites villes de la taille d'un village mais prestigieuses : Romainmôtier et le Bourget-du-lac. Une interrogation subsiste pour la création des villes de la Chambre en Maurienne et de Rumilly dans l'Albanais. Sont elle nées à partir de leurs prieurés ?

 

L'apogée de Cluny, comme celle de l'abbaye de Saint Michel de la Cluse se situe cependant dans la préhistoire de la principauté savoyarde ; c'est à dire avant 1250. L'influence de Cluny a été déterminante dans l'absorption du royaume de Bourgogne par l'Empire et dans les relations entre la papauté et l'Empire. Et c'est dans cette continuité qu'il faut voir les fondations des Zärhingen. Cependant, les rôles de l'abbaye de Saint Michel de la Cluse, de l'abbaye de Payerne, des prieurés du Bourget-du-lac, de Conzieu et d'Innimont dans le développement de la principauté savoyarde dans la première moitié du XIII e siècle sont loin d'être complètement compris et méritent d'être plus étudiées.

Fortification de la ville de Romainmôtier (Photo E. Coux)

Fortification de la ville de Romainmôtier (Photo E. Coux)

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